Près de 200 globe-trotters du monde entier, dont la moitié a déjà visité l’ensemble des 193 pays reconnus par l’ONU, se sont retrouvés ce week-end dans la région d’Azeitão, au sud de Lisbonne, pour une rencontre organisée par la communauté Most Traveled People (MTP). L’événement, rapporté par Euronews FR, a permis à ces voyageurs hors norme de partager leurs expériences, parfois périlleuses, et de célébrer des records personnels.

Ce qu'il faut retenir

  • La communauté Most Traveled People (MTP) a organisé une rencontre à Azeitão, au Portugal, réunissant près de 200 passionnés de voyage, dont 103 « grandmasters » ayant visité les 193 pays reconnus par l’ONU.
  • Jack Wheeler, un Américain de 82 ans, a été l’un des principaux intervenants : il a complété sa liste en 2014 après un voyage à Sao Tomé-et-Principe et expose fièrement ses passeports accumulés depuis les années 1960.
  • Wendy Arbeit, Allemande et Américaine, a achevé son tour du monde l’an dernier en entrant en Corée du Nord, devenant ainsi l’une des premières touristes non russes à visiter le pays après la pandémie.
  • La communauté, fondée en 2005 par Charles Veley après l’arrêt de l’attribution du titre par le Livre Guinness des records, compte plus de 50 000 inscrits et encourage les voyages dans des destinations moins fréquentées.
  • Parmi les anecdotes partagées, on relève des récits d’arrestations en Irak et en RDC, ainsi que des traversées périlleuses en République centrafricaine malgré un contexte de guerre civile.

Une communauté née d’une frustration face au Guinness des records

L’aventure de Most Traveled People a débuté en 2005, lorsque Charles Veley, un Californien passionné de voyages, a vu le Livre Guinness des records cesser d’attribuer le titre de « personne la plus voyageuse » du monde. Face à ce vide, il a décidé de créer sa propre plateforme, où les membres peuvent inscrire leurs destinations visitées et consulter leur classement. Aujourd’hui, la communauté revendique plus de 50 000 inscrits et organise régulièrement des rencontres internationales.

Veley insiste sur le fait que l’objectif n’est pas de collectionner les pays, mais de vivre des expériences authentiques. « Quand les gens vont dans un pays et ne visitent que la capitale, ils ne font pas vraiment l’expérience du pays », souligne-t-il. La prochaine rencontre est déjà programmée : elle aura lieu en 2027 à Chengdu, en Chine.

Des profils variés, des parcours exceptionnels

Parmi les participants à la rencontre d’Azeitão figuraient des profils aussi divers que marquants. Jack Wheeler, un Américain de 82 ans vivant au Portugal, a parcouru le monde pendant plus de cinq décennies. Son secret ? « J’en ai fait mon métier. Les gens me paient pour les emmener dans des endroits extraordinaires aux quatre coins du monde », explique-t-il. Wheeler a complété sa liste en 2014, après un voyage à Sao Tomé-et-Principe. Pour lui, chaque destination était une occasion de découvrir un pays voisin, transformant ses déplacements en une quête méthodique.

Wendy Arbeit, Allemande et Américaine, a, quant à elle, bouclé son tour du monde en 2025 en entrant en Corée du Nord. Elle faisait partie du premier groupe de touristes à fouler le sol nord-coréen après la pandémie. « C’était incroyable. Très sûr, très propre », raconte-t-elle. « C’était aussi très spécial, car j’ai été la première personne à entrer dans le pays après le Covid, la première touriste non russe. »

Des voyages au péril de la sécurité

Si certains récits des membres de MTP relèvent de l’exploit sportif, d’autres frôlent l’aventure extrême. Nicolas Pasquali, un Argentin, désigne la République centrafricaine comme le pays le plus dangereux qu’il ait visité. Malgré une guerre civile en cours et la présence de groupes armés comme Wagner, il a traversé le pays à moto, bénéficiant même de l’aide des habitants. D’autres anecdotes, plus inquiétantes, émaillent son parcours : une arrestation en Irak, où il a été accusé d’espionnage au profit de l’Italie, ou encore une tentative d’extorsion en République démocratique du Congo (RDC) lors d’une demande de visa. « Depuis, je suis retourné dans le pays sans problème », précise-t-il.

Pour David Langan, un Irlandais ayant complété sa liste en 2022, l’aventure a aussi rimé avec prudence. Il s’est rendu dans un bureau de poste de chaque pays visité — une mission qu’il a accomplie même en Somalie, souvent considérée comme l’un des pays les plus dangereux au monde. « Je dirais que Mogadiscio, en Somalie, est considéré comme dangereux. Mais, comme partout, il faut des mesures de sécurité et de la prudence. Je me suis senti en sécurité quand j’y étais », confie-t-il.

Un hobby accessible ? Le débat sur le coût du voyage

Au sein de la communauté MTP, les membres se décrivent davantage comme des « voyageurs » que des « touristes ». Une nuance qui reflète une passion coûteuse : voyager dans 193 pays exige un budget conséquent. Pourtant, certains rappellent que les coûts se sont réduits ces dernières années. « Le prix des vols a baissé et il existe de nombreuses façons de se rendre dans les endroits. Il suffit de loger dans des hôtels moins chers ou chez l’habitant », explique David Langan.

Nicolas Pasquali abonde dans ce sens : « Il faut de l’argent, bien sûr. Mais moi, avec 150 000 euros, j’ai réussi à visiter tous les pays ». Sa stratégie ? Économiser sur l’hébergement et les transports. Pour Jack Wheeler, le modèle économique est différent : depuis 50 ans, il dirige une entreprise d’expéditions et finance ses voyages en organisant des voyages payants pour des clients en quête d’aventure.

Et maintenant ?

La communauté Most Traveled People continue de grandir, avec une présence accrue des voyageurs asiatiques et une prochaine rencontre prévue en 2027 à Chengdu. Charles Veley, son fondateur, souligne que l’accent sera toujours mis sur l’authenticité plutôt que sur la simple accumulation de pays. Reste à voir si cette philosophie suffira à attirer de nouveaux membres, dans un contexte où le tourisme de masse et les contraintes budgétaires pourraient freiner l’enthousiasme des voyageurs.

Pour ces globe-trotters, l’essentiel semble résider dans l’échange et la convivialité. « Ici, tout le monde a une histoire à raconter », observe Veley. Des histoires de défis personnels, de rencontres improbables, mais aussi de prudence face aux dangers du monde. À Azeitão, comme ailleurs, ces passionnés ont prouvé que le voyage, qu’il soit planifié ou improvisé, reste une école de vie.

D’après les témoignages recueillis par Euronews FR, le budget varie considérablement. Nicolas Pasquali évoque 150 000 euros pour visiter les 193 pays, tandis que David Langan souligne que les coûts peuvent être réduits en privilégiant des hébergements économiques ou l’échange de maisons. La stratégie de Jack Wheeler, qui finance ses voyages via son entreprise, illustre une autre approche, où le coût est indirectement couvert par ses activités professionnelles.