Plusieurs dizaines d’États américains ont obtenu gain de cause dans leurs poursuites contre Meta, l’entreprise propriétaire de Facebook et Instagram, selon Numerama. Le groupe a accepté de verser jusqu’à 16,7 milliards de dollars pour mettre fin aux procédures judiciaires engagées pour les effets néfastes de ses plateformes sur les jeunes utilisateurs. En contrepartie, Meta s’est engagé à encadrer strictement l’accès de ses réseaux sociaux par les adolescents, avec une limite d’utilisation fixée à deux heures par jour.
Cet accord historique intervient après des années de tensions entre les autorités américaines et le géant des réseaux sociaux. Les poursuites, lancées par une quarantaine d’États, reprochaient à Meta d’avoir conçu des algorithmes favorisant l’addiction chez les mineurs et d’avoir minimisé les risques de dépression ou d’anxiété liés à l’utilisation intensive de ses plateformes. Selon les plaignants, ces pratiques ont eu des conséquences graves sur la santé mentale des jeunes, poussant les États à réclamer des mesures drastiques.
Ce qu'il faut retenir
- Un accord financier record : Meta devra débourser jusqu’à 16,7 milliards de dollars, ce qui en fait l’un des plus importants règlements financiers jamais conclus dans le cadre d’une procédure judiciaire aux États-Unis.
- Une limite d’utilisation imposée : les adolescents de moins de 18 ans ne pourront plus utiliser Facebook et Instagram plus de deux heures par jour, sous peine de restrictions techniques.
- Quarante États américains impliqués : l’accord couvre des poursuites menées par une coalition de 40 États, dont certains, comme la Californie ou New York, étaient en première ligne dans ce combat.
- Des algorithmes sous surveillance : Meta devra également revoir ses systèmes de recommandation pour limiter l’exposition des mineurs à des contenus potentiellement dangereux ou addictifs.
- Une reconnaissance partielle des responsabilités : bien que l’entreprise n’ait pas reconnu formellement de faute, cet accord marque une première étape vers une régulation accrue des réseaux sociaux en direction des jeunes publics.
Un règlement judiciaire pour clore des années de tensions
Les poursuites engagées contre Meta remontent à 2021, lorsque des procureurs généraux d’une vingtaine d’États avaient accusé l’entreprise de tromper le public sur les risques encourus par les jeunes utilisateurs. Les enquêtes avaient révélé que les algorithmes de Facebook et Instagram amplifiaient les contenus anxiogènes ou comparatifs, contribuant à une hausse des troubles psychologiques chez les adolescents. « Les plateformes de Meta ont exploité la vulnérabilité des jeunes en concevant des fonctionnalités qui favorisent une utilisation excessive et compulsive », avait alors déclaré Maura Healey, procureure générale du Massachusetts et figure centrale de cette mobilisation.
L’accord signé cet été met fin à ces procédures, mais il s’accompagne d’obligations strictes pour Meta. Outre la limite de temps d’utilisation, l’entreprise devra mettre en place des paramètres de sécurité par défaut pour les comptes des mineurs, comme la désactivation des notifications push après une certaine heure ou la restriction de l’accès à certains contenus. Ces mesures devront être déployées d’ici douze mois, sous peine de sanctions financières supplémentaires.
Des mesures qui divisent les spécialistes de la protection de l’enfance
Si cet accord est salué par les associations de défense des droits des mineurs, certains experts restent sceptiques quant à son efficacité réelle. « Limiter le temps d’écran est une avancée, mais cela ne suffit pas à résoudre le problème de fond », estime Jean Twenge, psychologue et autrice d’une étude sur l’impact des réseaux sociaux sur les jeunes. Pour elle, « les algorithmes doivent être repensés pour ne plus cibler les émotions négatives des adolescents ». De son côté, Meta a rappelé dans un communiqué que « la santé et la sécurité des jeunes sont une priorité absolue », tout en soulignant que l’entreprise avait déjà mis en place des outils de modération renforcés ces dernières années.
D’autres voix, comme celle de l’ONG Common Sense Media, pointent du doigt l’absence de mesures pour les plateformes concurrentes, comme TikTok ou Snapchat, qui échappent pour l’instant à des régulations similaires. « Cet accord est un pas en avant, mais il ne doit pas donner l’illusion que le problème est résolu », a déclaré Jim Steyer, son fondateur. Le débat sur la protection des mineurs en ligne reste donc largement ouvert, d’autant que les réseaux sociaux continuent d’évoluer rapidement.
En attendant, les parents et les éducateurs devront continuer à jouer un rôle actif dans l’encadrement des usages numériques des jeunes, faute de solutions universelles. L’accord avec Meta marque une étape importante, mais le chemin vers une protection réelle des mineurs en ligne est encore long.