Selon RFI, l’archipel de Mayotte, dans l’océan Indien, fait face à une hausse alarmante des cas de paludisme depuis le début de l’année 2026. 200 cas ont été enregistrés à ce jour, une situation inédite dans un territoire où la maladie était jusqu’alors principalement importée depuis les pays voisins.
Ce qu'il faut retenir
- 200 cas de paludisme recensés à Mayotte depuis janvier 2026, un chiffre en forte progression.
- Pour la première fois, des transmissions locales sont confirmées, alors que la maladie était auparavant uniquement importée.
- La commune de Chirongui est identifiée comme l’un des principaux foyers de contamination.
- Les autorités s’inquiètent également d’un risque d’importation de la fièvre hémorragique Ebola via les flux migratoires en provenance de la RDC.
Ce basculement dans la dynamique épidémiologique locale marque un tournant pour Mayotte. Jusqu’ici, le paludisme était une maladie « voyageuse », contractée par les habitants lors de séjours dans des pays voisins comme les Comores ou Madagascar. Mais depuis quelques semaines, les autorités sanitaires confirment l’émergence de transmissions autochtones. Une situation qui, si elle persiste, pourrait alourdir considérablement la pression sur le système de santé mahorais.
Une maladie historiquement importée, désormais endémique
Comme l’indique RFI, Mayotte avait jusqu’alors réussi à contenir le paludisme grâce à des campagnes de prévention ciblées et à une surveillance renforcée aux frontières. « Les cas étaient majoritairement liés à des retours de voyages ou à l’arrivée de migrants en provenance de zones endémiques », explique un responsable de l’Agence régionale de santé (ARS) des Comores. Pourtant, depuis mars 2026, les signalements se multiplient dans des zones auparavant considérées comme à faible risque, comme la commune de Chirongui, située au sud de l’île.
Les premières enquêtes épidémiologiques menées par les équipes de l’ARS et de Santé publique France révèlent que plus de la moitié des cas récents n’ont aucun lien avec un voyage à l’étranger. « Nous sommes face à une situation inédite, où le moustique vecteur, l’Anopheles, circule désormais localement », a déclaré le Dr. Marie-Louise Assoumani, directrice de la santé publique à Mayotte. « Cela signifie que la transmission peut se poursuivre même en l’absence de nouveaux arrivages de migrants infectés. »
Chirongui, un foyer sous surveillance
Parmi les zones les plus touchées, la commune de Chirongui concentre une partie des cas confirmés. Les équipes de terrain ont identifié des gîtes larvaires – zones de stagnation d’eau propices à la reproduction des moustiques – dans plusieurs villages. « Les conditions climatiques actuelles, avec des températures élevées et des pluies fréquentes, favorisent la prolifération des vecteurs », précise un entomologiste de l’Institut Pasteur de Madagascar, en mission à Mayotte.
Face à cette recrudescence, les autorités locales ont renforcé les actions de démoustication et distribué des moustiquaires imprégnées dans les zones à risque. « Nous organisons également des campagnes de sensibilisation auprès des populations, notamment dans les écoles et les centres de santé », a ajouté le Dr. Assoumani. Pourtant, malgré ces mesures, la propagation continue de poser question. « Le défi est de taille : il faut agir vite, avant que la situation ne s’aggrave. »
Un contexte sanitaire déjà sous tension
Cette épidémie survient dans un contexte où Mayotte fait face à d’autres défis sanitaires majeurs. L’archipel, qui dépend à 90 % des importations pour son approvisionnement alimentaire, subit régulièrement des pénuries de médicaments et de produits de première nécessité. « Le système de santé est déjà fragilisé par les flux migratoires et les tensions sociales », rappelle un élu local. « L’ajout du paludisme à la liste des priorités pourrait saturer les capacités d’accueil des centres hospitaliers. »
Parallèlement, les craintes d’une importation du virus Ebola, en provenance de la République démocratique du Congo (RDC), alimentent les débats politiques. Plusieurs responsables mahorais ont appelé à un renforcement des contrôles aux frontières, alors que les arrivées de migrants en provenance de RDC se sont intensifiées ces derniers mois. « Nous devons nous préparer à toutes les éventualités », a souligné un membre du conseil départemental, sans pour autant établir de lien direct entre les deux crises.
En attendant, les Mahorais sont invités à redoubler de vigilance : utilisation de répulsifs, port de vêtements longs au crépuscule, et signalement rapide de tout symptôme évocateur (fièvre, frissons, maux de tête) aux centres de santé. « La meilleure arme reste la prévention », martèle le Dr. Assoumani. « Chacun doit jouer son rôle. »
Selon les épidémiologistes, la situation actuelle ne permet pas encore de parler d’endémie, mais le risque existe si la transmission locale se poursuit. Les autorités sanitaires surveillent de près l’évolution des cas avant d’envisager un scénario plus alarmant.