Neuf pièces archéologiques datant des IIe au VIIe siècles ont été restituées à l’Ouzbékistan par les autorités britanniques, selon Euronews FR. Saisies en novembre 2025 lors d’une opération menée par la Metropolitan Police londonienne, ces artefacts avaient été exportés illégalement du pays d’Asie centrale. Leur remise officielle a eu lieu lors d’un événement culturel international organisé à Londres, marquant le 690e anniversaire de la naissance d’Amir Temur (Tamerlan), figure historique majeure de la région.
Ce qu'il faut retenir
- Neuf artefacts datant du IIe au VIIe siècle restitués à l’Ouzbékistan après saisie par la Metropolitan Police à Londres
- Les pièces, exportées illégalement, ont été récupérées dans le cadre de l’enquête « Operation Inherent Vice » lancée en novembre 2025
- Parmi les objets figurent des têtes sculptées en gypse et en terre cuite, ainsi que des fragments de peintures murales des VIIe-VIIIe siècles
- La restitution s’inscrit dans une coopération internationale contre le trafic illicite de biens culturels, impliquant la Metropolitan Police, des chercheurs européens et l’OSCE
- Les artefacts sont désormais conservés au Centre de la civilisation islamique, inauguré en Ouzbékistan en 2017
Des pièces historiques liées à l’ancienne Termez et aux centres bouddhiques d’Asie centrale
Les artefacts restitués comprennent plusieurs têtes sculptées en gypse et en terre cuite, datant des IIe au Ve siècles. Ces œuvres sont rattachées à la période kouchane et à l’ancienne cité de Termez, un carrefour culturel majeur en Asie centrale. Parmi les sites associés à ces découvertes figurent les centres d’art bouddhique de Karatepa, Fayoztepa et Dalverzintepa, témoignant de l’influence religieuse et artistique de l’époque.
D’autres pièces incluent des fragments de peintures murales des VIIe et VIIIe siècles, certains attribués aux traditions artistiques sogdiennes ou à d’anciennes écoles monumentales du sud de l’Ouzbékistan. Ces éléments illustrent la richesse du patrimoine culturel ouzbek et son évolution sur plusieurs siècles, bien au-delà des périodes habituellement mises en avant.
Une enquête transnationale pour lutter contre le trafic de biens culturels
L’opération « Operation Inherent Vice », menée par la Metropolitan Police, a permis la saisie de ces artefacts après qu’ils aient été présentés à l’ambassade d’Ouzbékistan à Londres. L’enquête a reposé sur une collaboration étroite entre les forces de l’ordre britanniques, des chercheurs européens et des organisations internationales, dont l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et la WOSCU (Société mondiale pour l’étude, la préservation et la promotion de l’héritage culturel de l’Ouzbékistan).
Selon Kerry Wood, officier supérieur en charge de la criminalité économique à la Metropolitan Police, « nous avons commencé à travailler pour identifier leur origine et pris contact avec l’ambassade d’Ouzbékistan afin de comprendre leur importance culturelle ». La restitution s’inscrit ainsi dans une démarche plus large de lutte contre le trafic illicite de biens culturels, un phénomène qui nécessite une coordination transfrontalière entre les autorités et les institutions académiques.
Le rôle clé de l’Art Loss Register et des acteurs du marché de l’art
L’enquête a également bénéficié de l’implication de l’Art Loss Register, une organisation spécialisée dans le suivi des biens culturels volés ou exportés illégalement. James Ratcliffe, directeur juridique et responsable des récupérations au sein de cette organisation, a expliqué que la procédure avait été initiée après qu’un marchand d’art ait exprimé des doutes sur la provenance d’un cénotaphe de l’époque timouride. « Lorsque la provenance est incertaine, il arrive que des acteurs responsables du marché se manifestent », a-t-il déclaré. « Dans ce cas, le marchand souhaitait que l’objet soit renvoyé dans son pays d’origine, et nous avons aidé à rendre cela possible. »
Un symbole de coopération internationale et de préservation du patrimoine
La restitution de ces artefacts a été célébrée lors d’un événement culturel international à Londres, réunissant chercheurs, institutions et responsables officiels. Sophie Hayes, détective à la Metropolitan Police, a souligné devant l’assistance que ces découvertes constituaient « un cadeau non seulement pour l’Ouzbékistan, mais pour le monde entier ». Elle a ajouté que le travail d’enquête avait été appuyé par des experts nationaux et internationaux, ainsi que par l’OSCE et la WOSCU.
Pour Sali Shahsivari, directeur général de la Fondation Al-Furqan pour le patrimoine islamique à Londres, le retour de ces pièces revêt une dimension bien plus large que la simple restitution matérielle. « Il en va de la mémoire historique et cela peut envoyer un signal en faveur du retour d’autres artefacts vers leur pays d’origine », a-t-il expliqué. Une déclaration qui résume l’enjeu symbolique de cette opération.
Une nouvelle vie pour ces artefacts au Centre de la civilisation islamique
Les neuf pièces sont désormais conservées au Centre de la civilisation islamique, un musée et complexe de recherche inauguré en Ouzbékistan en 2017. Firdavs Abdukhalikov, directeur du Centre, a rappelé que ce retour s’inscrivait dans une dynamique de longue haleine : « Depuis 2017, plusieurs projets d’envergure ont été menés dans ce sens. L’un des plus importants est la création du Centre de la civilisation islamique. Un groupe dédié a été chargé de localiser et de rapatrier le patrimoine culturel parti à l’étranger, et ce travail se poursuit. »
Il a également souligné l’importance de Londres comme carrefour majeur du marché mondial de l’art, rendant la coopération avec les galeries et institutions locales indispensable. « Le retour de ces artefacts inestimables n’est pas seulement une victoire pour le Nouvel Ouzbékistan, mais aussi une preuve de la force de la coopération internationale pour préserver le patrimoine historique du pays », a-t-il conclu.
Cette affaire illustre en effet les efforts constants menés par l’Ouzbékistan pour récupérer des artefacts sortis de son territoire. Comme le souligne Olivia Whitting, responsable du patrimoine culturel à l’Art Loss Register, « on ne peut pas pleinement développer une culture contemporaine sans comprendre son propre héritage. Les efforts pour retrouver et restituer les objets culturels font partie de la construction de ce socle ». Les prochaines années devraient donc voir se multiplier ce type de restitutions, renforçant ainsi les liens entre les institutions culturelles et les forces de l’ordre à l’échelle internationale.
Les artefacts restitués incluent des têtes sculptées en gypse et en terre cuite datant des IIe au Ve siècles, ainsi que des fragments de peintures murales des VIIe et VIIIe siècles. Ces pièces sont liées à la période kouchane, à l’ancienne Termez et aux centres d’art bouddhique de Karatepa, Fayoztepa et Dalverzintepa.
L’enquête, menée par la Metropolitan Police, a débuté après qu’un marchand d’art ait signalé des doutes sur la provenance d’un cénotaphe de l’époque timouride. Grâce à la collaboration avec l’Art Loss Register et à des recherches de provenance approfondies, les autorités britanniques ont pu identifier l’origine illicite des pièces et organiser leur restitution.