Un homme de 32 ans a été mis en examen pour « assassinat » après la découverte du corps de Sonia Bellina, 29 ans, totalement dévêtu et en partie calciné entre des rangs de vignes dans le Gard, le 12 août 2026. Selon BFM – Faits Divers, ce dernier aurait reconnu auprès des enquêteurs avoir eu une relation tarifée avec la victime la veille et la nuit des faits, sans fournir d’autres précisions. À ce stade de l’enquête, la procureure de la République de Nîmes n’a établi aucun lien entre l’activité professionnelle de Sonia Bellina et son décès.

Ce qu'il faut retenir

  • Le corps de Sonia Bellina, 29 ans, influenceuse et escort-girl, a été retrouvé dévêtu et calciné dans un champ de vignes du Gard le 12 août 2026.
  • Un homme de 32 ans, rencontré dans le cadre d’une « rencontre tarifée », a été interpellé et mis en examen pour « assassinat ».
  • Les associations de travailleuses du sexe dénoncent des lacunes législatives concernant leur protection, notamment l’absence de circonstance aggravante pour meurtre dans le Code pénal.
  • Les lois sur le proxénétisme, jugées trop larges, empêchent les travailleuses de s’entraider, selon les professionnels du secteur.
  • Plusieurs voix, dont celle de l’avocat Romain Ruiz, appellent à une révision totale du cadre juridique pour mieux protéger ces métiers.

Une affaire aux contours encore flous

Le 12 août dernier, les gendarmes du Gard ont découvert le corps de Sonia Bellina, 29 ans, entre deux rangées de vignes près de la commune de Tresques. La jeune femme, connue sur les réseaux sociaux pour ses vidéos et son activité d’escort-girl, présentait des signes de violences avant son décès. Selon BFM – Faits Divers, un homme de 32 ans a été arrêté quelques jours plus tard et placé en garde à vue. Interpellé pour « assassinat », il a reconnu auprès des enquêteurs avoir eu une relation tarifée avec la victime, mais n’a fourni aucun détail supplémentaire. La magistrate en charge du dossier a précisé que, pour l’heure, « aucun élément ne permet d’établir un lien entre l’activité professionnelle de la victime et son meurtre ».

Si l’enquête doit encore déterminer les circonstances exactes du drame, cette affaire relance le débat sur la sécurité des travailleuses du sexe en France. Les associations du secteur pointent du doigt un cadre législatif inadapté, qui ne permettrait pas de protéger suffisamment ces professionnels souvent exposés à des risques accrus. « Ce sont des femmes qui travaillent », rappelle l’avocat pénaliste Romain Ruiz, soulignant que la plupart des escort-girls ne correspondent pas au profil de « personne vulnérable » tel que défini par le Code pénal.

Des circonstances aggravantes insuffisantes pour les travailleuses du sexe

Dans le Code pénal français, plusieurs articles prévoient des circonstances aggravantes en cas de violences ou d’agressions sexuelles commises à l’encontre de personnes se livrant à la prostitution, même de manière occasionnelle. Les articles 222-3, 222-8, 222-10, 222-12, 222-13, 222-24 et 222-28 s’appliquent notamment aux violences, agressions ou viols commis dans le cadre de cette activité. Cependant, comme le rappelle Romain Ruiz, ces dispositions ne couvrent pas le meurtre ou l’assassinat. Pour ces infractions, la loi prévoit uniquement une circonstance aggravante liée à l’état de vulnérabilité de la victime, une notion que l’avocat juge « réductrice ».

« La première difficulté, c’est que la plupart des travailleuses du sexe ne sont pas vulnérables. Ce sont des femmes qui ont des auto-entreprises, qui sont influenceuses, modèles ou actrices », explique-t-il. « Et puis, il y a aussi des prostituées qui exercent de leur plein gré, sans proxénète. Dans ces cas-là, les circonstances aggravantes actuelles laissent des angles morts ». Pour lui, la réflexion doit porter sur la protection de ces professionnels en tant que tels, et non uniquement sur leur supposée vulnérabilité. « S’en prendre à une travailleuse du sexe qui n’est pas vulnérable, c’est s’en prendre à la liberté sexuelle », souligne-t-il.

