« Les politiques économiques menées depuis des décennies ont conduit à l’effondrement des partis du centre et à la montée de l’extrême droite », déclare la philosophe américaine Nancy Fraser dans un entretien accordé au Monde - Politique ce 29 mai 2026. Selon elle, cette dynamique reflète une crise profonde des systèmes politiques traditionnels, incapables de répondre aux aspirations des classes populaires.
Ce qu'il faut retenir
- Nancy Fraser, philosophe américaine, lie l’effondrement des partis du centre à des décennies de politiques économiques jugées défavorables aux classes populaires.
- Elle identifie le populisme progressiste comme une voie possible pour permettre aux classes populaires de reprendre le contrôle de leur destin.
- Parmi les exemples cités figurent les stratégies du Green Party au Royaume-Uni et celles de Zohran Mamdani à New York.
Pour Nancy Fraser, la situation actuelle n’est pas le fruit du hasard. Selon ses analyses, les politiques économiques libérales des quarante dernières années ont creusé les inégalités sociales, affaibli les protections collectives et nourri un sentiment d’abandon parmi les travailleurs. Ce contexte explique, selon elle, l’essor des mouvements d’extrême droite, perçus comme les seuls à proposer une alternative radicale aux élites en place.
Face à cette polarisation, la philosophe met en avant une piste moins médiatisée : le populisme progressiste. Contrairement à son homologue de droite, ce courant prône une redistribution des richesses, une relocalisation de l’économie et une démocratie participative plus inclusive. « Ce populisme progressiste peut être le point d’entrée pour que les classes populaires reprennent leur destin en main », explique-t-elle.
Parmi les exemples concrets qu’elle cite, le Green Party britannique apparaît comme un modèle de mobilisation électorale autour de thèmes sociaux et écologiques. Leur succès relatif, notamment lors des dernières élections, serait selon elle révélateur d’un potentiel encore inexploré. Autre cas emblématique : celui de Zohran Mamdani, membre du Parti démocrate à New York, dont la campagne a mis en avant des mesures fortes en faveur des travailleurs précaires et des minorités.
Ces stratégies, bien que différentes, partagent un même objectif : réconcilier justice sociale et efficacité politique. Pour Nancy Fraser, elles démontrent qu’une alternative existe, à condition de rompre avec les dogmes économiques dominants. Elle souligne cependant que cette voie reste minoritaire, freinée par les médias traditionnels et les partis établis, qui peinent à intégrer ces nouvelles narratives.
Pour Nancy Fraser, une chose est sûre : le statu quo n’est plus tenable. Que ce soit par le populisme progressiste ou par d’autres formes de mobilisation, les classes populaires cherchent des réponses. La question désormais est de savoir si les institutions sauront écouter ces demandes avant qu’elles ne se transforment en rejet pur et simple du système.
Le populisme progressiste, tel que défini par Nancy Fraser, est un mouvement politique qui combine une critique des élites économiques avec des propositions concrètes en faveur des classes populaires. Il se distingue du populisme de droite par son attachement à la justice sociale, à la redistribution des richesses et à la démocratie participative, tout en rejetant les recettes libérales des dernières décennies.