Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dénoncé samedi des « actes de violence criminels » perpétrés par des colons israéliens dans deux villages de Cisjordanie occupée, une rare critique envers ce mouvement souvent protégé par les autorités. Selon BMF - International, des dizaines de colons ont attaqué le 29 août le village palestinien de Qusra, situé près de Naplouse, après avoir assiégé ses habitants depuis début août. Un habitant, Youssef Abdul Karim Hassan, a rapporté à l'AFP qu'un groupe de colons avait encerclé des villageois dans une maison avant de leur jeter des pierres.

Ce qu'il faut retenir

  • Une attaque de colons contre le village de Qusra en Cisjordanie a provoqué une rare condamnation de Netanyahu.
  • 48 Israéliens tués depuis le 7 octobre 2023 dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.
  • 1 103 Palestiniens tués** depuis cette même date, selon un décompte de l'AFP basé sur les données du ministère palestinien de la Santé.
  • La colonisation s'accélère** en Cisjordanie depuis 2022, malgré son illégalité au regard du droit international.
  • Netanyahu a dénoncé** des « émeutiers » violant la loi et nuisant à l'image d'Israël.

Dans la localité voisine de Jalud, la chaîne américaine NBC News a indiqué que des colons masqués avaient agressé une équipe de reportage ainsi qu'une Palestinienne prévue pour une interview. Ces événements surviennent dans un contexte de tensions accrues depuis l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023, qui a marqué un tournant dans le conflit israélo-palestinien.

La réaction de Netanyahu, publiée dans un communiqué samedi soir, marque une rupture avec son habituelle posture de soutien aux colons. Il a fustigé « une poignée d'émeutiers qui enfreignent la loi, causent un grand tort à la communauté juive respectueuse des lois, entravent l'action de Tsahal et nuisent à la position d'Israël dans le monde ». Le ministère israélien des Affaires étrangères a quant à lui qualifié ces violences de « honte », selon BMF - International.

Sur le terrain, l'armée israélienne a confirmé avoir déployé des soldats et des policiers aux frontières après des informations faisant état de jets de pierres contre des Palestiniens et des civils. « À leur arrivée, les forces de sécurité ont identifié des dizaines d'émeutiers retranchés dans une maison palestinienne », a précisé un communiqué de l'armée, mentionnant également des « informations faisant état de Palestiniens blessés ».

Une escalade des violences depuis octobre 2023

Les attaques et intimidations perpétrées par des colons se sont multipliées depuis l'attaque du 7 octobre, bien que ces actes aboutissent rarement à des poursuites judiciaires. Selon un décompte de l'AFP basé sur les données du ministère palestinien de la Santé, au moins 1 103 Palestiniens** – combattants et civils confondus – ont été tués par des soldats ou des colons israéliens depuis cette date. Du côté israélien, les chiffres officiels font état de 48 morts** parmi les civils et les forces de sécurité lors d'attaques palestiniennes ou d'opérations militaires.

Plus de 500 000 Israéliens vivent aujourd'hui dans des colonies en Cisjordanie, une zone occupée par Israël depuis 1967. Ces implantations, jugées illégales au regard du droit international, se sont étendues sous tous les gouvernements israéliens, mais leur rythme s'est accéléré depuis l'arrivée au pouvoir de la coalition d'extrême droite de Netanyahu fin 2022. Les colons, souvent soutenus par des membres du gouvernement, bénéficient d'une impunité quasi systématique, ce qui alimente les tensions avec la population palestinienne.

Une réaction tardive et limitée

La condamnation de Netanyahu intervient après des semaines de pression internationale et de critiques internes. Depuis début août, des colons bloquaient l'accès au village de Qusra, situé à proximité de Naplouse, et assiégeaient ses habitants. Ces agissements avaient déjà suscité des condamnations, tant au niveau national qu'international. Les forces israéliennes, déployées sur place, tentent désormais de rétablir l'ordre, mais la situation reste tendue.

« Je condamne fermement ces actes criminels », a déclaré Netanyahu dans son communiqué. Pourtant, malgré cette prise de position inhabituelle, les analystes soulignent que les mesures concrètes restent limitées. Aucune arrestation n'a été signalée à ce stade, et les autorités continuent de minimiser la portée de ces violences, souvent attribuées à des « éléments marginaux ». Pourtant, les images filmées par l'AFP à Qusra montrent clairement des dizaines de soldats israéliens déployés dans le village, signe d'une réponse sécuritaire plus que d'une volonté politique de sanctionner les colons.

Un contexte régional explosif

Ces événements s'inscrivent dans un climat de violences persistantes en Cisjordanie, où les tensions entre colons et Palestiniens se sont intensifiées depuis octobre 2023. Les attaques de colons, souvent motivées par des revendications territoriales ou des représailles, visent régulièrement des civils palestiniens, des agriculteurs ou des infrastructures. Selon les ONG, ces actes visent à déstabiliser toute perspective de coexistence et à pousser les Palestiniens à quitter leurs terres.

L'escalade récente coïncide également avec une radicalisation accrue de la politique israélienne en Cisjordanie, marquée par une augmentation des démolitions de maisons palestiniennes et des restrictions de mouvement. Les colons, majoritairement installés dans des zones stratégiques, bénéficient d'un soutien logistique et politique de la part des autorités israéliennes, ce qui complique toute tentative de désescalade.

Et maintenant ?

La condamnation de Netanyahu pourrait ouvrir la voie à des mesures plus strictes contre les colons violents, mais rien ne garantit pour l'instant que ces promesses se traduiront par des actions concrètes. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer la réponse des autorités israéliennes, notamment après les appels répétés de la communauté internationale à mettre fin à l'impunité des colons. Une réunion d'urgence du gouvernement israélien pourrait être organisée dans les prochains jours pour discuter des suites à donner à ces violences.

Par ailleurs, la pression sur Israël pourrait s'accentuer, notamment de la part de l'Union européenne et des États-Unis, qui ont déjà multiplié les condamnations contre les violences en Cisjordanie. La Cour pénale internationale (CPI), qui enquête sur d'éventuels crimes de guerre en Palestine, pourrait également être saisie de ces nouveaux incidents.

Enfin, la situation humanitaire en Cisjordanie, déjà précaire, risque de se dégrader davantage si les violences persistent. Les déplacements de population, les restrictions économiques et les attaques contre les civils palestiniens pourraient aggraver les tensions et alimenter un cycle de représailles difficile à briser.

Les prochains mois seront déterminants pour savoir si cette rare condamnation de Netanyahu marque un tournant dans la gestion du conflit en Cisjordanie ou si elle restera sans lendemain, comme tant d'autres déclarations passées.

Les colons israéliens, souvent soutenus par des membres influents du gouvernement et de l'armée, bénéficient d'une protection juridique et politique qui limite les poursuites contre eux. Les autorités israéliennes hésitent à s'aliéner ce mouvement, qui représente une part importante de l'électorat de droite et d'extrême droite. De plus, les enquêtes sont rarement menées à leur terme, et les condamnations restent exceptionnelles.