« Même un enseignant attaché aux valeurs de l’école républicaine doit rester modeste sur le pouvoir de l’école », a souligné Claude Garcia, professeur de sciences économiques et sociales, dans une tribune publiée par Le Monde – Education ce 9 juin 2026. L’enseignant y retrace l’évolution de l’idée de méritocratie, concept central de l’école française, dont les fondements et les espoirs ont souvent été éclipsés en salle des professeurs au profit d’une vision plus restrictive : l’élitisme républicain.

Selon lui, cette tendance à privilégier une conception étroite de la réussite scolaire, centrée sur l’excellence académique et la sélection des meilleurs, a conduit à une forme de désillusion parmi les enseignants comme parmi les élèves. « On a trop souvent réduit la méritocratie à une logique de compétition, où seuls les plus performants accèdent aux filières d’excellence », a-t-il expliqué, rappelant que cette approche néglige les dimensions sociales et individuelles de la réussite.

Ce qu’il faut retenir

  • Claude Garcia, professeur de sciences économiques et sociales, publie une tribune dans Le Monde – Education le 9 juin 2026.
  • Il y analyse l’évolution de la méritocratie, notion centrale de l’école républicaine française.
  • Il critique une dérive de cette idée vers une vision plus restrictive, celle de l’élitisme républicain.
  • Selon lui, cette tendance a conduit à une désillusion parmi les enseignants et les élèves.
  • Garcia souligne que la méritocratie ne doit pas se limiter à une logique de compétition et de performance.

Une méritocratie en question dans les salles de classe

Claude Garcia, enseignant expérimenté, revient sur les débats qui animent régulièrement les salles des professeurs. D’un côté, la méritocratie, héritée des Lumières et portée par les principes républicains, repose sur l’idée que le mérite personnel doit primer sur les origines sociales. De l’autre, une vision plus pragmatique, voire cynique, tend à réduire cette notion à une simple sélection des meilleurs, au détriment des parcours plus diversifiés.

Pour Garcia, cette opposition illustre un malaise profond dans le système éducatif. « On a trop souvent oublié que la méritocratie, c’est aussi une promesse d’égalité des chances », a-t-il indiqué. Or, en se focalisant sur les filières d’excellence, comme les classes préparatoires ou les grandes écoles, on risque de renforcer les inégalités plutôt que de les réduire. Une analyse qui résonne particulièrement à l’heure où le ministère de l’Éducation nationale tente de réformer l’accès à l’enseignement supérieur.

L’élitisme républicain, une dérive contre-productive ?

L’enseignant précise que cette dérive vers l’élitisme n’est pas nouvelle. Dès les années 1980, des sociologues comme Pierre Bourdieu avaient pointé du doigt les mécanismes de reproduction sociale à l’œuvre dans l’école. Pourtant, malgré les critiques, le système éducatif français reste marqué par une forte hiérarchisation des filières et une valorisation excessive des diplômes les plus prestigieux.

Garcia cite en exemple les discours tenus dans les établissements : « On entend souvent dire qu’il faut ‘former les meilleurs pour qu’ils deviennent les élites de demain’. Mais cette vision ignore que la réussite ne se mesure pas uniquement à l’aune des grandes écoles ou des concours sélectifs. Elle inclut aussi des parcours moins linéaires, des reconversions, des engagements associatifs ou professionnels qui ne rentrent pas dans ce cadre rigide. »

« La méritocratie ne peut se résumer à une logique de compétition où seuls les plus performants accèdent aux filières d’excellence. Elle doit aussi intégrer la diversité des talents et des parcours. »
— Claude Garcia, professeur de sciences économiques et sociales

Et maintenant ?

Dans un contexte où le gouvernement cherche à renforcer l’attractivité des filières professionnelles et technologiques, les propos de Garcia pourraient alimenter les débats sur la réforme du lycée et de l’enseignement supérieur. Une consultation nationale est prévue pour l’automne 2026 sur l’avenir de l’école. Reste à voir si les pouvoirs publics seront prêts à remettre en cause les dogmes traditionnels de l’élitisme républicain pour redonner du sens à la méritocratie.

Pour Garcia, la solution passe peut-être par une refonte des critères de réussite. « Il faut accepter que la méritocratie ne se limite pas aux bancs des grandes écoles. Elle doit aussi reconnaître la valeur des métiers manuels, des formations courtes, ou encore des parcours atypiques », a-t-il conclu. Une remise en question qui, si elle était entendue, pourrait transformer profondément le visage de l’école française.