Alors que la morgue de Bidur, dans le district de Nuwakot, s’est remplie de corps en quelques heures, Gyan Deep Sapkota, 16 ans, se souvient encore des cris des professeurs du lycée Trishuli ce mercredi 26 août 2026. Installé à quelques mètres de la rivière Trishuli – connue en amont sous le nom de « Bhote Koshi » –, l’établissement scolaire a été pris pour cible par une crue éclair dévastatrice. « Nos professeurs nous ont hurlé de fuir, raconte l’adolescent. Certains ont traversé un petit pont pour se mettre à l’abri, d’autres ont grimpé vers les collines. D’autres encore ont paniqué et se sont évanouis. » Autant dire que la scène reste gravée dans sa mémoire.
Selon Courrier International, qui reprend des informations d’Al-Jazeera English, cette catastrophe naturelle a fait plus de 360 morts et laisse 1 400 personnes portées disparues dans une vaste région s’étendant du Népal au Tibet. Les experts évoquent la rupture d’un lac glaciaire en amont, sur le territoire chinois, comme origine probable de cette vague meurtrière qui a tout emporté sur son passage : villages entiers, barrages, mais aussi des policiers, des fonctionnaires, des ingénieurs de centrales hydroélectriques et des centaines de touristes étrangers.
Ce qu'il faut retenir
- 360 morts et 1 400 disparus après la rupture d’un lac glaciaire au Tibet, selon les autorités népalaises
- La crue éclair a emporté villages, barrages et infrastructures, dont des centrales hydroélectriques
- 95 corps retrouvés en fin de journée du 26 août, selon le porte-parole de la police népalaise
- Des centaines de touristes étrangers figurent parmi les disparus
- Le lycée Trishuli, situé sur les berges de la Trishuli, a été directement touché
- Les secours s’organisent pour identifier les victimes et localiser les disparus
Dès le lendemain, les bilans s’alourdissaient sous le poids des disparitions. Les villages de la vallée, souvent isolés, peinent à communiquer avec l’extérieur. Les routes ont été emportées, les lignes téléphoniques coupées. Dans le district de Nuwakot, où se trouve Bidur, les habitants tentent de se repérer parmi les décombres pour retrouver leurs proches. « Tout a été emporté », confie une femme en larmes devant la morgue improvisée de Bidur, où elle cherche désespérément des membres de sa famille.
Les autorités locales, débordées, appellent à la solidarité internationale. Les équipes de secours, composées de policiers, de militaires et de volontaires, fouillent les débris à la recherche de survivants ou de corps. Les premières estimations évoquent une zone touchée s’étendant sur plusieurs districts, à cheval entre le Népal et la région autonome du Tibet. Les barrages hydroélectriques, déjà fragilisés par les pluies torrentielles des semaines précédentes, ont joué un rôle clé dans l’aggravation de la situation.
Parmi les disparus figurent des professionnels du secteur énergétique. « Les ingénieurs des centrales hydroélectriques étaient en première ligne pour gérer la crise, mais beaucoup sont portés disparus », précise un responsable du ministère népalais de l’Énergie. Les centrales de la Trishuli, comme celle de Trishuli B1, sont aujourd’hui à l’arrêt, leurs infrastructures endommagées ou détruites. Les autorités évaluent désormais l’étendue des dégâts matériels, estimés à plusieurs dizaines de millions de dollars.
« Nos professeurs nous ont hurlé de fuir. Certains ont traversé un petit pont pour se mettre à l’abri, d’autres ont grimpé vers les collines. D’autres encore ont paniqué et se sont évanouis. »
— Gyan Deep Sapkota, élève du lycée Trishuli, survivant de la crue
La communauté internationale s’est rapidement mobilisée. L’Inde, voisine immédiate, a envoyé des équipes de secours et du matériel médical. Les Nations unies ont proposé leur aide pour évaluer les besoins humanitaires. Quant à l’Union européenne, elle a débloqué une enveloppe d’urgence de 2 millions d’euros pour financer les opérations de sauvetage et de reconstruction.
Pourtant, les obstacles restent nombreux. Les pluies persistantes compliquent les opérations de recherche, tandis que l’isolement de certaines zones rend l’accès aux victimes presque impossible. Les hélicoptères de l’armée népalaise survolent désormais la région, mais leur capacité est limitée par les conditions météorologiques. Les autorités appellent à la patience : « Les opérations de secours prendront plusieurs jours, voire plusieurs semaines, en raison de l’étendue des dégâts », a déclaré un porte-parole du gouvernement.
Cette catastrophe soulève une fois de plus la question de la vulnérabilité des régions himalayennes face au changement climatique. Les lacs glaciaires, en augmentation dans la région en raison de la fonte accélérée des glaciers, représentent un risque croissant. Selon un rapport de l’ONU publié en 2025, le nombre de lacs glaciaires au Népal a augmenté de 30 % depuis 2010, mettant en lumière l’urgence d’adapter les infrastructures et les systèmes d’alerte.
Bref, si la mobilisation internationale est réelle, les défis à venir – reconstruction, prévention des risques futurs et gestion des déplacés – s’annoncent colossaux. Pour les Népalais, l’heure est désormais à la patience et à l’espoir de retrouver vivants ceux qui manquent encore à l’appel.
Les lacs glaciaires se forment lorsque l’eau de fonte des glaciers s’accumule derrière des barrières naturelles de glace ou de roches. Leur rupture peut libérer des millions de mètres cubes d’eau en quelques heures, provoquant des crues éclair dévastatrices. Dans le cas de la Trishuli, la rupture a été favorisée par des pluies torrentielles récentes et la fonte accélérée des glaciers himalayens, liée au réchauffement climatique.