Depuis plus de quinze ans, la communauté bangladaise de Venise, forte d’environ 20 000 membres selon les estimations, attend une réponse administrative pour la construction d’une mosquée. Une situation qui a pris une tournure nationale la semaine dernière, après des déclarations musclées de Prince Howlader, l’un de ses représentants. Dans les colonnes du Corriere della Sera publiées jeudi 27 août, celui-ci a prévenu : si les autorités ne donnent pas leur accord, sa communauté est prête à organiser une grève générale susceptible de paralyser Venise, Mestre et Marghera. Selon Courrier International.
« Nous sommes prêts à tout bloquer. L’administration ne peut pas continuer à ne pas nous donner de réponses sur cette affaire qui dure depuis au moins quinze ans. S’ils ne nous permettent pas de construire notre mosquée, nous sommes prêts à descendre dans la rue. Si l’on se met en grève à Venise, Mestre et Marghera, la société Fincantieri, ainsi que tout le tourisme, les restaurants et les hôtels s’arrêtent. Vous voulez voir ? » a-t-il déclaré, selon nos confrères du Corriere della Sera.
Ce qu’il faut retenir
- 15 ans d’attente pour la communauté bangladaise de Venise, estimée à 20 000 personnes, pour obtenir l’autorisation de construire une mosquée.
- Des locaux déjà acquis dans une ancienne zone industrielle abandonnée, financés par l’association Giovani per l’umanità, afin d’y ériger un lieu de culte.
- Une menace de grève générale brandie par Prince Howlader, leader de la communauté, si la demande n’est pas satisfaite.
- Un changement d’édile à Venise, sans que cela n’ait jusqu’ici débloqué la situation.
- La mobilisation pourrait paralyser des secteurs clés : Fincantieri, le tourisme, les restaurants et les hôtels.
- Des déclarations relayées par le Corriere della Sera le 27 août, propulsant le dossier au rang d’affaire nationale.
Un projet en suspens depuis plus d’une décennie
La question de la mosquée à Venise n’est pas nouvelle. Elle remonte à au moins 2011, lorsque l’association Giovani per l’umanità a acquis des locaux dans une ancienne zone industrielle désaffectée, située à Mestre. L’objectif ? Y construire un lieu de culte musulman, financé exclusivement par des fonds privés. Pourtant, malgré cette initiative concrète, aucune autorisation n’a été délivrée depuis. « Nous avons acheté ces locaux avec nos propres moyens, prêts à investir davantage si nécessaire », a expliqué Prince Howlader, soulignant l’engagement financier et logistique de la communauté.
Côté administratif, le dossier semble s’enliser. Aucun calendrier n’a été communiqué, et les demandes de rendez-vous ou de réunions restent sans réponse. « On nous promet des réunions, puis plus rien. C’est une politique du fait accompli », a dénoncé le représentant bangladais. Selon Courrier International, cette situation a conduit la communauté à durcir le ton, au point de menacer de mobilisations massives.
Venise, une ville sous tension sur la question religieuse
Venise, ville emblématique du patrimoine chrétien avec ses églises et sa basilique Saint-Marc, n’a jamais abrité de mosquée officielle. Pourtant, la présence musulmane y est significative, notamment parmi les travailleurs bangladais, pakistanais ou marocains. La plupart se rassemblent aujourd’hui dans des salles louées ou des espaces improvisés, faute de structure dédiée. « Sans lieu de culte, c’est toute la pratique religieuse qui est entravée. On ne peut pas continuer à se cacher », a précisé Howlader.
Cette absence de mosquée officielle reflète les tensions autour de l’islam en Italie, où plusieurs projets de lieux de culte ont été bloqués ces dernières années. À Venise, le sujet est particulièrement sensible, la ville étant à la fois un symbole culturel et un territoire politique complexe. En 2020, une tentative similaire avait échoué dans la lagune, malgré des soutiens locaux. « La question n’est pas religieuse, mais politique. On nous fait payer le prix de l’image de Venise, où tout doit être contrôlé », a analysé un observateur cité par nos confrères.
Une grève générale qui pourrait tout paralyser
Les menaces de grève générale brandies par Prince Howlader ne sont pas à prendre à la légère. Selon lui, une mobilisation à grande échelle pourrait toucher plusieurs secteurs stratégiques : les chantiers navals de Fincantieri, l’un des fleurons industriels italiens, ainsi que l’économie touristique locale. « Venise, Mestre et Marghera vivent au rythme du tourisme et de l’industrie. Si ces secteurs s’arrêtent, les conséquences seront immédiates », a-t-il prévenu.
Les hôtels, restaurants et commerces dépendent à plus de 80 % de la fréquentation touristique. Une perturbation prolongée aurait un impact économique direct, déjà fragilisé par les crises successives des dernières années. « On ne menace pas pour le plaisir. On le fait parce qu’on a épuisé toutes les autres voies », a-t-il ajouté. Pour autant, les autorités locales n’ont pas encore réagi publiquement à ces déclarations.
Quel avenir pour le projet de mosquée ?
Avec l’arrivée d’un nouveau maire à Venise, certains espéraient un rebondissement. Pourtant, le changement de municipalité n’a pas suffi à relancer le dossier. « On a cru que le nouveau conseil municipal serait plus ouvert, mais pour l’instant, rien ne bouge », a indiqué une source proche du dossier. Les réunions annoncées se font attendre, et les promesses restent floues.
Du côté de l’association Giovani per l’umanità, on reste déterminé. « On a les fonds, les locaux et la volonté. Il ne manque plus que l’autorisation. Si elle ne vient pas, on ira jusqu’au bout », a confirmé un membre de l’association. Pour l’instant, la communauté attend une réponse officielle, sans savoir si la menace de grève sera mise à exécution.
Reste à savoir si Venise, ville ouverte sur le monde, saura trouver une solution pour concilier son héritage culturel et la diversité religieuse de sa population. Une chose est sûre : la communauté bangladaise ne compte pas abandonner son projet sans combat.
Le projet se heurte à des lenteurs administratives et à des réticences politiques locales. Venise, symbole du christianisme en Europe, n’a jamais abrité de mosquée officielle malgré une présence musulmane significative. Les projets similaires dans le passé ont échoué, notamment en raison de l’image touristique de la ville, où tout doit être contrôlé pour préserver l’harmonie visuelle et culturelle.