D’ici quelques jours, Nebius, spécialiste de l’infrastructure cloud dédiée à l’intelligence artificielle (IA), va intégrer l’indice Nasdaq-100 le 22 juin 2026, selon Cryptoast. Cette entrée symbolique marque une étape majeure pour une entreprise passée en un an du statut de simple spin-off de Yandex à celui de l’une des valeurs les plus recherchées du secteur technologique. Avec une croissance explosive de son chiffre d’affaires — multiplié par près de huit au premier trimestre 2026 — et une capitalisation boursière avoisinant les 72,79 milliards de dollars, la question n’est plus de savoir si Nebius compte dans la course à l’infrastructure IA, mais si son action, qui a progressé de 498 % en un an, reste un placement judicieux.
Ce qu'il faut retenir
- Nebius est une société néerlandaise cotée au Nasdaq (ticker NBIS) spécialisée dans l’infrastructure cloud dédiée à l’IA, née d’une scission de Yandex en 2025.
- Son chiffre d’affaires a été multiplié par huit au premier trimestre 2026, avec une capitalisation boursière dépassant les 72 milliards de dollars.
- L’entreprise intègre verticalement sa production, conçoit ses propres centres de données et bénéficie du soutien de Nvidia, qui a investi près de 2 milliards de dollars dans son capital.
- Nebius entre au Nasdaq-100 le 22 juin 2026, ce qui devrait générer une demande mécanique sur son action, mais sans garantie sur sa valorisation réelle.
Une ascension fulgurante, portée par un marché en tension
Nebius s’impose comme l’un des acteurs majeurs du « neocloud », un segment du marché du cloud dédié à l’IA, où la demande en puissance de calcul dépasse largement l’offre disponible. L’entreprise, issue de la restructuration de Yandex après les sanctions internationales visant la Russie, a su se repositionner en misant sur une intégration verticale de ses infrastructures. « Là où la plupart des concurrents se contentent de louer des baies de serveurs assemblées par d’autres, Nebius conçoit ses propres centres de données, construit ses infrastructures et maîtrise toute sa chaîne d’approvisionnement », précise Cryptoast.
Cette approche lui permet d’optimiser ses coûts et ses performances, un atout décisif dans un secteur où les entreprises spécialisées dans l’entraînement de modèles d’IA doivent accéder à des milliers de processeurs graphiques (GPU). Nebius loue ainsi des capacités GPU et des services cloud dédiés à l’IA, activité qui représente 98 % de son chiffre d’affaires. Ses centres de données, dont certains affichent une capacité de plusieurs gigawatts, sont implantés aux États-Unis (Pennsylvanie, Missouri) et en Europe (Finlande), lui offrant un contrôle direct sur ses coûts énergétiques et logistiques.
Un modèle différenciant, mais une concurrence féroce
Face à Nebius, le géant américain CoreWeave domine le marché du neocloud, avec des partenariats stratégiques avec Microsoft et OpenAI. Pourtant, Nebius se distingue par une croissance plus rapide et une clientèle diversifiée, incluant un accord majeur avec Meta, évalué à 27 milliards de dollars sur cinq ans. Cette visibilité pluriannuelle réduit l’incertitude sur le remplissage de ses nouvelles capacités, un avantage rare dans un secteur où la demande reste volatile.
L’entreprise bénéficie également du soutien de Nvidia, qui a investi 2 milliards de dollars dans son capital et en fait un partenaire privilégié pour l’accès à ses GPU, les plus recherchés du marché. « L’infrastructure physique constitue le véritable goulet d’étranglement du développement de l’IA », souligne le fonds Situational Awareness, qui a pris une participation de 5,6 % (environ 2,6 milliards de dollars) dans Nebius. Ces soutiens renforcent la crédibilité de son modèle, mais n’éludent pas les risques structurels auxquels elle est exposée.
