Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a reconnu dimanche 7 juin 2026 « une défaillance majeure et un échec immense des pouvoirs publics » dans l’affaire du meurtre de Lyhanna, 11 ans, en réaction aux dysfonctionnements dans le traitement judiciaire de plaintes pour viols sur mineur visant le principal suspect, Jérôme Barella. Selon Franceinfo – Faits divers, cette déclaration intervient alors que la polémique enfle autour des éventuelles erreurs dans le suivi judiciaire de l’enquête.
Interrogé sur le plateau du Grand Jury RTL – Public Sénat, le ministre a exprimé « une profonde tristesse et une profonde colère », estimant que « ce drame aurait pu, aurait dû, être évité ». Il a souligné la nécessité de « donner la place qu’elles méritent aux paroles des plus vulnérables, les femmes et surtout les enfants », tout en pointant du doigt l’institution judiciaire pour son incapacité à protéger la jeune fille.
Ce qu'il faut retenir
- Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a qualifié de « défaillance majeure » les dysfonctionnements dans le suivi judiciaire du principal suspect, Jérôme Barella, dans l’affaire Lyhanna.
- Lyhanna, 11 ans, a été retrouvée morte après sa disparition, alors que Barella était visé par au moins sept plaintes ou signalements pour violences sexuelles.
- Une marche blanche en hommage à la jeune fille est organisée aujourd’hui à Fleurance, en présence de ses parents, qui ont demandé aux maires locaux de les accompagner.
- Plusieurs responsables politiques, dont Mathilde Panot (LFI) et Bruno Retailleau (LR), appellent à des mesures fortes, voire à des démissions, pour répondre à cette crise.
- Le maire de Fleurance évoque une « défaillance sociétale » et une « onde de choc nationale » face à ce drame.
Un drame qui aurait pu être évité, selon les responsables politiques
Jean-Noël Barrot a reconnu devant les médias que « collectivement, nous ne parvenons pas dans notre pays à donner la place qu’elles méritent aux paroles des plus vulnérables, les femmes et surtout les enfants ». Il a ajouté : « La parole des enfants doit être mieux entendue face aux criminels sexuels. » Ces propos s’inscrivent dans un contexte de forte émotion nationale après la découverte du corps de Lyhanna, dont la disparition avait suscité une mobilisation sans précédent.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, avait présenté ses excuses « au nom de la Justice » la veille sur TF1, reconnaissant que « l’institution judiciaire n’a pas su protéger » la jeune fille. Il avait évoqué des sanctions possibles en cas de « défaillances ou fautes professionnelles » avérées dans le suivi de Jérôme Barella. Barella, actuellement en détention provisoire, est le principal suspect dans cette affaire.
Des appels à la démission et des propositions de réformes judiciaires
Mathilde Panot, cheffe de file des députés LFI, a appelé dimanche sur LCI à la démission de Gérald Darmanin, lui reprochant d’avoir enclenché une « clochardisation de la justice » en réduisant ses moyens « année après année ». « Si le ministre partait, cela ne changerait pas la politique de fond, mais cela enverrait un signal politique », a-t-elle déclaré. De son côté, Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains, a proposé samedi la création d’« une cour disciplinaire de la magistrature », jugeant le Conseil supérieur de la magistrature « trop corporatiste ».
Le Parti socialiste, par la voix d’un communiqué, a réclamé « une véritable politique publique de protection de l’enfance », rappelant que Jérôme Barella était déjà visé par au moins sept plaintes ou signalements pour violences sexuelles avant le meurtre de Lyhanna. « La protection de l’enfance doit devenir une priorité absolue de notre République », a insisté le PS.
Une marche blanche pour honorer Lyhanna et protester contre les dysfonctionnements
La commune de Fleurance, où vivait Lyhanna, organise aujourd’hui une marche blanche à 15 heures en hommage à la collégienne. Ses parents, qui participeront à l’événement, ont demandé aux maires présents depuis le début des recherches de les accompagner. Ils se sont en revanche opposés à la présence de tout responsable politique national, préférant une mobilisation locale et apolitique.
Le député du Gers David Taupiac a souligné que cette marche était « aussi une forme de protestation silencieuse », tout en espérant que « l’enquête administrative éclairera de manière indépendante et objective ce qui s’est passé dans toute la chaîne de décision, du ministère jusqu’au tribunal ». Il a insisté sur la nécessité d’identifier les causes des dysfonctionnements pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise.
Une « défaillance sociétale » selon le maire de Fleurance
Le maire de Fleurance a décrit une « onde de choc nationale » face à ce drame, qualifiant les dysfonctionnements de « défaillance sociétale qui n’est pas un petit problème local ». Il a évoqué un territoire traumatisé par la disparition de la jeune fille, alors que des témoignages locaux décrivent Jérôme Barella comme un individu se fondant parfaitement dans la société, quelques heures seulement après la disparition de Lyhanna.
Une mère de famille de Montestruc-sur-Gers, où se situe l’école de Lyhanna, a témoigné avoir croisé Barella peu après la disparition de l’enfant. « Ces pervers se fondent dans la société, c’est incroyable. Comme s’il venait de boire un café », a-t-elle confié à la presse. Barella, décrit comme un « monsieur tout-le-monde » avant les faits, est désormais perçu comme « le pire pervers qu’on ait côtoyé » par les habitants du secteur.
Cette affaire soulève en effet des questions plus larges sur l’efficacité des dispositifs de protection des mineurs en France, ainsi que sur la gestion des signalements de violences sexuelles par les institutions judiciaires. Alors que les familles de victimes et les associations attendent des réponses, les responsables politiques devront proposer des mesures tangibles pour restaurer la confiance dans les institutions.
L’enquête administrative, dont les conclusions sont attendues prochainement, doit déterminer si des dysfonctionnements ou fautes professionnelles ont eu lieu dans le suivi judiciaire de Jérôme Barella. Par ailleurs, les résultats de l’enquête pénale en cours seront déterminants pour établir les responsabilités dans la mort de Lyhanna et décider d’éventuelles poursuites.
Les parents ont exprimé leur souhait de voir une mobilisation locale et apolitique, préférant que la marche blanche soit un moment de recueillement et d’hommage à leur fille. Ils ont demandé aux maires locaux de les accompagner, mais se sont opposés à toute présence politique nationale, selon le communiqué de leur avocat.