Les stations balnéaires mexicaines des Caraïbes subissent depuis plusieurs semaines une invasion sans précédent de sargasses, ces algues brunes flottantes qui transforment les plages en véritables déserts de vase et perturbent lourdement le tourisme local. Selon BMF - International, les autorités régionales enregistrent un afflux record de ces macroalgues, avec des quantités estimées à plusieurs milliers de tonnes échouées sur les côtes de Quintana Roo, État emblématique de la Riviera Maya.
La situation est particulièrement critique à Cancún, Playa del Carmen et Tulum, où les opérations de nettoyage mobilisent des centaines de travailleurs et d’engins lourds. « C’est la pire année jamais enregistrée », a déclaré Carlos Joaquín González, gouverneur de Quintana Roo, lors d’une conférence de presse tenue hier à Chetumal. « Les sargasses couvrent désormais plus de 90 % des plages dans certaines zones, rendant impossible toute activité touristique normale. »
Ce qu'il faut retenir
- Afflux record : les sargasses ont atteint un niveau historique, avec des quantités estimées à plusieurs milliers de tonnes échouées sur les côtes de Quintana Roo.
- Impact touristique : plus de 90 % des plages de certaines zones, comme Cancún ou Tulum, sont recouvertes, paralysant l’activité économique locale.
- Mobilisation exceptionnelle : des centaines de travailleurs et d’engins sont mobilisés pour tenter de nettoyer les plages, sans succès durable.
- Déclarations officielles : le gouverneur de Quintana Roo, Carlos Joaquín González, qualifie la situation de « pire année jamais enregistrée » et alerte sur les conséquences économiques.
Des conséquences économiques et environnementales lourdes
L’invasion de sargasses n’affecte pas seulement l’image des plages mexicaines, mais menace directement l’économie locale, fortement dépendante du tourisme. Les hôteliers et les restaurateurs de la Riviera Maya tirent la sonnette d’alarme, certains signalant une baisse de fréquentation pouvant aller jusqu’à 40 % dans certaines zones. « Les clients annulent leurs réservations ou exigent des réductions de prix pour accepter de séjourner ici », explique Maria López, gérante d’un hôtel à Playa del Carmen. « Beaucoup choisissent de se rendre dans des destinations concurrentes comme la République dominicaine ou le Costa Rica, où les plages restent propres. »
Sur le plan environnemental, les sargasses ne se contentent pas de nuire à l’attrait des sites touristiques. Leur décomposition libère en effet des gaz toxiques, comme le sulfure d’hydrogène, et perturbe les écosystèmes marins. Les pêcheurs locaux rapportent une diminution des prises de poissons, tandis que les récifs coralliens, déjà fragilisés par le réchauffement climatique, subissent un stress supplémentaire. Les autorités ont mis en place des barrières flottantes pour tenter de contenir les algues en mer avant qu’elles n’atteignent le rivage, mais ces dispositifs restent insuffisants face à l’ampleur du phénomène.
Les causes d’un phénomène en recrudescence
Les sargasses prolifèrent en raison de plusieurs facteurs, combinant des causes naturelles et anthropiques. Selon les experts, l’augmentation des températures océaniques, liée au changement climatique, favorise leur croissance. « Les eaux chaudes et riches en nutriments, notamment en azote et en phosphore issus des rejets agricoles et des eaux usées, créent un environnement idéal pour ces algues », explique Dr. Ana Martínez, océanographe à l’Institut de sciences marines de Cancún. « Malheureusement, sans une réduction drastique des pollutions terrestres, la situation risque de s’aggraver dans les années à venir. »
Un autre facteur aggravant est l’arrivée massive de sargasses en provenance de la mer des Sargasses, située dans l’Atlantique, et poussée par les courants marins vers les Caraïbes. Les images satellites montrent des « îles » flottantes de plusieurs kilomètres de long dérivant vers les côtes mexicaines. « Ce phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur cette année est exceptionnelle », précise le Dr. Martínez. « Les modèles climatiques prévoient une augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces invasions dans les décennies à venir. »
Des solutions d’urgence limitées
Face à cette crise, les autorités mexicaines tentent de trouver des solutions, mais celles-ci se heurtent à des limites techniques et budgétaires. Le gouvernement fédéral a débloqué en urgence 200 millions de pesos (environ 10 millions d’euros) pour financer les opérations de nettoyage et l’achat de nouveaux équipements. « Nous avons acquis trois nouveaux navires équipés de systèmes de ramassage automatisés », indique Miguel Ángel Domínguez, directeur de l’Agence environnementale de Quintana Roo. « Cependant, même avec ces moyens, nous ne pouvons pas traiter l’ensemble des sargasses arrivant chaque jour. »
Certains hôtels et associations locales explorent des pistes innovantes, comme le compostage des sargasses ramassées pour en faire de l’engrais, ou leur transformation en biocarburant. Cependant, ces projets restent à l’état expérimental et ne peuvent pas absorber l’intégralité des algues échouées. « Nous cherchons des solutions durables, mais pour l’instant, nous devons nous concentrer sur l’urgence », souligne Domínguez. « Le temps presse, car la saison touristique bat son plein, et chaque jour de retard se traduit par des pertes économiques considérables. »
En attendant, les habitants et les professionnels du tourisme restent sous tension. « Nous faisons de notre mieux, mais sans une action internationale forte, nous ne pourrons pas résoudre ce problème seul », confie María López. Pour les touristes encore présents sur place, la situation est frustrante : certains choisissent de se rendre dans des parcs naturels ou des sites archéologiques pour éviter les plages, tandis que d’autres annulent purement et simplement leur voyage. Une chose est sûre : cette invasion de sargasses pourrait bien marquer un tournant dans la gestion des crises environnementales pour les années à venir.
Cette année, l’afflux de sargasses est particulièrement important en raison de la combinaison de facteurs climatiques et environnementaux. Les eaux plus chaudes et riches en nutriments, couplées à des courants marins favorisant la dérive des algues depuis l’Atlantique, ont créé des conditions idéales pour leur prolifération. Selon les experts, cette invasion dépasse en ampleur celles des années précédentes, avec des quantités estimées à plusieurs milliers de tonnes échouées sur les côtes mexicaines.