L’opposant politique russe Mikhaïl Khodorkovski, emprisonné pendant une décennie sous le régime de Vladimir Poutine, livre une analyse détaillée de la solidité du pouvoir russe dans un entretien exclusif accordé au Figaro. Son centre de réflexion, le New Eurasian Strategies Center (Nest), publie ce 5 juin 2026 un rapport intitulé « Les fissures dans les murs du Kremlin », qui examine l’état de l’élite russe et les tensions internes liées à la guerre en Ukraine.
Ce qu'il faut retenir
- Le pouvoir russe actuel est qualifié de paranoïaque et répressif par Mikhaïl Khodorkovski, avec une élite sous pression constante.
- Selon l’opposant, personne dans l’entourage proche de Poutine ne soutient la guerre en Ukraine, à l’exception du président lui-même.
- Le rapport Nest souligne une hausse de la paranoïa au Kremlin, alimentée par l’affaiblissement physique de Poutine et les purges internes.
- Les répressions actuelles, bien que moins massives qu’à l’époque stalinienne, restent un outil de contrôle sur les hauts fonctionnaires russes.
- Khodorkovski propose des pistes pour renforcer la préparation de l’Europe face aux défis posés par la Russie.
Un pouvoir miné par la paranoïa et les tensions internes
Pour Mikhaïl Khodorkovski, le régime de Vladimir Poutine est avant tout paranoïaque. Cette caractéristique, héritée des dictatures russes et soviétiques, s’aggrave avec le temps. « Plus on avance, plus cette paranoïa augmente », explique-t-il dans les colonnes du Figaro. Selon lui, l’affaiblissement physique du président russe nourrit cette méfiance maladive, qui se traduit par une répression accrue contre l’élite politique et administrative.
Les mesures répressives actuelles, bien que moins brutales qu’à l’époque de Staline, n’en restent pas moins efficaces pour maintenir un climat de peur. « Poutine a su créer le sentiment d’un couperet répressif suspendu au-dessus de l’élite », précise-t-il. Cette pression s’exerce jusqu’au niveau des vice-gouverneurs, créant une hiérarchie politique sous tension permanente. Autant dire que la stabilité du régime repose sur un équilibre précaire, où chaque acteur redoute d’être la prochaine cible.
Une élite divisée sur la guerre en Ukraine
L’un des enseignements majeurs du rapport Nest concerne l’attitude de l’entourage de Poutine face à la guerre en Ukraine. Mikhaïl Khodorkovski est catégorique : personne dans le cercle proche du président ne soutient le conflit, à l’exception de Vladimir Poutine lui-même. « Le seul moteur qui empêche la guerre… » commence-t-il, avant de laisser sa pensée en suspens, soulignant ainsi l’isolement du dirigeant russe dans sa décision.
Cette position isolée s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’élite russe, consciente des risques économiques et géopolitiques liés à la guerre, cherche à éviter un effondrement total des relations avec l’Occident. Ensuite, la crainte des purges internes pousse les hauts fonctionnaires à éviter toute prise de position publique favorable au conflit. Enfin, l’absence de soutien populaire à la guerre, même au sein des cercles du pouvoir, limite la marge de manœuvre de Poutine.
Des propositions pour l’Europe face à la menace russe
Dans cet entretien, Mikhaïl Khodorkovski ne se contente pas d’analyser les faiblesses du régime poutinien. Il formule également des recommandations pour l’Europe, qu’il considère comme trop vulnérable face à la Russie. Son centre de réflexion, le Nest, milite pour une préparation accrue de l’Union européenne aux défis posés par Moscou, notamment sur le plan militaire et énergétique.
Parmi ses propositions, il insiste sur la nécessité de renforcer les capacités de défense européennes, en coordination avec l’Ukraine et les pays frontaliers de la Russie. Il évoque aussi la question de l’énergie, soulignant que l’Europe doit réduire sa dépendance au gaz russe, un levier que Poutine utilise régulièrement comme outil de pression. Enfin, il appelle à une stratégie cohérente face aux manipulations informationnelles orchestrées par le Kremlin, qui visent à semer la division au sein des démocraties occidentales.
Un regard sur l’avenir politique de la Russie
Mikhaïl Khodorkovski, qui a passé dix ans dans les geôles russes, ne cache pas ses ambitions pour l’après-Poutine. Bien qu’il ne se présente pas comme un candidat à la succession, il multiplie les prises de parole pour dénoncer le régime actuel et proposer des alternatives. Son centre de réflexion, le Nest, joue un rôle clé dans la diffusion d’analyses critiques sur la gouvernance russe, un exercice risqué dans un pays où la liberté de la presse est quasi inexistante.
Pour lui, l’avenir de la Russie dépendra de la capacité de l’opposition à s’unir et à proposer un projet politique crédible. Il met en garde contre une transition chaotique, qui pourrait aggraver les tensions internes ou, pire, conduire à une fragmentation du pays. « La Russie a besoin d’une feuille de route claire pour sortir de l’impasse », souligne-t-il. Ses propositions, bien que controversées, pourraient inspirer une partie de l’opposition russe, notamment parmi les jeunes générations et les milieux économiques.
Mikhaïl Khodorkovski incarne une voix critique majeure contre le régime de Vladimir Poutine. Ancien oligarque emprisonné pendant une décennie, il a été libéré en 2013 après une campagne internationale en sa faveur. Depuis, il vit en exil et dirige le New Eurasian Strategies Center (Nest), un centre d’analyse qui étudie les failles du système poutinien. Son expérience personnelle et son réseau en font un observateur privilégié des dynamiques internes du Kremlin.