La multiplication des incendies de forêt cet été relance le débat sur la pratique de la chasse dans les zones sinistrées. Selon Franceinfo – Faits divers, une pétition en ligne réclamant un moratoire national de trois ans sur la chasse dans les massifs forestiers ravagés par les flammes a déjà recueilli plus de 325 000 signatures depuis son lancement le 14 juillet 2026. Portée par Bruno Valentin, gérant d’un refuge animalier dans le Cantal, cette initiative reflète une préoccupation croissante quant à l’impact de la chasse sur la faune sauvage en période de reconstruction écologique.
À ce jour, les préfets disposent d’un pouvoir discrétionnaire pour autoriser ou interdire la chasse dans les territoires touchés par les incendies. Pourtant, les partisans du moratoire estiment que seule une règle nationale, applicable à l’ensemble des forêts sinistrées, permettrait de garantir un répit suffisant à la faune pour se régénérer. Bruno Valentin justifie cette demande en s’appuyant sur les recommandations des scientifiques, qui estiment qu’un délai minimal de trois ans est nécessaire pour observer une reprise significative de la biodiversité dans ces écosystèmes perturbés.
Ce qu'il faut retenir
- Une pétition lancée le 14 juillet 2026 a déjà recueilli plus de 325 000 signatures sur la plateforme change.org pour demander un moratoire de trois ans sur la chasse dans les forêts incendiées.
- Actuellement, ce sont les préfets qui décident au cas par cas d’autoriser ou non la chasse dans les zones sinistrées.
- Bruno Valentin, à l’origine de la pétition la plus suivie, s’appuie sur les travaux des scientifiques pour justifier ce délai minimal de trois ans, temps nécessaire à la régénération de la faune.
- Une vingtaine d’autres pétitions similaires circulent en ligne, tandis que France Nature Environnement appelle à une révision des plans de chasse dans les territoires touchés par les incendies.
Un débat qui s’amplifie face aux images des animaux en détresse
La mobilisation s’est intensifiée à mesure que les médias diffusaient des images de cervidés, de sangliers ou d’autres animaux sauvages fuyant les flammes ou errant, désorientés, dans des paysages carbonisés. Ces scènes, largement partagées sur les réseaux sociaux, ont contribué à sensibiliser l’opinion publique à la vulnérabilité des espèces en période post-incendie. Bruno Valentin, qui connaît particulièrement bien la forêt de Fontainebleau, a été l’un des premiers à relayer cette préoccupation après l’incendie qui a frappé ce massif en juillet 2026.
« De mon Cantal, je me suis demandé ce que je pouvais faire », explique-t-il à Franceinfo. « Je fais confiance aux scientifiques : ils disent qu’il faut un minimum de trois ans pour que la faune commence à pouvoir émerger. Donc, il faut que l’État décide de ce moratoire. C’est la seule solution pour laisser la forêt et les animaux tranquilles et leur permettre de se reconstruire. » Bruno Valentin insiste sur l’idée que ce répit doit être assorti d’un cadre strict, appliqué uniformément sur l’ensemble du territoire national pour éviter les disparités selon les départements.
« Il faut que l’État décide de ce moratoire. C’est la seule solution pour qu’on laisse tranquille la forêt et les animaux pour qu’ils puissent revivre un petit peu dans le calme. »
— Bruno Valentin, gérant d’un refuge animalier dans le Cantal
Des pétitions multiples, mais une seule mesure phare : l’interdiction nationale
Si la pétition de Bruno Valentin domine largement en nombre de signatures, elle n’est pas la seule à porter cette revendication. Une vingtaine d’autres initiatives similaires circulent en ligne, portées par des associations locales ou des citoyens inquiets pour la biodiversité. Certaines ciblent des régions précises, comme la Gironde ou les Landes, tandis que d’autres adoptent une approche plus globale. France Nature Environnement, l’une des principales organisations environnementales en France, a également pris position en faveur d’une révision des plans de chasse dans les territoires sinistrés.
Cette organisation, qui fédère plus de 3 500 associations, appelle les pouvoirs publics à suspendre temporairement les prélèvements cynégétiques dans ces zones. « La priorité doit être donnée à la reconstruction des écosystèmes, sans ajout de pression supplémentaire sur les espèces déjà fragilisées », précise un porte-parole de l’association. Pour autant, les chasseurs ne sont pas unanimes : certains fédérations cynégétiques reconnaissent la nécessité d’adapter les règles, mais plaident pour une approche différenciée selon les espèces et les contextes locaux.
Un moratoire de trois ans : un délai justifié par la science ?
Les défenseurs du moratoire s’appuient sur plusieurs études scientifiques pour étayer leur demande. Selon eux, un délai de trois ans correspond au temps nécessaire à la reprise des cycles de reproduction pour de nombreuses espèces. Les incendies, en réduisant drastiquement les ressources alimentaires et les habitats, laissent les animaux affaiblis et vulnérables. Les chasseurs, eux, soulignent que certaines espèces, comme le sanglier, pourraient proliférer de manière incontrôlée en l’absence de régulation, posant des problèmes de sécurité ou de déséquilibre écologique.
Les données disponibles montrent que les forêts françaises ont subi une série exceptionnelle d’incendies cet été, avec des superficies ravagées dépassant parfois plusieurs milliers d’hectares. Dans le Sud-Ouest, notamment en Gironde, les départs de feu ont laissé des paysages méconnaissables, où la faune peine à retrouver des zones refuges. Les experts s’accordent à dire que la régénération naturelle dépendra non seulement du temps, mais aussi des conditions climatiques à venir, comme les pluies automnales ou les épisodes de sécheresse prolongée.
Reste à savoir si l’État optera pour une suspension totale, partielle ou ciblée de la chasse dans les zones incendiées. Une chose est sûre : le débat, déjà vif, ne manquera pas de s’intensifier à l’approche des prochaines sessions cynégétiques, prévues à l’automne.
Les études citées par les défenseurs du moratoire estiment qu’il faut ce délai pour permettre aux espèces animales de retrouver des conditions de vie stables, notamment en termes de disponibilité alimentaire et d’habitats sécurisés. Certaines espèces, comme les cervidés ou les petits mammifères, mettent plusieurs années à reconstituer leurs populations après un incendie.