Au cœur du sud du Péloponnèse, la cité médiévale de Monemvasia, accrochée à un rocher surplombant la mer Égée, est le théâtre d’une polémique locale. La construction d’un téléphérique, dont l’objectif affiché est d’accroître l’afflux touristique, suscite l’inquiétude des habitants et des défenseurs du patrimoine, comme le rapporte Le Monde.

Ce qu'il faut retenir

  • Un téléphérique est en construction à Monemvasia, une cité médiévale classée parmi les sites les plus emblématiques de Grèce.
  • Les habitants craignent que ce projet n’altère durablement le paysage et l’équilibre écologique de la région.
  • L’objectif annoncé par les promoteurs est d’augmenter le nombre de touristes visitant le site.
  • Monemvasia, surnommée la « Gibraltar de l’Orient », est un joyau historique fondé au IVe siècle et classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
  • Les opposants dénoncent un projet potentiellement irréversible pour un site déjà fragilisé par le tourisme de masse.

Perchée sur un éperon rocheux relié au continent par une étroite langue de terre, Monemvasia attire chaque année des dizaines de milliers de visiteurs. Son architecture médiévale préservée, ses ruelles pavées et ses églises byzantines en font l’une des destinations les plus prisées de Grèce. Pourtant, ce patrimoine unique est aujourd’hui menacé par un projet d’infrastructure jugé par certains comme une « atteinte à son âme ». « On construit une ligne de téléphérique en plein cœur d’un site historique classé », s’indigne un habitant interrogé par Le Monde. « C’est comme si on installait une télécabine au pied du Mont-Saint-Michel ».

Les travaux, lancés en 2025, devraient s’achever d’ici la fin de l’année 2026, selon les autorités locales. Le téléphérique, dont la longueur est estimée à 1,2 kilomètre, relierait le port de Pori à la vieille ville, réduisant ainsi le temps de trajet à quelques minutes. Les promoteurs du projet, soutenus par la municipalité, mettent en avant les retombées économiques promises : 50 000 touristes supplémentaires par an et la création de 200 emplois directs. « Ce téléphérique est une opportunité pour désengorger la vieille ville et mieux répartir les flux », a déclaré le maire de Monemvasia, Nikos Lignos, lors d’une conférence de presse en mars dernier.

Pourtant, les critiques pleuvent. Des associations environnementales, comme l’Association pour la protection de Monemvasia, dénoncent une « bétonisation » du paysage et un risque accru d’érosion des sols, déjà fragilisés par les pluies hivernales. « Monemvasia n’est pas un parc d’attractions », a souligné Maria Papadopoulou, porte-parole du collectif. « Ses remparts et ses églises sont des témoignages vivants de l’histoire. On ne peut pas les sacrifier sur l’autel du profit à court terme ».

« Monemvasia n’est pas un parc d’attractions. Ses remparts et ses églises sont des témoignages vivants de l’histoire. On ne peut pas les sacrifier sur l’autel du profit à court terme. »
Maria Papadopoulou, porte-parole de l’Association pour la protection de Monemvasia

Le conflit oppose donc deux visions de l’avenir de Monemvasia : d’un côté, une logique de développement économique à tout prix ; de l’autre, la préservation d’un patrimoine exceptionnel. Le site, déjà classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1999, a déjà connu une hausse de 30 % de sa fréquentation touristique entre 2019 et 2024. Certains craignent que le téléphérique ne transforme la cité en un « Disneyland médiéval », où l’authenticité serait remplacée par une mise en scène artificielle. « Les touristes viennent pour l’histoire, pas pour un trajet en téléphérique », résume un guide local sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

Une réunion publique est prévue le 15 juin 2026 en mairie de Monemvasia pour faire le point sur l’avancement des travaux et recueillir les avis des habitants. Parallèlement, le ministère grec de la Culture doit rendre un avis définitif sur l’impact du projet d’ici la fin du mois de juillet. Les opposants, eux, menacent de saisir les instances européennes si les travaux devaient se poursuivre sans garanties supplémentaires pour la préservation du site.

Reste à savoir si les autorités parviendront à concilier développement économique et respect du patrimoine. En attendant, Monemvasia, déjà ébranlée par les séquelles des incendies de 2023, voit son avenir se jouer sur une ligne de câbles suspendue au-dessus de la mer.

Ils craignent que la construction du téléphérique n’endommage le paysage médiéval unique de Monemvasia et n’accélère l’érosion des sols, déjà fragilisés. Ils redoutent aussi une transformation de la cité en attraction commerciale au détriment de son authenticité historique.