À l’université Paris-Est Créteil, une initiative inédite en France vient d’être dévoilée par les enseignants du master informatique & droit. Ceux-ci ont rendu publics l’intégralité de leur « algorithme local » utilisé pour sélectionner les candidats, une démarche visant à démontrer qu’une transparence totale sur les critères d’admission est réalisable dans l’enseignement supérieur. Selon Le Monde - Education, cette publication s’inscrit dans un contexte où les algorithmes de sélection, souvent critiqués pour leur opacité, font l’objet d’une attention croissante de la part des étudiants, des familles et des institutions.
Ce master, proposé par l’université Paris-Est Créteil, est l’un des rares en France à utiliser un outil algorithmique pour trier les dossiers des candidats. Jusqu’à présent, les critères de sélection – qu’ils soient basés sur des notes, des compétences ou des profils atypiques – restaient généralement confidentiels, voire protégés par des brevets ou des secrets industriels. Mais face aux interrogations récurrentes sur l’équité et la neutralité de ces processus, l’équipe pédagogique a choisi de franchir le pas de la transparence radicale. « Nous voulons montrer que la technologie peut servir l’intérêt général, et non l’inverse », a déclaré Jean-Martin Simon, responsable du master, à Le Monde - Education.
Ce qu'il faut retenir
- Les enseignants du master informatique & droit de l’université Paris-Est Créteil ont rendu public leur algorithme de sélection des candidats.
- Cette initiative vise à démontrer qu’une transparence totale sur les critères d’admission est possible dans l’enseignement supérieur.
- Le master en question est l’un des rares en France à utiliser un outil algorithmique pour filtrer les dossiers des candidats.
- Les critères de sélection, auparavant confidentiels, sont désormais accessibles à tous via une publication intégrale de l’algorithme.
- Cette démarche s’inscrit dans un débat plus large sur l’équité et la neutralité des algorithmes dans l’éducation.
Un algorithme local pour un processus de sélection objectivé
L’algorithme utilisé par le master informatique & droit de l’université Paris-Est Créteil a été conçu en interne par une équipe pluridisciplinaire associant informaticiens et juristes. Son objectif ? Automatiser une partie du processus de sélection afin de limiter les biais humains tout en garantissant une évaluation objective des dossiers. Selon les enseignants, l’outil prend en compte plusieurs paramètres : les notes académiques, les expériences professionnelles, les compétences en programmation, mais aussi des critères plus qualitatifs comme la motivation ou la capacité à travailler en équipe.
Jusqu’à présent, ces critères étaient appliqués de manière manuelle ou semi-automatisée, avec un risque inhérent de subjectivité. Avec l’algorithme, les enseignants assurent vouloir réduire cette marge d’interprétation. « L’idée n’est pas de remplacer l’humain, mais de lui donner un outil plus transparent et reproductible », a précisé Simon dans les colonnes du Monde - Education. La publication de cet algorithme s’accompagne d’un guide d’utilisation destiné aux candidats, afin qu’ils comprennent comment leur dossier est évalué.
Une démarche saluée, mais qui soulève des questions
Cette initiative a rapidement suscité l’intérêt d’autres établissements, ainsi que des associations étudiantes. Certains y voient une avancée majeure pour la démocratisation de l’accès aux formations sélectives. D’autres, en revanche, pointent les limites d’une telle transparence : un algorithme, aussi détaillé soit-il, reste un outil technique dont la complexité peut échapper à la majorité des candidats. « Rendre public un algorithme, c’est bien, mais encore faut-il que les personnes concernées soient en mesure de le comprendre », a nuancé Claire Dubois, présidente de l’association Étudiants pour l’Équité, contactée par Le Monde - Education.
Par ailleurs, la question de la maintenance et de l’évolution de l’algorithme reste en suspens. Un outil figé dans le temps pourrait, à terme, perdre en pertinence ou en équité. Les enseignants de Créteil ont d’ores et déjà annoncé qu’ils comptaient mettre en place un comité de suivi, composé d’étudiants et d’experts extérieurs, pour évaluer régulièrement l’efficacité et la transparence de leur méthode.
En attendant, cette initiative rappelle que la transparence dans l’enseignement supérieur ne se décrète pas : elle se construit, parfois pas à pas. Et à Créteil, au moins, le premier pas a été franchi.
Pour l’instant, cette méthode ne concerne que le master informatique & droit. Les enseignants n’ont pas évoqué une extension à d’autres formations, mais ont laissé entendre qu’ils pourraient partager leur expérience avec d’autres départements si la démarche est concluante.