Selon Euronews FR, les incendies dévastateurs qui frappent actuellement l’Europe ont vu leurs conditions de déclenchement aggravées par le réchauffement climatique. Une analyse scientifique révèle que le changement climatique d’origine humaine a rendu jusqu’à vingt fois plus probables les conditions propices aux méga-feux en Espagne centrale, et au moins deux fois plus dans le sud-ouest de la France.
Ce qu'il faut retenir
- En Espagne centrale, le réchauffement climatique a multiplié par 20 la probabilité des conditions propices aux incendies.
- Dans le sud-ouest de la France, ces mêmes conditions sont devenues au moins deux fois plus probables.
- Plus de 120 000 hectares ont déjà brûlé en Europe, forçant l’évacuation de 300 000 personnes.
- L’indice de gravité quotidien (DSR) utilisé par les chercheurs mesure l’intensité des conditions chaudes, sèches et venteuses propices aux feux.
- En Grèce, trois pompiers ont péri dans des incendies sur l’île de Crète, tandis qu’en Turquie, des centaines de personnes ont dû être évacuées.
- Selon la Commission européenne, un réchauffement de 3 °C pourrait exposer 15 millions de personnes supplémentaires à des risques d’incendie élevés.
Des incendies aux conséquences dramatiques en Europe
Les feux qui ravagent actuellement l’Europe ont déjà détruit plus de 120 000 hectares de forêts et de zones naturelles, un bilan qui ne cesse de s’alourdir. Selon Euronews FR, quelque 300 000 personnes ont été contraintes d’évacuer leurs domiciles en raison de la progression des flammes. Face à l’ampleur de la crise, l’Union européenne a activé son mécanisme de réaction d’urgence, mobilisant avions et véhicules de lutte contre l’incendie. Pourtant, les ressources disponibles s’épuisent rapidement, comme l’a reconnu la Commission européenne.
En France, l’un des incendies les plus violents a atteint une intensité telle que sa colonne de fumée s’est transformée en orage, générant des éclairs qui ont à leur tour provoqué de nouveaux départs de feu. Les vents violents générés par ce phénomène ont également poussé les flammes vers de nouvelles zones, aggravant la situation des équipes au sol.
La Grèce n’est pas épargnée : trois pompiers ont perdu la vie dans des incendies sur l’île de Crète, tandis qu’en Turquie, des centaines de personnes ont été évacuées le long des côtes ouest et sud du pays. Ces événements surviennent alors que de nombreux médias internationaux peinent encore à établir un lien clair entre ces méga-feux et le changement climatique.
Une étude scientifique met en lumière le rôle du climat
Une analyse menée par World Weather Attribution (WWA) a permis d’évaluer l’impact du changement climatique sur la probabilité des incendies en Europe. Les chercheurs se sont appuyés sur des observations météorologiques historiques, sans recourir à des modèles climatiques, pour mesurer l’évolution des conditions propices aux feux au fil du temps.
Ils ont utilisé un indicateur appelé indice de gravité quotidien (Daily Severity Rating, DSR), qui prend en compte des paramètres tels que la chaleur, la sécheresse et le vent. Cet indice reflète la difficulté à contrôler un incendie une fois qu’il s’est déclaré. L’étude s’est concentrée sur une période de sept jours présentant le DSR le plus élevé dans le sud-ouest de la France et le centre de l’Espagne, deux régions particulièrement touchées par les méga-feux.
Les résultats sont sans appel : le changement climatique d’origine humaine a rendu ces conditions au moins deux fois plus probables dans le sud-ouest de la France, et jusqu’à vingt fois plus probables dans le centre de l’Espagne. Ces chiffres, souligne l’équipe de recherche, sont des estimations prudentes, ce qui signifie que l’impact réel du réchauffement pourrait être encore plus marqué.
