Le 7 janvier 2025, Arlindo Chissale, journaliste et figure engagée de la société civile mozambicaine, a disparu sans laisser de trace dans la province du Cabo Delgado, épicentre d’une insurrection islamiste depuis plusieurs années. Selon France 24, ce militant aux prises de position radicales contre les autorités locales et les groupes armés était régulièrement en première ligne pour traiter des sujets les plus sensibles du pays, au péril de sa sécurité.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 7 janvier 2025, Arlindo Chissale, journaliste et activiste politique, disparaît dans la région du Cabo Delgado.
  • Il couvrait des sujets sensibles pour l’État mozambicain, notamment la présence de groupes islamistes armés.
  • Ses proches et collègues évoquent des prises de position qui le mettaient en danger.

Arlindo Chissale, dont les enquêtes mettaient en lumière les failles du pouvoir et les violences perpétrées par les insurgés, était un contact privilégié des Observateurs de France 24 au Mozambique. Ses sujets de prédilection incluaient la corruption, les exactions commises par les groupes armés et les carences des forces de sécurité locales. « Il n’hésitait pas à aborder des dossiers qui dérangent », a expliqué à France 24 un proche cité par la rédaction. Son engagement lui valait de nombreuses critiques, y compris au sein de la presse nationale, où certains le qualifiaient de trop provocateur.

La province du Cabo Delgado, frontalière de la Tanzanie, est en proie depuis 2017 à une insurrection islamiste liée à l’État islamique, entraînant des milliers de morts et plus de 800 000 déplacés. Les affrontements entre l’armée mozambicaine, soutenue par des forces régionales, et les groupes armés ont fragilisé une région déjà vulnérable sur les plans économique et humanitaire. Dans ce contexte, les journalistes locaux comme Chissale jouaient un rôle crucial pour documenter les violences et informer l’opinion publique.

La disparition de Chissale n’a jamais été élucidée. Aucune revendication ni indice tangible n’a été communiqué depuis. Ses proches, contactés par France 24, ont évoqué un climat de peur persistant dans la région, où les intimidations envers les médias sont fréquentes. « Personne ne veut parler, par crainte des représailles », a précisé un collaborateur sous couvert d’anonymat. Les associations de défense de la liberté de la presse, telles que Reporters sans frontières, ont depuis plusieurs fois alerté sur la détérioration de la situation pour les journalistes dans le nord du Mozambique.

Et maintenant ?

La disparition de Chissale reste un dossier non résolu, et les autorités mozambicaines n’ont pas communiqué de piste sérieuse depuis janvier 2025. Avec la persistance du conflit dans le Cabo Delgado, les risques pour les défenseurs des droits humains et les journalistes devraient encore s’accroître dans les mois à venir. Une enquête indépendante, soutenue par des organisations internationales, pourrait être envisagée pour faire la lumière sur les circonstances de sa disparition.

Cette affaire soulève des questions plus larges sur la sécurité des journalistes dans les zones de conflit en Afrique. Depuis 2017, au moins 10 journalistes ont été tués au Mozambique, selon les données compilées par des ONG locales et internationales. Le cas de Chissale illustre les dangers encourus par ceux qui osent braquer les projecteurs sur les dysfonctionnements d’un État fragilisé par la guerre et la corruption. Aujourd’hui, son nom reste associé à la longue liste des professionnels des médias portés disparus ou assassinés en Afrique pour avoir exercé leur métier.