Selon Ouest France, l’Iran dispose d’un levier d’influence majeur sur les infrastructures critiques du détroit d’Ormuz, au-delà de son contrôle sur les voies maritimes pétrolières. Téhéran a récemment menacé de saboter les câbles sous-marins qui y transitent, une perspective susceptible de provoquer un « chaos » bien au-delà des frontières du golfe arabo-persique, a souligné un spécialiste cité par le quotidien.
Ce qu'il faut retenir
- 90 % du trafic internet et des données économiques des pays du golfe transitent par les câbles sous-marins du détroit d’Ormuz.
- L’Iran, qui contrôle l’accès à cette zone stratégique, a multiplié les déclarations belliqueuses envers ces infrastructures ces dernières semaines.
- Une coupure des câbles pourrait paralyser les échanges financiers, bancaires et logistiques entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord.
- Les pays arabes voisins, comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, dépendent entièrement de ces routes pour leurs communications sécurisées.
- Les experts évoquent un scénario catastrophe, comparable à une « guerre économique » si Téhéran passe à l’acte.
Un détroit déjà sous haute tension
Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, est bien plus qu’un passage maritime. C’est un corridor vital pour le transport de 30 % du pétrole mondial et une artère majeure pour les communications mondiales. Selon un spécialiste interrogé par Ouest France, les câbles sous-marins qui y sont déployés acheminent « l’essentiel des données économiques » des pays de la région, des flux financiers aux transactions boursières en passant par les communications gouvernementales. « Ce n’est pas seulement une question de pétrole, c’est une question de souveraineté numérique », a-t-il précisé.
Les tensions dans la zone ont connu une escalade ces derniers mois. En avril 2026, l’Iran a saisi un navire marchand battant pavillon britannique dans le détroit, déclenchant une crise diplomatique avec Londres. Ces incidents s’ajoutent aux menaces répétées de Téhéran de « fermer » le détroit, une formule souvent interprétée comme une volonté de bloquer le trafic maritime. Mais selon les analystes, la menace la plus crédible aujourd’hui concerne les câbles sous-marins, dont certains passent à portée des eaux territoriales iraniennes.
Des câbles sous-marins, une cible stratégique
Les câbles sous-marins qui traversent le détroit d’Ormuz relient l’Europe à l’Asie via le Moyen-Orient. Leur localisation les rend vulnérables : certains sont posés à moins de 10 kilomètres des côtes iraniennes, ce qui les expose à des opérations de sabotage ou de coupure volontaire. « Un seul câble endommagé peut diviser par deux la bande passante d’un pays », a expliqué un expert en cybersécurité à Ouest France. Dans une économie mondialisée où les échanges de données représentent plus de 2 000 milliards de dollars par jour, une interruption prolongée aurait des répercussions immédiates sur les marchés financiers, les services cloud et les communications d’urgence.
Les pays arabes de la région, bien que souvent en désaccord avec l’Iran, partagent une dépendance totale à ces infrastructures. L’Arabie saoudite, par exemple, héberge plusieurs datacenters stratégiques pour les géants du numérique, dont certains sont directement connectés à ces câbles. « Si ces liens sont coupés, c’est toute la chaîne logistique qui s’effondre », a résumé un responsable saoudien sous couvert d’anonymat. Une situation qui, selon les observateurs, donnerait à l’Iran un pouvoir de chantage sans précédent.
« Une coupure des câbles sous-marins du détroit d’Ormuz ne se contenterait pas d’affecter le golfe arabo-persique. Ce serait un tsunami économique mondial. »
— Un spécialiste en géopolitique des infrastructures, cité par Ouest France
Quelles seraient les conséquences d’une coupure ?
Si l’Iran venait à couper ou endommager les câbles sous-marins du détroit d’Ormuz, les répercussions seraient immédiates et mondiales. Les banques pourraient voir leurs transactions bloquées, les services de streaming comme Netflix ou YouTube subir des ralentissements drastiques, et les communications gouvernementales, y compris celles des armées, seraient perturbées. Les pays du Golfe, déjà fragilisés par les cyberattaques répétées, seraient les premiers touchés. « On parle d’un blackout numérique partiel pour des pays entiers », a alerté un analyste de l’Institut international d’études stratégiques (IISS). Une telle situation pourrait aussi pousser les États-Unis et leurs alliés à adopter des mesures de rétorsion, risquant d’aggraver encore la crise.
Parce que, selon les experts, Téhéran cherche à maximiser son impact tout en minimisant les risques d’escalade militaire directe. Une attaque contre un câble sous-marin est plus difficile à attribuer qu’une frappe contre un navire, et ses conséquences économiques sont bien plus étendues qu’un simple blocus pétrolier. « C’est une arme asymétrique : peu coûteuse, difficile à contrer, et aux effets dévastateurs », explique un spécialiste en stratégie navale.