La plus grande base de données internationale sur les catastrophes naturelles, EM-DAT, risque de disparaître après l’annulation de son financement par les États-Unis. Selon RFI, cet outil, utilisé par des gouvernements et des institutions du monde entier, permet d’évaluer les risques, les dommages et les vulnérabilités des pays face aux catastrophes naturelles. Sans cette ressource, des milliers de chercheurs, d’ONG et de décideurs politiques pourraient se retrouver privés d’un outil essentiel pour anticiper et gérer les crises.
Ce qu'il faut retenir
- EM-DAT, la base de données mondiale sur les catastrophes naturelles, est menacée de disparition après l’arrêt des financements américains.
- Cet outil recense les événements naturels majeurs depuis 1900 et est utilisé par des gouvernements et des organisations internationales.
- Les États-Unis ont décidé de ne plus soutenir financièrement ce projet, mettant en péril sa pérennité.
Un outil incontournable pour la gestion des risques
Créée en 1988, la base de données EM-DAT (International Disaster Database) recense plus de 22 000 catastrophes naturelles à travers le monde depuis le début du XXe siècle. Elle fournit des informations détaillées sur les événements climatiques, géologiques ou hydrologiques majeurs, incluant leur localisation, leur intensité et leurs conséquences humaines et matérielles. « EM-DAT est une référence pour les gouvernements, les agences humanitaires et les chercheurs », a rappelé un expert du secteur, soulignant son rôle dans l’élaboration de politiques de prévention et d’adaptation.
D’après les données de RFI, plus de 150 pays utilisent régulièrement cette base de données pour évaluer les vulnérabilités de leurs territoires et planifier des stratégies de résilience. Les Nations unies, la Banque mondiale ou encore la Croix-Rouge y puisent des informations clés pour leurs rapports et leurs interventions. Sans elle, la capacité à anticiper les crises et à coordonner les réponses humanitaires pourrait être fortement compromise.
Un financement américain crucial en péril
Le retrait des financements américains met directement en danger la survie d’EM-DAT. Depuis sa création, les États-Unis contribuaient à hauteur de plusieurs millions de dollars par an, assurant près de 40 % du budget total du projet. « Sans ces fonds, nous ne pourrons pas maintenir les opérations courantes ni mettre à jour la base de données », a déclaré le directeur d’EM-DAT, qui a préféré rester anonyme. La décision américaine, prise en mars 2026, s’inscrit dans un contexte de restrictions budgétaires plus larges, mais ses répercussions dépassent largement les frontières des États-Unis.
D’autres pays et institutions pourraient être appelés à combler le déficit, mais les délais sont serrés. « Nous cherchons activement des partenaires pour remplacer ces fonds, mais le processus prendra au minimum six mois », a expliqué un représentant de l’Université catholique de Louvain, qui héberge EM-DAT. En attendant, une partie des données pourrait être gelée, privant les utilisateurs d’informations actualisées sur les risques émergents.
Des conséquences potentielles en cascade
La disparition d’EM-DAT aurait des répercussions bien au-delà de la communauté scientifique. Les assureurs, par exemple, s’appuient sur ses données pour évaluer les primes et les risques climatiques. Les villes côtières, confrontées à la montée des eaux, pourraient perdre un outil précieux pour adapter leurs infrastructures. « Sans ces données, il sera plus difficile de convaincre les décideurs de l’urgence d’investir dans des mesures de protection », a averti un climatologue interrogé par RFI.
Les ONG, qui utilisent EM-DAT pour cibler leurs interventions en cas de catastrophe, seraient également touchées. « Nous risquons de perdre en précision dans l’allocation de nos ressources », a confié un responsable de Médecins Sans Frontières. Enfin, les chercheurs en sciences sociales et environnementales pourraient voir leurs travaux ralentis, faute de données fiables et centralisées. « EM-DAT est un patrimoine collectif, et sa perte serait une régression pour toute la communauté internationale », a résumé l’expert.
La situation rappelle l’importance de protéger les infrastructures de données globales, souvent méconnues mais essentielles à la résilience internationale. Reste à savoir si la communauté internationale parviendra à préserver cet outil avant qu’il ne soit trop tard.
Plusieurs bases de données partielles existent, comme la NOAA’s Storm Events Database pour les événements aux États-Unis ou le Global Disaster Alert and Coordination System (GDACS), mais aucune ne couvre l’ensemble des catastrophes naturelles à l’échelle mondiale avec la même exhaustivité.