« Lorsque des incendies de forêt se déclenchent simultanément dans différentes régions, il apparaît clairement que le changement climatique d’origine humaine augmente non seulement la probabilité de feux plus extrêmes, mais aussi leur synchronicité. »
Andreia Ribeiro, climatologue au Centre Helmholtz pour la recherche environnementale en Allemagne
Cette simultanéité complique la coopération entre pays et limite les échanges de moyens de lutte contre les incendies, alors que ces derniers sont plus que jamais nécessaires. Selon les scientifiques, des événements d’une telle intensité devraient se produire une fois tous les vingt ans dans le sud-ouest de la France et une fois tous les six ans dans le centre de l’Espagne dans le climat actuel.
Un contexte météo aggravé par le réchauffement climatique
Clair Barnes, chercheuse en phénomènes météorologiques extrêmes et en changement climatique au Centre for Environmental Policy de l’Imperial College London, explique que ces incendies ne sont pas le fruit du hasard, mais bien le signe d’une aggravation des impacts du réchauffement d’origine humaine. « Un hiver humide, suivi d’un été extrêmement sec et d’une succession de vagues de chaleur, a laissé les forêts remplies de combustible desséché », précise-t-elle. « La chaleur implacable, alimentée par le changement climatique d’origine humaine, a créé les conditions pour que la moindre étincelle s’enflamme et se transforme en incendies de forêt gigantesques et dangereux. »
Une autre étude, publiée le 30 juillet 2026 dans la revue Scientific Reports, a analysé les registres nationaux d’incendies de forêt au Portugal, en Espagne, en France, en Italie et en Grèce, ainsi que les données météorologiques et climatiques entre 1981 et 2025. Les chercheurs ont constaté que, dans certaines régions de la France et de l’Espagne, l’intensité des conditions météorologiques favorisant les incendies avait augmenté de 50 % entre 2016 et 2025 par rapport à la période 1981-2010.
Le nombre de jours présentant des « conditions très favorables aux incendies » est également passé de moins de dix jours par été entre 1981 et 2010 à environ 25 jours au cours de la dernière décennie dans certaines zones de chacun des pays étudiés. Ces chiffres illustrent une tendance inquiétante, où les périodes à risque se prolongent et s’intensifient.
L’ONU appelle à une sortie accélérée des énergies fossiles
À la suite de la publication de l’analyse de la WWA, le secrétaire exécutif de l’ONU pour le climat, Simon Stiell, a alerté sur la rapidité avec laquelle la chaleur extrême et l’assèchement des paysages peuvent transformer des incendies de forêt en « catastrophes nationales dévastatrices ». « En continuant à brûler des quantités colossales de charbon, de pétrole et de gaz, l’humanité surchauffe notre planète, rend ces conditions plus dangereuses et ces méga-feux plus meurtriers et destructeurs », a-t-il déclaré.
Simon Stiell a rappelé que les solutions existent : « Tous les pays doivent accélérer la sortie des combustibles fossiles au profit des énergies renouvelables et protéger les populations contre l’aggravation des impacts climatiques, qu’il s’agisse des incendies de forêt, des mégatempêtes, des inondations ou encore des sécheresses qui affectent la production alimentaire. »
Selon la Commission européenne, un réchauffement limité à seulement 3 °C entraînerait une augmentation de 15 millions du nombre de personnes vivant à proximité de zones sauvages et exposées à des niveaux de danger d’incendie élevés à extrêmes pendant au moins dix jours par an dans l’Union européenne. Le changement climatique causé par l’activité humaine a déjà fait grimper la température moyenne de surface de la planète d’environ 1,3 à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels.
La question n’est plus de savoir si le changement climatique influence les méga-feux en Europe, mais dans quelle mesure il est possible d’en limiter les conséquences. Les prochaines années seront cruciales pour évaluer l’efficacité des mesures prises.
L’indice de gravité quotidien (Daily Severity Rating, DSR) est un indicateur qui prend en compte des conditions météorologiques propices aux incendies, comme la chaleur, la sécheresse et le vent. Il reflète la difficulté à maîtriser un incendie une une fois qu’il s’est déclaré. Les chercheurs l’ont utilisé pour mesurer l’évolution de la probabilité des méga-feux en Europe.