Le patron d’Instagram, Adam Mosseri, a reconnu mardi 25 août devant un tribunal d’Oakland (Californie) que la plateforme exagérait l’adoption de ses outils de protection des mineurs, alors que les données internes montraient un usage marginal. Seulement 1 à 2 % des adolescents américains avaient activé en 2023 la fonction « Take a break », conçue pour limiter leur temps d’écran, selon ses propres aveux. Ces déclarations interviennent dans le cadre d’un procès intenté par quatre procureurs généraux américains contre Meta, accusant le groupe de tromperie sur la sécurité des jeunes utilisateurs.

Ce qu'il faut retenir

  • Adam Mosseri a reconnu devant un tribunal que l’outil « Take a break » n’était activé que par 1 à 2 % des adolescents, alors qu’un billet de blog de 2021 prétendait un taux de rétention supérieur à 90 %.
  • Les outils de contrôle parental étaient adoptés par moins de 1 % des mineurs, selon les documents internes présentés au procès.
  • Meta a limité la visibilité de ces outils pour ne pas impacter le temps d’écran, principal moteur de revenus publicitaires.
  • Un ancien analyste d’Instagram a témoigné que 0,2 % des adolescents suivaient les rappels de pause, qualifiant cette adoption de « goutte dans l’océan ».
  • Les procureurs demandent des pénalités pouvant atteindre 200 milliards de dollars et une refonte structurelle de Facebook et Instagram.

Un procès intenté pour tromperie et danger pour les mineurs

Selon Le Figaro, les quatre États américains à l’origine de la plainte – suivis par 25 autres – accusent Meta d’avoir menti aux parents en présentant Instagram et Facebook comme des plateformes sûres pour les jeunes. Le procès, ouvert mi-août à Oakland et prévu jusqu’à fin septembre, vise à démontrer que les réseaux sociaux du groupe sont addictifs et exposent les adolescents à des contenus dangereux (harcèlement, suicide, violence). Mark Zuckerberg, fondateur de Meta, devrait également être entendu à une date non précisée.

Le procureur Jason Slothouber a confronté Adam Mosseri à ses propres déclarations de 2021, où celui-ci affirmait que « plus de 90 % des adolescents conservaient les rappels de pause » après les avoir activés. Une affirmation que le dirigeant a qualifiée de « faible » en 2023, tout en reconnaissant que les parents n’avaient aucun moyen de connaître ces chiffres réels. « Nous avions prévu de faire croître ce chiffre au fil du temps », s’est-il justifié, sans préciser pourquoi les parents n’avaient pas été informés de l’échec initial de l’outil.

Des outils sous-utilisés, voire désactivés par Meta

Les documents internes projetés au tribunal révèlent que Meta avait limité la diffusion des notifications concernant ces outils dès 2023, afin de « minimiser l’impact sur l’écosystème ». Autrement dit, éviter que les adolescents ne réduisent leur temps passé sur l’application, essentiel pour les revenus publicitaires du groupe. À l’époque, seulement un tiers des mineurs connaissaient l’existence de l’outil « Take a break », selon un bilan interne. La supervision parentale, quant à elle, était adoptée par moins de 1 % des adolescents, a reconnu Mosseri, tout en se défendant de tout mensonge par omission : « J’ai dit publiquement que les taux d’activation étaient faibles, je ne crois pas avoir donné de chiffres précis. »

L’entreprise a finalement activé d’office en 2024 les restrictions les plus strictes pour les comptes des mineurs, une décision saluée par Mosseri, qui a déclaré : « Même si j’aurais aimé qu’on y arrive plus vite. » Une posture similaire à celle adoptée par Mark Zuckerberg devant un jury de Los Angeles en février 2026, où il avait évoqué des « comptes ados » verrouillés par défaut.

Des données cachées ou verrouillées pour limiter les risques juridiques

Le procureur a également révélé un échange interne de 2023, où une présentation destinée à Adam Mosseri avait été expurgée d’une statistique clé : l’exposition des adolescents aux contenus interdits (harcèlement, suicide, haine) était 50 % plus élevée que pour les adultes. Une juriste avait qualifié ce chiffre de « risque contentieux » et ordonné que la présentation soit « verrouillée » avant d’être transmise au dirigeant. « Ça me surprendrait que des juristes veuillent cacher des données, mais qu’ils aient voulu verrouiller une présentation, ça se tient », a réagi Mosseri, avant d’ajouter : « Chez Meta, ça veut dire mettre les points sur les i, être rigoureux. »

Un ancien analyste de l’équipe « bien-être » d’Instagram, George Volichenko, a témoigné que seulement 0,2 % des adolescents suivaient les rappels de pause. Son supérieur lui avait alors assuré que l’équipe existait en partie « pour nous protéger contre de futurs procès ». Volichenko a quitté Meta en 2023, renonçant à un salaire annuel dépassant 300 000 dollars. « J’ai commencé à douter que l’objectif qu’on m’avait présenté soit le vrai », a-t-il confié.

Des demandes de pénalités records et une refonte des plateformes en jeu

Les quatre États plaignants réclament des dommages et intérêts pouvant atteindre 200 milliards de dollars, ainsi qu’une refonte profonde de Facebook et Instagram pour mieux protéger les mineurs. Le verdict du jury, attendu fin septembre ou début octobre, sera consultatif. La juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui préside l’audience, rendra seule la décision finale. Meta, qui compte 3,6 milliards d’utilisateurs quotidiens dans le monde, risque également une condamnation symbolique ou des amendes records, selon les observateurs.

Ce procès s’inscrit dans une série de procédures judiciaires visant les géants des réseaux sociaux pour leur impact sur la santé mentale des jeunes. Aux États-Unis, plusieurs États et familles ont déjà obtenu des indemnisations après avoir accusé Meta de contribuer à l’anxiété et à la dépression chez les adolescents. En Europe, le règlement sur les services numériques (DSA) impose désormais des obligations renforcées en matière de protection des mineurs, sous peine de sanctions lourdes.

Et maintenant ?

Si les procureurs obtiennent gain de cause, Meta pourrait être contraint de modifier en profondeur ses algorithmes et ses politiques de modération pour les comptes des mineurs. Une décision attendue d’ici fin septembre pourrait également servir de précédent pour d’autres États américains, voire pour des procédures en cours dans l’Union européenne. Le groupe devra par ailleurs publier des rapports transparents sur l’adoption de ses outils de sécurité, sous peine de nouvelles poursuites. Reste à voir si cette affaire accélérera les changements au sein de l’entreprise, ou si elle sera perçue comme une simple formalité judiciaire.

Les prochaines auditions de Mark Zuckerberg et d’autres dirigeants de Meta pourraient apporter de nouveaux éléments, notamment sur les choix stratégiques ayant conduit à minimiser l’impact des outils de protection. Pour l’instant, le groupe maintient sa ligne de défense : présenter ces échecs initiaux comme des « ajustements » nécessaires à une amélioration progressive des fonctionnalités.

Meta mettait en avant plusieurs dispositifs : l’option « Take a break » (rappels pour faire une pause), les outils de supervision parentale, et les restrictions automatiques pour les comptes des mineurs. Aucun de ces outils n’a été massivement adopté avant 2024, selon les aveux d’Adam Mosseri devant le tribunal.

Selon les documents internes présentés au procès, Meta a restreint la diffusion des notifications concernant ces outils pour « minimiser l’impact sur l’écosystème », c’est-à-dire éviter que les adolescents ne réduisent leur temps passé sur les applications, essentiel pour les revenus publicitaires du groupe.