Parmi ceux-ci, la concurrence des géants du cloud comme AWS, Microsoft Azure ou Google Cloud, qui sont à la fois des clients potentiels et des concurrents directs. Nebius doit constamment prouver que son offre spécialisée reste plus performante ou moins chère que les solutions maison développées par ces acteurs. Par ailleurs, son intégration verticale, bien que porteuse de marges plus élevées, exige des investissements colossaux : Nebius prévoit entre 20 et 25 milliards de dollars de dépenses en 2026, financées en partie par de la dette convertible et une dilution actionnariale.
Une valorisation déjà très élevée, mais des atouts pour les investisseurs
L’action Nebius, qui s’échangeait à 286,69 € à la clôture du 18 juin 2026, affiche une valorisation élevée, avec une capitalisation boursière de 72,79 milliards de dollars. Son cours a été multiplié par cinq en un an, et son plus haut sur 52 semaines s’élève à 298,80 $. Cette performance reflète l’enthousiasme des investisseurs pour les valeurs liées à l’IA, mais elle soulève des questions sur la soutenabilité de cette croissance.
Côté positif, Nebius a enregistré un EBITDA ajusté positif avec une marge d’environ 45 % sur son segment AI Cloud, preuve que son modèle intégré commence à porter ses fruits. Pour les investisseurs français, l’action présente un atout supplémentaire : son éligibilité au PEA, un cas rare pour une valeur cotée au Nasdaq. Cette particularité juridique, liée au siège social de Nebius à Amsterdam, permet de bénéficier d’un cadre fiscal avantageux après cinq ans de détention.
Néanmoins, plusieurs points de vigilance subsistent. L’entreprise affiche encore une perte nette ajustée de 100 millions de dollars au premier trimestre 2026, même si son bénéfice net comptable est gonflé par des gains exceptionnels non récurrents. Les dépenses d’investissement prévues pour 2026 (20 à 25 milliards de dollars) reposent sur l’hypothèse d’une demande toujours soutenue : en cas de ralentissement du cycle de l’IA, le risque de surcapacité deviendrait réel. Enfin, plusieurs dirigeants ont vendu des parts significatives ces derniers mois, un signal à surveiller dans un contexte de valorisation élevée.
Une entrée au Nasdaq-100 qui va doper la liquidité, mais pas la valeur intrinsèque
Le 22 juin 2026, Nebius intégrera officiellement l’indice Nasdaq-100, aux côtés de quatre autres valeurs (CoreWeave, Astera Labs, Rocket Lab et Teradyne), tandis que d’autres en seront retirées, comme Charter Communications ou Zscaler. Cette inclusion va mécaniquement générer une demande supplémentaire sur l’action, car plus de 200 produits d’investissement (ETF, fonds indiciels) répliquent passivement la composition de l’indice. « Concrètement, tous ces fonds doivent acheter des actions Nebius pour rester alignés sur le Nasdaq-100, ce qui va soutenir temporairement le cours du titre », explique Cryptoast.
Pour autant, cette hausse de liquidité ne doit pas être confondue avec un signal d’achat sur les fondamentaux. Une partie de la progression récente du cours anticipe déjà cet effet mécanique. « L’entrée au Nasdaq-100 améliore la visibilité et la liquidité, mais elle ne change rien à la valeur intrinsèque de l’entreprise », rappelle l’analyse. Les investisseurs doivent donc rester prudents : l’action Nebius intègre déjà dans son prix un scénario très optimiste, incluant une exécution sans faille de son programme d’investissement et une demande en IA qui ne faiblit pas.
Une chose est sûre : Nebius est désormais un acteur incontournable du secteur, mais son avenir boursier dépendra de sa capacité à transformer sa croissance fulgurante en rentabilité durable, dans un environnement concurrentiel toujours plus exigeant.
Nebius est une société de droit néerlandais dont le siège social se situe à Amsterdam, ce qui la rend éligible au PEA pour les investisseurs français. Cette particularité juridique est rare pour une valeur cotée au Nasdaq et offre un avantage fiscal après cinq ans de détention.
Les risques incluent une valorisation élevée de l’action, des dépenses d’investissement massives (20 à 25 milliards de dollars prévus en 2026), une rentabilité nette encore négative, et une forte dépendance au cycle de l’IA et à la concurrence des géants du cloud comme AWS ou Microsoft Azure.