Un cadre législatif pointé du doigt par les professionnelles

Pour les travailleuses du sexe, la législation française pose problème depuis des années, bien avant l’affaire Sonia Bellina. « Nous sommes des proies toutes désignées. On n’a pas le droit de s’organiser, on est obligés de se cacher. C’est l’idéal pour quelqu’un de malveillant, et c’est véritablement le contexte législatif qui crée cette situation », dénonce Anaïs de Lenclos, porte-parole de la Fédération Parapluie rouge, qui regroupe plusieurs associations du secteur. Selon elle, les lois sur le proxénétisme, jugées « trop larges », empêchent toute entraide entre collègues, même pour des raisons de sécurité.

« Typiquement, nous sommes obligés de travailler seules, sans garde du corps, sans ‘back-up’ », explique-t-elle. « Le fait d’aider une collègue à travailler est considéré comme du proxénétisme, même si vous n’en tirez aucun profit et même s’il n’y a pas d’abus ». Cette situation, selon elle, expose d’autant plus les travailleuses à des risques accrus. « Nous sommes visés parce qu’on représente quelque chose d’intolérable pour certains hommes », ajoute-t-elle. « Il faudrait une révision totale de la loi, ce que nous demandons depuis longtemps ».

Vers une refonte du dispositif juridique ?

Face à ces constats, plusieurs voix plaident pour une refonte en profondeur du cadre légal. Romain Ruiz, avocat pénaliste, insiste sur la nécessité de « changer de paradigme » dans le traitement des affaires impliquant des travailleuses du sexe. « Il faut mener une réflexion qui sanctionne l’auteur dans toute sa dimension criminelle, en se demandant quelle est la haine qui sous-tend le crime », explique-t-il. Pour lui, la question centrale reste : « Comment pouvons-nous les protéger ? »

De son côté, Anaïs de Lenclos appelle à une remise en cause des lois sur le proxénétisme, qu’elle juge « liberticides ». « Le contexte actuel nous oblige à travailler dans l’illégalité totale, ce qui nous rend encore plus vulnérables. Nous ne demandons pas une légalisation, mais au moins une protection minimale », martèle-t-elle. Les associations espèrent que l’affaire Sonia Bellina servira de catalyseur pour faire évoluer la législation, alors que les débats sur la prostitution et ses risques persistent en France.

Et maintenant ?

L’enquête sur la mort de Sonia Bellina doit encore déterminer si son activité professionnelle a joué un rôle dans son décès. Dans les prochains mois, les associations de travailleuses du sexe pourraient intensifier leurs pressions sur le législateur pour faire évoluer le Code pénal, notamment en intégrant le meurtre ou l’assassinat dans les circonstances aggravantes spécifiques. Une proposition de loi pourrait être déposée d’ici la fin de l’année 2026, mais aucune date précise n’a encore été avancée.

Cette affaire interroge plus largement sur la protection des professionnels du sexe en France, un sujet qui divise depuis des années. Si certains appellent à une dépénalisation totale, d’autres estiment que le cadre actuel doit être adapté pour mieux encadrer les risques liés à ces métiers. Une chose est sûre : la question de leur sécurité restera au cœur des débats politiques et sociétaux dans les mois à venir.

Selon le Code pénal, les articles 222-3, 222-8, 222-10, 222-12, 222-13, 222-24 et 222-28 prévoient des circonstances aggravantes en cas de violences, agressions sexuelles ou viols commis contre une personne se livrant à la prostitution, même occasionnellement, si les faits surviennent dans le cadre de cette activité. Cependant, ces dispositions ne s’appliquent pas au meurtre ou à l’assassinat, qui ne bénéficient d’une circonstance aggravante qu’en cas d’état de vulnérabilité de la victime.

Les associations dénoncent des lois jugées « trop larges », qui assimilent toute forme d’entraide entre collègues à du proxénétisme, même en l’absence de profit ou d’abus. Cette situation empêche les travailleuses de s’organiser pour leur sécurité, les forçant à travailler de manière isolée, ce qui les expose davantage aux risques.