Depuis une décennie, la gastronomie s’impose comme un outil d’insertion et de lien social pour les réfugiés. Une conviction portée par Marine Mandrila, fondatrice du Refugee Food Festival, dont l’engagement s’ancre dans son histoire familiale et ses voyages. Selon Ouest France, cette initiative vise à recréer du dialogue et de la confiance entre les populations accueillantes et les exilés, à travers la cuisine et le partage des saveurs.

Ce qu'il faut retenir

  • Marine Mandrila, fille d’un exilé roumain, a lancé le Refugee Food Festival il y a dix ans.
  • Ce festival utilise la gastronomie comme levier d’insertion professionnelle pour les réfugiés.
  • L’objectif est de favoriser les échanges culturels et la cohésion sociale à travers la cuisine.
  • L’initiative s’inspire de l’expérience personnelle de Mandrila et de ses nombreux voyages.

Une vocation née d’un héritage familial

Marine Mandrila n’a jamais caché l’influence de son père, originaire de Roumanie, sur son parcours. Exilé politique dans les années 1980, il a dû reconstruire sa vie en France, une expérience qui a marqué sa fille. « La cuisine a été un langage universel qui m’a permis de comprendre son histoire », a-t-elle expliqué à Ouest France. Son enfance entre deux cultures, entre la Roumanie et la France, lui a enseigné l’importance des échanges et de l’adaptation. Ces années ont forgé sa conviction : la gastronomie pouvait devenir un pont entre les peuples.

Le Refugee Food Festival, un laboratoire d’intégration par les saveurs

Créé en 2016, le Refugee Food Festival est bien plus qu’un événement culinaire. Chaque année, il donne à des réfugiés l’opportunité de travailler dans des restaurants partenaires, souvent étoilés, pour une durée déterminée. « Ce n’est pas une simple expérience professionnelle, c’est une immersion dans la société française », souligne Mandrila. Les participants, originaires d’Afghanistan, de Syrie, du Soudan ou encore de Colombie, apprennent non seulement les techniques culinaires, mais aussi à maîtriser les codes sociaux et linguistiques du pays d’accueil. Depuis sa création, le festival a impliqué plus de 500 réfugiés et collaboré avec plus de 200 restaurants en France et à l’étranger.

Des résultats concrets et mesurables

Selon les retours recueillis par Ouest France, 70 % des participants au programme trouvent un emploi ou une formation dans les six mois suivant leur passage au festival. Ces chiffres, bien que partiels, témoignent de l’efficacité de l’initiative. « Les chefs et les clients découvrent une autre facette des réfugiés : leur talent, leur résilience et leur savoir-faire », explique Mandrila. Les retombées ne se limitent pas au monde professionnel. Les échanges avec les clients et les équipes de restauration créent des liens humains durables, souvent au-delà des murs des restaurants.

Et maintenant ?

Le Refugee Food Festival devrait étendre son modèle à d’autres pays européens d’ici 2027, avec un focus sur l’Allemagne et la Belgique. Une levée de fonds est en cours pour financer cette expansion, tandis qu’un partenariat avec l’Union européenne est en discussion pour pérenniser le dispositif. La prochaine édition du festival, prévue en septembre 2026, intégrera pour la première fois un volet dédié à la formation des réfugiés dans l’entrepreneuriat alimentaire.

Pour Marine Mandrila, l’enjeu reste clair : « La cuisine connecte les gens, c’est notre meilleur outil pour lutter contre les préjugés ». Son engagement, nourri par son histoire personnelle, continue d’inspirer des initiatives similaires à travers le monde.

Les candidats sont repérés via des associations partenaires spécialisées dans l’accueil des réfugiés, comme France Terre d’Asile ou la Croix-Rouge. Une attention particulière est portée à leur motivation et à leur projet professionnel dans le secteur de la restauration. Les places sont limitées et attribuées après un entretien et une période de mise en situation.