La banque américaine Morgan Stanley a relevé ce lundi 20 juillet son conseil sur l’action Air Liquide, passant d’une simple « pondération en ligne » à un statut de « surpondération ». Cette décision s’appuie sur l’analyse du marché, jugé trop pessimiste concernant les perspectives de croissance du géant français des gaz industriels, en particulier dans son segment dédié à l’électronique et aux semi-conducteurs. L’objectif de cours a été rehaussé à 206 euros, contre 152,73 euros précédemment, ce qui représente un potentiel de hausse de 17 % par rapport au dernier cours de clôture.
Selon BFM Bourse, cette recommandation s’inscrit dans un contexte où Air Liquide séduit particulièrement les petits porteurs. Le groupe compte en effet 900 000 actionnaires individuels, représentant un tiers de son capital. Depuis le début de l’année, l’action a progressé de 21,2 %, contre seulement 2,11 % pour l’indice CAC 40. Ce dynamisme reflète notamment le profil défensif du groupe, ainsi que sa capacité à garantir une production ininterrompue pour ses clients industriels, grâce à des gaz essentiels et des contrats à long terme.
Ce qu'il faut retenir
- Morgan Stanley relève son avis sur Air Liquide à « surpondérer » avec un objectif de cours à 206 euros (potentiel de +17 %).
- Le groupe compte 900 000 actionnaires individuels, soit un tiers de son capital.
- Depuis le début 2026, l’action progresse de 21,2 %, contre 2,11 % pour le CAC 40.
- La division électronique d’Air Liquide, qui représente 10 % de ses revenus, pourrait bénéficier de l’essor de l’IA et des semi-conducteurs.
- Son carnet de commandes dans ce segment s’élève à 5,5 milliards d’euros, avec 75 projets en cours, dont 40 % en Asie.
Un positionnement unique dans un marché oligopolistique
Air Liquide occupe une place centrale dans l’industrie des gaz industriels, un secteur caractérisé par un caractère oligopolistique. Comme le souligne le bureau d’études indépendant Alphavalue, « le caractère oligopolistique de ses activités constitue un atout majeur pour le groupe français », dont les grands clients industriels restent fidèles une fois les installations mises en place. Cette fidélisation s’explique par la nature même des gaz fournis : des intrants essentiels, représentant généralement une fraction minime des coûts des clients, mais indispensables à la continuité de leurs processus de production. Les contrats à long terme et les marges de sécurité ainsi obtenues garantissent une visibilité financière importante au groupe.
Pour Morningstar, « les gaz industriels ne représentent généralement qu’une fraction des coûts des clients, mais constituent un intrant essentiel pour garantir une production ininterrompue. De ce fait, les clients sont souvent prêts à payer un supplément et à signer des contrats à long terme ». Cette relation de dépendance mutuelle assure à Air Liquide une stabilité financière et une capacité à investir dans de nouvelles technologies, comme celle liée à l’électronique.
L’électronique, un relais de croissance méconnu mais prometteur
La division électronique d’Air Liquide, qui ne pèse encore que 10 % de ses revenus, est en passe de devenir un moteur majeur de sa croissance. Le groupe y produit des gaz ultra-purs, essentiels à la fabrication des semi-conducteurs. Ces gaz, caractérisés par une très forte concentration en molécules cibles et une quasi-absence d’impuretés, permettent d’inerter et de sécuriser les outils de production de puces. Une fonction critique, alors que la demande en semi-conducteurs explose sous l’effet du développement de l’intelligence artificielle et des centres de données.
Selon BFM Bourse, « ces gaz sont vitaux pour la fabrication de semi-conducteurs, car ils permettent par exemple d’inerter (et donc sécuriser) les outils de production de puces. Un procédé essentiel donc pour permettre le développement des centres de données et donc de l’IA ». Un segment en pleine expansion, alors que les investissements des fabricants de semi-conducteurs devraient passer de 190 milliards de dollars en 2025 à 370 milliards en 2030, selon les estimations de Bank of America.
Un carnet de commandes record et des prévisions revues à la hausse
Morgan Stanley justifie son optimisme par la dynamique du carnet de commandes d’Air Liquide dans l’électronique. À fin mars 2026, celui-ci s’élevait à 5,5 milliards d’euros, avec 75 projets en cours, dont 40 % en Asie. Un volume deux fois supérieur à celui de son principal concurrent, Linde, et onze fois plus élevé que celui de Nippon Gases. La banque souligne que ce carnet représente deux fois celui de Linde et onze fois celui de Nippon Gases, ce qui témoigne de la position dominante d’Air Liquide dans ce domaine.
Dans un communiqué, Morgan Stanley explique : « Nous considérons Air Liquide comme le meilleur moyen de tirer parti du cycle de l’électronique et des semi-conducteurs au sein du secteur chimique européen, grâce à une forte visibilité sur les projets et les start-ups, compte tenu de la nature "take or pay" des contrats (un mécanisme qui oblige l’industriel à payer qu’ils reçoivent livraison du gaz ou non) ». La banque anticipe ainsi une croissance annuelle moyenne des revenus de 9 % pour la division électronique entre 2026 et 2028, contre un consensus de 7 %. Elle table également sur une progression moyenne du bénéfice par action de 11 % sur la même période.
Des perspectives validées par d’autres acteurs du marché
Cette confiance affichée par Morgan Stanley s’ajoute à celle d’autres institutions financières. Bank of America, par exemple, avait déjà revu son avis à la hausse en juin, passant à « achat ». La banque estime que la division électronique pourrait représenter 40 % de la croissance du groupe en 2027, prévue à 4,5 % en données comparables. Elle met en avant l’acquisition récente de DIG Airgas et le contexte favorable du cycle d’investissement dans les semi-conducteurs, notamment dans le domaine de la mémoire, où la demande en puces et la complexité des équipements ne cessent de croître.
Cette convergence d’analyses positives reflète un changement de perception du marché. Morgan Stanley estime que les investisseurs restent trop focalisés sur les résultats trimestriels d’Air Liquide, qui pourraient, au deuxième trimestre, sembler en retrait. « Le marché sous-estime les perspectives de son activité électronique », selon la banque. Une position partagée par Bank of America, qui souligne l’importance des investissements massifs dans les semi-conducteurs pour les années à venir.
Une chose est sûre : avec un carnet de commandes aussi fourni et une division électronique en pleine expansion, Air Liquide semble bien positionné pour profiter de la vague de demande en gaz industriels liés à l’IA. Reste à voir si le marché saura ajuster ses anticipations en conséquence.
La clause « take or pay » (littéralement « prendre ou payer ») oblige l’industriel client à régler le gaz commandé, même s’il ne l’utilise pas. Ce mécanisme sécurise les revenus du fournisseur comme Air Liquide, en garantissant un flux financier stable, indépendamment des fluctuations de la demande.
Cette division fournit des gaz ultra-purs indispensables à la fabrication des semi-conducteurs, un marché en forte croissance grâce à l’essor de l’intelligence artificielle. Bien que représentant seulement 10 % des revenus actuels, elle pourrait devenir un moteur majeur de la croissance du groupe, avec des perspectives de +9 % par an entre 2026 et 2028.