Le retour en salles du premier long-métrage du Britannique Mark Jenkin, « Bait », sorti initialement en 2019, offre l’occasion de découvrir un réalisateur dont l’œuvre puise son inspiration dans le quotidien des pêcheurs des Cornouailles. Selon Le Monde, Jenkin, reconnu pour son approche artisanale et son style visuel singulier, explore les tensions sociales et environnementales d’une région où la tradition halieutique se heurte aux mutations économiques et écologiques.
Ce qu'il faut retenir
- « Bait », premier long-métrage de Mark Jenkin, réalisé en 2019, ressort en salles en 2026.
- Le film s’inscrit dans une esthétique proche de l’horreur, tout en s’appuyant sur le réel des Cornouailles.
- Jenkin y dépeint les conflits entre pêcheurs traditionnels et mutations économiques locales.
- Le réalisateur est salué pour son approche artisanale et son usage innovant des outils numériques.
- « Bait » a été tourné en Super 8 et en 16 mm, formats rares au cinéma.
Né en 1976 à St Ives, en Cornouailles, Mark Jenkin a d’abord travaillé comme monteur et réalisateur de courts-métrages avant de se consacrer à la réalisation de longs-métrages. Selon Le Monde, son premier long, « Bait », marque un tournant dans sa carrière en révélant une sensibilité particulière pour les récits ancrés dans un territoire précis. Le film, tourné en Super 8 et en 16 mm, adopte une esthétique délibérément proche de l’horreur, non pas par le recours au fantastique, mais par une représentation crue et presque documentaire des tensions locales. Jenkin y suit l’histoire d’un pêcheur dont la vie bascule lorsque des promoteurs immobiliers investissent son village côtier.
Ce choix formel, selon le réalisateur, n’est pas anodin. Dans une interview accordée à Le Monde, il a expliqué : « Je voulais que le spectateur ressente physiquement la menace qui pèse sur ces communautés. Les images grainées, le son brut, tout cela crée une tension qui reflète la réalité vécue par les habitants. » Jenkin, qui a lui-même grandi dans une famille liée à la pêche, puise dans les récits de son enfance pour nourrir son cinéma. Le film, bien que fictionnel, s’appuie sur des éléments réels, comme la fermeture progressive des petits ports de pêche au profit du tourisme ou de l’immobilier de luxe.
« Bait » a été présenté dans plusieurs festivals, dont le Festival de Cannes en 2019, où il a remporté le Prix FIPRESCI de la Semaine de la critique. Le film a également été salué pour son approche technique, avec un montage qui joue sur les contrastes entre les séquences tournées en numérique et celles en pellicule. Jenkin, qui a financé une partie du projet grâce à une campagne de crowdfunding, a ainsi pu maintenir une indépendance artistique rare dans le cinéma contemporain. « C’est un cinéma de résistance, a-t-il déclaré au Monde. Résistance contre les normes industrielles, mais aussi contre l’oubli des traditions locales. »
En attendant, la ressortie de « Bait » permet de mesurer l’influence de Jenkin sur une nouvelle génération de cinéastes britanniques, adeptes d’un cinéma plus brut et moins formaté. Le réalisateur, qui enseigne désormais la réalisation à l’Université des Arts de Falmouth, reste un pont entre le passé et l’avenir du cinéma indépendant. Pour les amateurs de films exigeants, cette occasion de découvrir son œuvre s’annonce donc comme une étape incontournable.
Mark Jenkin est qualifié d’artisan du cinéma en raison de sa méthode de travail : il tourne souvent en pellicule (Super 8, 16 mm), utilise des équipements légers et finance une partie de ses projets via des levées de fonds participatives. Son approche privilégie l’authenticité et le lien avec les territoires, comme dans « Bait », où il mêle fiction et réalité sociale.