L’écrivaine Claire Richard publie ces jours-ci Pardonner à nos mères, un essai de 192 pages aux éditions Les Renversantes (17 €), qui aborde un phénomène psychologique encore peu étudié : la matrophobie, soit la peur de certaines femmes de trop s’identifier à leur mère. Selon Ouest France, cet ouvrage explore les tensions sous-jacentes dans les relations mère-fille, souvent idéalisées mais rarement exemptes de conflits.
Ce qu'il faut retenir
- La matrophobie désigne la peur de certaines femmes de reproduire les traits de leur mère, qu’ils soient comportementaux, physiques ou psychologiques.
- Claire Richard analyse ce phénomène dans son livre Pardonner à nos mères, publié aux éditions Les Renversantes (192 pages, 17 €).
- L’autrice met en lumière l’écart entre le mythe de la « bonne mère » et la réalité de relations parfois conflictuelles.
- L’ouvrage s’appuie sur des témoignages et une réflexion sociologique pour décrypter ces dynamiques familiales.
Un phénomène social et psychologique encore méconnu
La matrophobie, néologisme formé à partir des termes « matriarche » et « phobie », désigne un sentiment de rejet ou de crainte envers sa propre mère. Selon Claire Richard, ce concept reflète une réalité que les représentations traditionnelles de la maternité peinent à intégrer. « Il y a d’un côté le mythe de la « bonne mère », très valorisé dans la société, et de l’autre des récits plus récents de mères complices, presque idéales », explique-t-elle. « Mais ces images ne correspondent pas à toutes les expériences. » D’après l’écrivaine, de nombreuses femmes grandissent avec l’idée qu’elles ne doivent surtout pas reproduire certains traits de leur mère — qu’il s’agisse de son caractère, de ses choix de vie ou même de son apparence.
Comme elle le souligne, ces craintes ne sont pas anodines. Elles révèlent souvent des blessures non résolues ou des conflits générationnels jamais abordés. « Si on prend l’exemple des mères autoritaires, certaines filles vont développer une aversion pour l’autorité en général, ou au contraire une tendance à reproduire ces schémas par peur de l’abandon », précise-t-elle. Autant dire que la matrophobie n’est pas un simple malaise passager, mais un mécanisme de défense qui peut influencer durablement une vie.
Entre idéalisation et rejet : les paradoxes de la relation mère-fille
Les relations mère-fille sont souvent décrites comme les plus complexes de toutes, mêlant attachement et rivalité. D’après Claire Richard, cette dualité s’explique en partie par les attentes sociales contradictoires. D’un côté, la société encourage une image de la mère parfaite, toujours disponible et bienveillante. De l’autre, les modèles traditionnels de la maternité sont de plus en plus remis en question, notamment depuis les années 1970 et l’émergence des mouvements féministes. « On demande aux mères d’être des figures d’amour inconditionnel, mais aussi des modèles de réussite professionnelle et personnelle », observe-t-elle. Résultat : les filles, en grandissant, se retrouvent prises entre admiration et rejet de ce modèle.
L’autrice cite également l’influence des réseaux sociaux, où les mères sont souvent présentées comme des « copines » idéales ou, à l’inverse, des figures oppressives. « Ces représentations extrêmes ne laissent aucune place à la nuance », estime-t-elle. Pour Claire Richard, la matrophobie est donc aussi une conséquence de cette polarisation des discours autour de la maternité. « Beaucoup de femmes se sentent obligées de choisir entre idéaliser leur mère ou la rejeter entièrement. »
Un livre pour comprendre et dépasser les conflits familiaux
Dans Pardonner à nos mères, Claire Richard ne se contente pas de décrire la matrophobie : elle propose des pistes pour en sortir. L’ouvrage s’appuie sur des entretiens avec des femmes de tous âges, ainsi que sur des travaux de psychologues et de sociologues. L’autrice insiste sur l’importance de l’acceptation et du dialogue, deux outils pour apaiser les tensions familiales. « Pardonner, ce n’est pas justifier, mais se libérer de ce qui nous pèse », écrit-elle dans son livre.
Elle rappelle aussi que la matrophobie peut toucher tous les milieux sociaux et culturels. « Ce n’est pas un problème de riches ou de pauvres, mais un phénomène universel qui touche des femmes de toutes générations », souligne-t-elle. Selon elle, la clé réside dans la capacité à reconnaître ses propres blessures sans les attribuer systématiquement à sa mère. « Cela demande un travail sur soi, parfois long, mais essentiel pour se construire pleinement. »
Pour celles qui souhaitent approfondir le sujet, Pardonner à nos mères est disponible en librairie depuis le 10 mai 2026, au prix de 17 €. L’ouvrage pourrait également donner lieu à des adaptations en podcasts ou en conférences, selon les retours des premiers lecteurs.
La matrophobie se caractérise par une peur irrationnelle de ressembler à sa mère, souvent accompagnée d’un sentiment de honte ou de rejet systématique. Contrairement à un conflit ponctuel, elle peut influencer durablement les choix de vie, les relations amoureuses ou professionnelles. Elle s’accompagne parfois de symptômes comme l’anxiété ou la dépression. Si ce sentiment persiste et perturbe le quotidien, un accompagnement psychologique peut être utile.