Un engin explosif artisanal a provoqué une explosion meurtrière samedi soir dans un restaurant moscovite fréquenté par des hauts gradés russes, dont Alexandre Tchaïko, commandant en chef des Forces aériennes. Selon Euronews FR, l’attentat a fait cinq morts et 21 blessés, confirmant dans un premier temps trois décès avant que le bilan ne s’alourdisse.

Ce qu'il faut retenir

  • L’explosion s’est produite à l’entrée du restaurant Balzi Rossi, situé dans un immeuble stalinien emblématique de la place Koudrinskaïa à Moscou.
  • Le bilan est passé de trois à cinq morts après le décès de deux blessés à l’hôpital, tandis que six personnes restent dans un état grave.
  • La bombe, déclenchée à distance et contenant des billes métalliques, visait une fête privée organisée pour les 55 ans d’Alexandre Tchaïko, présent sur place.
  • Les autorités russes ont qualifié l’incident d’« attentat terroriste », et une enquête pénale a été ouverte pour actes terroristes.
  • Plusieurs attentats ciblant des figures militaires ou pro-Kremlin ont été recensés en Russie depuis 2022, souvent attribués à l’Ukraine.

Un bilan qui s’aggrave et une cible militaire de premier plan

L’explosion a retenti samedi soir à l’entrée du Balzi Rossi, établissement installé dans l’un des gratte-ciel stalinien du centre de Moscou, parmi les fameuses « Sept sœurs » construites entre 1947 et 1957. Selon les premières informations, l’engin explosif, introduit par une femme qui prétendait apporter un cadeau, devait frapper une soirée privée organisée en l’honneur d’Alexandre Tchaïko. Ce dernier, devenu commandant en chef des Forces aériennes en mai 2026, était donc présent lors de l’attentat, rapporte Euronews FR.

Le Comité national antiterroriste russe a rapidement infirmé la thèse initiale d’une explosion accidentelle liée à une fuite de gaz, confirmant qu’il s’agissait bien d’un engin explosif artisanal. Les trois premières victimes identifiées étaient la femme transportant la bombe, un agent de sécurité l’ayant interceptée et un client du restaurant. Deux autres blessés, dont l’état était initialement jugé non critique, sont décédés à l’hôpital, portant le bilan à cinq morts. Au moins six personnes, dont certaines grièvement, demeurent hospitalisées, selon des chaînes Telegram affiliées aux forces de sécurité.

Un contexte de tensions accrues et de représailles ciblées

La soirée organisée en l’honneur de Tchaïko réunissait des responsables du FSB, des généraux du ministère de la Défense, des parlementaires et des fonctionnaires, sous haute surveillance, précise l’article. Le commandant des Forces aériennes avait souhaité mêler célébration de son anniversaire et de sa récente nomination à ce poste stratégique. Sa présence lors de cette attaque rappelle la multiplication des attentats ciblant les figures du régime russe ou les militaires impliqués dans la guerre en Ukraine.

Depuis le début du conflit en 2022, plusieurs attaques ont été revendiquées ou attribuées aux services secrets ukrainiens, ciblant des officiers russes ou des personnalités pro-Kremlin. Moscou a notamment imputé à Kiev la mort du général Iaroslav Moskalik, tué par une voiture piégée en avril 2025. Parmi les autres victimes emblématiques figurent la nationaliste Daria Douguina, tuée en août 2022 par une bombe placée sous sa voiture, ou encore le blogueur pro-Kremlin Vladlen Tatarski, victime en avril 2023 d’une explosion dans un café de Saint-Pétersbourg.

« Hier, un attentat terroriste barbare a été perpétré à Moscou, causant la mort de plusieurs personnes. Les blessés se trouvent actuellement dans les hôpitaux de la ville, où ils reçoivent toute l’aide nécessaire. »
Sergueï Sobianine, maire de Moscou

Une méthode d’attentat rappelant des précédents récents

L’engin utilisé samedi contenait des billes métalliques, destinées à maximiser les dégâts humains. La jeune femme qui l’a introduit aurait pu ignorer son contenu, déclarant aux autorités avoir apporté un cadeau pour l’anniversaire. L’explosion, déclenchée à distance, a visiblement été planifiée pour frapper une cible précise, dans un lieu public où la présence de Tchaïko était connue à l’avance.

Les autorités russes ont ouvert une enquête pour « actes terroristes » et multiplient les arrestations dans le cadre de cette affaire. L’attentat survient alors que le Kremlin durcit sa rhétorique sur la menace ukrainienne et renforce la surveillance des hauts responsables militaires. La Russie a d’ailleurs accéléré la mise en place de mesures de sécurité supplémentaires dans les lieux fréquentés par les élites, après plusieurs vagues d’attentats depuis 2022.

Une série d’attentats qui s’inscrit dans un conflit prolongé

Les cibles choisies ces dernières années — militaires, idéologues ou blogueurs pro-Kremlin — reflètent une stratégie de déstabilisation du régime de Vladimir Poutine. Que ces attaques soient revendiquées par Kiev ou non, elles alimentent une escalade des tensions entre les deux pays, dans un contexte où la guerre en Ukraine entre dans sa cinquième année. Les services de renseignement russes ont à plusieurs reprises accusé l’Ukraine d’être à l’origine de ces opérations, sans toujours fournir de preuves tangibles.

L’attentat du Balzi Rossi rappelle également celui qui avait coûté la vie au général Igor Kirillov, chef de la division des armes chimiques de l’armée russe, tué en décembre 2024 par une bombe fixée à un scooter à Moscou. Ces méthodes, combinant engins artisanaux et ciblage de personnalités, illustrent la porosité des frontières entre guerre conventionnelle et opérations de guérilla urbaine en Russie.

Et maintenant ?

Les autorités russes devraient intensifier les mesures de sécurité autour des hauts responsables militaires et des lieux publics sensibles dans les prochaines semaines. Une enquête rapide est attendue pour identifier les auteurs et leurs éventuels complices, alors que Moscou a déjà promis une réponse « impitoyable » contre les responsables de l’attentat. Reste à voir si cette nouvelle attaque entraînera une escalade des frappes russes en Ukraine ou une réorganisation des dispositifs de protection des élites du régime.

Dans l’immédiat, les services de santé moscovites poursuivent leurs efforts pour stabiliser les blessés les plus graves. Les funérailles des victimes devraient se tenir dans les prochains jours, dans un climat où la peur des représailles plane sur la population et les autorités.

Alexandre Tchaïko, commandant en chef des Forces aériennes russes depuis mai 2026, a été impliqué dans des opérations militaires controversées, notamment dans le district de l’Est au début de l’invasion de l’Ukraine. Ses responsabilités actuelles en font une figure stratégique du commandement russe, ce qui pourrait expliquer son choix comme cible dans un attentat ciblé.