Une récente étude publiée par Luxor Technology via son outil Hashrate Index dresse un état des lieux de la répartition géographique de la puissance de calcul dédiée au minage de Bitcoin (BTC). Selon les données recueillies, trois pays seulement — les États-Unis, la Russie et la Chine — représentent ensemble plus de **65 % du hashrate mondial**, un indicateur clé de la décentralisation du réseau.
Ce qu'il faut retenir
- Les États-Unis dominent largement avec **37,4 %** du hashrate total, soit environ **375 EH/s** (exahashes par seconde).
- La Russie et la Chine suivent avec respectivement **16,9 %** et **12 %** de la puissance mondiale.
- Le Paraguay, les Émirats arabes unis et Oman complètent le top 6, chacun dépassant les **2 %** de part de marché.
- Le hashrate mondial a reculé de **5,8 %** depuis le début de l’année, passant de **1 066 EH/s** à **1 004 EH/s** début avril 2026.
- Certains pays émergents affichent une croissance spectaculaire, comme le Pakistan (+1 233 %) ou la Bolivie (+2 400 %).
- La France ne représente que **0,047 %** du hashrate, soit **0,5 EH/s**, un niveau marginal.
Les États-Unis en tête, la Russie et la Chine talonnent
Les résultats publiés par Luxor Technology confirment la domination des trois grandes puissances dans le secteur du minage de Bitcoin. Avec **37,4 %** du hashrate mondial, les États-Unis maintiennent leur avance, portés par des infrastructures industrielles et un cadre réglementaire favorable. La Russie, avec **16,9 %** (environ **170 EH/s**), et la Chine, à **12 %** (**120 EH/s**), restent des acteurs majeurs, malgré les restrictions imposées dans certaines régions.
Derrière eux, le Paraguay émerge comme un hub inattendu avec **4,3 %** de la puissance mondiale, soit **43 EH/s**. Les Émirats arabes unis et Oman affichent chacun **3 %** (**30 EH/s**), tandis que le Canada (2,6 %, **26 EH/s**), l’Éthiopie (2,5 %, **25 EH/s**) et le Kazakhstan (1,8 %, **18 EH/s**) complètent le classement des dix premiers pays.
Une concentration préoccupante pour la décentralisation ?
Cette forte concentration géographique soulève des questions sur la décentralisation du réseau Bitcoin. Selon les analystes, une telle répartition pourrait sembler contre-productive pour un écosystème censé reposer sur une logique de décentralisation. Pourtant, comme le souligne l’étude, la mission des mineurs — valider les transactions et sécuriser le réseau — diffère de celle des nœuds, qui sont responsables du respect des règles du protocole.
« Le rôle des mineurs est de trouver le hash du dernier nouveau bloc, tandis que la mission visant à faire respecter les règles du jeu est attribuée aux nœuds. C’est donc la décentralisation de ces derniers qui prime, ceux-ci ayant un impact majoritaire sur le fonctionnement de Bitcoin. »
Les nœuds, répartis dans le monde entier, jouent un rôle bien plus déterminant pour la résilience du réseau que la localisation des mineurs. D’ailleurs, l’exemple de 2021, lorsque l’interdiction du minage en Chine avait provoqué un effondrement temporaire du hashrate, illustre cette distinction : le réseau avait rapidement rebondi grâce à la réallocation des machines vers d’autres pays.
Des disparités géographiques marquées et des croissances fulgurantes
Si certains pays pèsent peu dans la balance globale, leur progression récente est remarquable. Le Pakistan, par exemple, est passé de **0,3 EH/s** à **4 EH/s**, soit une hausse de **1 233 %** en un an. De même, la Bolivie enregistre une progression de **2 400 %**, passant de **0,1 EH/s** à **2,4 EH/s**. Ces chiffres reflètent l’émergence de nouveaux acteurs, souvent attirés par des coûts énergétiques bas ou des régulations plus souples.
En Amérique du Sud, le Paraguay affiche une croissance de **54 %**, tandis que l’Argentine, confrontée à des difficultés économiques, a vu son hashrate chuter de **43 %**. En Europe, la France reste marginalisée avec seulement **0,047 %** de la puissance mondiale (**0,5 EH/s**), un niveau comparable à celui de nombreux pays africains.
Un hashrate en baisse, un contexte économique tendu
L’étude révèle également une diminution du hashrate mondial de **5,8 %** depuis le début de l’année, une tendance qui s’inscrit dans un contexte de volatilité des prix. Au moment de la publication des données, le Bitcoin s’échangeait autour de **68 418 dollars**, en baisse de **1,8 %** sur les dernières 24 heures. Cette corrélation entre la valeur du BTC et l’activité de minage n’est pas nouvelle : lorsque le cours du Bitcoin baisse, certains mineurs moins rentables peuvent être contraints de suspendre leurs opérations.
Par ailleurs, les analystes rappellent que la localisation des mineurs ne reflète pas toujours leur pays d’origine. L’utilisation de VPN et de serveurs relais peut fausser les données géographiques, masquant une partie de la réalité. Cette pratique, courante dans le secteur, complique l’évaluation précise de la décentralisation.
Le Bitcoin en bref
Le Bitcoin, première cryptomonnaie décentralisée au monde, repose sur un mécanisme de consensus appelé Proof-of-Work (PoW), où les mineurs valident les transactions en résolvant des problèmes cryptographiques complexes. Leur récompense ? De nouveaux bitcoins émis par le réseau. Contrairement à un système Proof-of-Stake (PoS), où la validation dépend du nombre de jetons détenus, le PoW exige une puissance de calcul massive, ce qui en fait un processus énergivore.
La décentralisation du réseau, souvent présentée comme un gage de sécurité et de transparence, est un débat récurrent. Si la concentration du hashrate peut sembler paradoxale, les experts rappellent que la véritable décentralisation s’évalue aussi à l’aune de la répartition des nœuds et de la diversité des acteurs économiques impliqués.
La localisation des mineurs influence la répartition géographique de la puissance de calcul, mais elle n’est pas le seul critère de décentralisation. Le réseau Bitcoin repose avant tout sur la diversité des nœuds, qui valident les transactions et assurent le respect des règles. Une concentration extrême des mineurs dans quelques pays peut poser des questions de résilience, mais c’est la décentralisation des nœuds qui garantit la robustesse du système.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette tendance. Une baisse du prix du Bitcoin réduit la rentabilité du minage, poussant certains acteurs moins compétitifs à arrêter leurs machines. Les variations des coûts énergétiques ou des régulations gouvernementales jouent également un rôle. Enfin, des pannes techniques ou des cyberattaques ciblant des infrastructures majeures peuvent impacter temporairement le hashrate global.
