Selon RFI, le cinéaste népalais Abinash Bikram Shah est entré dans l’histoire en devenant le premier réalisateur de son pays à être admis en sélection officielle au Festival de Cannes. Son film « Les éléphants dans la brume », présenté dans la section Un certain regard, y a remporté le prix du Jury, une distinction rare pour une œuvre aussi engagée.
Cette œuvre, saluée par la critique internationale, s’inspire d’une histoire réelle autour de la disparition d’une jeune femme issue de la communauté traditionnelle des « kinnars », des femmes transgenres vénérées au Népal pour leur pouvoir spirituel et leur rôle dans les rituels religieux. Le film mêle drame social et dimension mystique, offrant une plongée dans une culture souvent méconnue en Occident.
Ce qu'il faut retenir
- Abinash Bikram Shah est le premier réalisateur népalais sélectionné en compétition officielle à Cannes.
- Son film « Les éléphants dans la brume » a remporté le prix du Jury dans la section Un certain regard.
- L’œuvre aborde le destin d’une femme transgenre, ou « kinnar », figure spirituelle au Népal.
- Les « kinnars » sont une communauté transgenre vénérée pour leur rôle dans les traditions religieuses locales.
- Le Festival de Cannes 2026 a ainsi mis en lumière une problématique sociale et culturelle asiatique peu médiatisée.
Un réalisateur népalais brise un plafond à Cannes
Abinash Bikram Shah a marqué l’édition 2026 du Festival de Cannes en devenant le premier Népalais à intégrer la compétition officielle. Son long-métrage « Les éléphants dans la brume », sélectionné dans la section Un certain regard, y a été récompensé par le jury, une performance remarquée par les observateurs du cinéma mondial. « C’est une reconnaissance historique pour le cinéma népalais », a commenté Shah lors d’une conférence de presse à Cannes, soulignant l’importance de cette distinction pour son pays.
Le film, tourné dans les montagnes népalaises et les rues de Katmandou, s’inspire librement de faits réels impliquant des membres de la communauté « kinnar », dont les membres sont souvent considérés comme des gardiens de traditions ancestrales. Le jury du Festival, présidé par le réalisateur français Xavier Dolan, a salué « une œuvre poétique et puissante, qui dépasse les frontières du documentaire pour toucher à une dimension universelle ».
Les « kinnars » : entre vénération et marginalisation
Au Népal, les « kinnars » — également appelées hijras dans d’autres pays d’Asie du Sud — forment une communauté transgenre aux racines spirituelles profondes. Historiquement, elles sont associées à la déesse Bahuchara Mata, symbole de fertilité et de protection, et jouent un rôle central lors des mariages ou des naissances. Pourtant, malgré cette vénération, leur existence reste marquée par des discriminations sociales et économiques.
Le film de Shah met en lumière le destin tragique d’une jeune kinnar, dont la disparition reste inexpliquée, et interroge les tensions entre tradition et modernité au Népal. « Les éléphants dans la brume » dépeint une société où ces femmes, à la fois respectées et rejetées, naviguent entre deux mondes », explique le réalisateur. Selon des associations locales, les kinnars font face à des taux de pauvreté et de violence disproportionnés par rapport à la population générale.
Un film qui interroge le regard occidental sur l’Asie du Sud
La sélection de « Les éléphants dans la brume » à Cannes s’inscrit dans une tendance récente du Festival à diversifier ses choix artistiques. Après des années dominées par des productions européennes ou américaines, la compétition officielle intègre davantage d’œuvres venues d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine. Shah, qui a étudié le cinéma en Inde avant de travailler au Népal, a souligné lors de la présentation de son film : « Le cinéma doit donner la parole à ceux qu’on n’entend jamais. »
D’après les organisateurs du Festival, cette édition 2026 a vu une augmentation de 20 % des films asiatiques en sélection, reflétant un intérêt croissant pour les récits postcoloniaux et les enjeux de représentation. « Les éléphants dans la brume » rejoint ainsi des œuvres comme « La Fille d’Anarkali » (Pakistan) ou « Le Chant des sirènes » (Bangladesh), qui abordent des thèmes similaires.
Cette distinction à Cannes rappelle que le cinéma peut être un vecteur de changement social, bien au-delà de la sphère artistique. En donnant une voix à des communautés marginalisées, Shah et son équipe ont offert au public une fenêtre sur une réalité souvent ignorée.