Trois passagers d’un navire de croisière reliant l’Argentine au Cap-Vert sont décédés ce week-end, victimes d’un syndrome respiratoire aigu, tandis qu’un autre cas a été confirmé positif à un hantavirus. Cinq autres personnes présentent des symptômes compatibles avec cette infection. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a été saisie de cette affaire, qui s’est produite à bord du MV Hondius, comme le rapporte Franceinfo - Santé ce 4 mai 2026.

L’incident a éclaté lors d’une traversée transatlantique entre le Sud de l’Argentine et le Cap-Vert. Le MV Hondius, dont l’équipage totalise 150 personnes, est actuellement en escale au large de la capitale du Cap-Vert, Praia, où il a accosté le 3 mai 2026. Les autorités sanitaires africaines et internationales coordonnent leurs efforts pour identifier l’origine de cette contamination et éviter une propagation supplémentaire.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois décès et un cas confirmé de hantavirus parmi les passagers du MV Hondius.
  • Cinq autres cas suspects identifiés à bord du navire de croisière.
  • L’OMS suspecte une contamination par hantavirus, un virus généralement transmis par les rongeurs.
  • La transmission interhumaine reste exceptionnelle, mais possible dans ce contexte.
  • Les hantavirus se déclinent en plusieurs souches, avec des symptômes et taux de mortalité variables selon les régions.
  • En Guyane, la mortalité peut atteindre 54 % dans les cas sévères.

Une contamination à bord : ce que l’on sait

Les trois passagers décédés présentaient un syndrome respiratoire aigu, compatible avec une infection par hantavirus. Un quatrième passager, hospitalisé en Afrique du Sud, a été testé positif à cette infection. Les autorités sanitaires ont identifié cinq autres cas suspects, portant le nombre total de personnes potentiellement exposées à neuf individus, sur un total de 150 passagers et membres d’équipage.

L’OMS a indiqué que la transmission interhumaine, bien que rare, « a pu se produire sur ce bateau ». « On n’est contaminé que par les rongeurs, dans la grande majorité des cas », a précisé Gilles Pialoux, infectiologue et chef du Service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon à Paris. Les investigations se poursuivent pour déterminer si d’autres facteurs, comme une souche particulièrement virulente, pourraient expliquer la gravité des symptômes observés.

Les hantavirus : une famille de virus aux visages multiples

Les hantavirus forment une famille de virus qui circulent principalement dans deux zones géographiques distinctes : l’Europe et l’Asie pour les souches de « l’ancien monde », et les Amériques pour celles du « nouveau monde ». Chaque souche provoque des symptômes différents : certains touchent principalement les reins, tandis que d’autres entraînent des atteintes cardio-pulmonaires graves.

« Il ne s’agit pas d’une seule maladie, mais de plusieurs formes cliniques distinctes », explique Gilles Pialoux. En France métropolitaine, les cas restent généralement bénins, avec un taux de mortalité inférieur à 0,5 %. En revanche, dans certaines régions comme la Guyane, la mortalité peut dépasser 50 % en cas d’infection par un hantavirus sud-américain. « Récemment en Guyane, sur 11 cas, 6 décès ont été recensés », rappelle l’infectiologue.

Transmission et prévention : comment limiter les risques ?

Les hantavirus se transmettent principalement par contact avec les excréments, l’urine ou la salive de rongeurs infectés. Les petits mammifères comme les campagnols, les mulots ou les musaraignes sont les principaux vecteurs de ces virus. Les activités en forêt, le travail du bois ou le séjour dans des habitations rurales infestées par les rongeurs constituent des situations à risque.

Pour limiter les risques, les experts recommandent de porter des gants et un masque lors de manipulations de bois ou de végétaux potentiellement contaminés. La dératisation des espaces habités ou de travail est également cruciale. « Ça s’attrape facilement, et il y a des règles pour se protéger », souligne Gilles Pialoux. Aucun vaccin n’est actuellement disponible contre les hantavirus, et la prévention reste la meilleure arme pour éviter une contamination.

« La transmission interhumaine est exceptionnelle, même si ça a pu se produire sur ce bateau, mais il faut retenir que globalement, on n’est contaminé que par les rongeurs. »
Gilles Pialoux, infectiologue à l’hôpital Tenon (Paris)

Quels traitements contre les hantavirus ?

En Europe, les hantavirus sont généralement traités par des soins symptomatiques, notamment en cas d’atteinte rénale. Les hôpitaux français disposent d’une expertise pour gérer ces cas, avec un taux de mortalité extrêmement faible, inférieur à 1 %. Des essais thérapeutiques avec des antiviraux comme la ribavirine ont été menés, mais aucun traitement spécifique n’a encore démontré une efficacité claire, en particulier pour les formes cardio-pulmonaires sévères observées en Amérique du Sud.

Dans les cas les plus graves, comme ceux signalés à bord du MV Hondius, la prise en charge repose sur des mesures de réanimation. « Il n’y a pas de traitement curatif, seulement des soins de support », indique Gilles Pialoux. La rapidité du diagnostic et de la prise en charge médicale reste déterminante pour limiter les complications.

Et maintenant ?

Les autorités sanitaires sud-africaines et l’OMS ont lancé une enquête pour identifier précisément la souche en cause et retracer l’origine de la contamination. Des prélèvements supplémentaires sont en cours d’analyse pour confirmer ou infirmer les cas suspects. Les passagers et l’équipage du MV Hondius font l’objet d’un suivi médical renforcé, tandis que le navire reste à quai au Cap-Vert en attendant les résultats définitifs. Une réunion d’urgence est prévue ce 5 mai 2026 avec les experts internationaux pour évaluer les mesures à prendre.

D’ici la fin de la semaine, les résultats des tests devraient permettre de préciser l’ampleur de l’épidémie à bord et d’adapter les protocoles de prévention pour les prochaines croisières. Les compagnies maritimes pourraient être appelées à renforcer leurs mesures d’hygiène et de surveillance, notamment dans les zones à risque.

L’affaire rappelle la nécessité de vigilance face à ces virus souvent sous-estimés. Si les hantavirus restent rares en France métropolitaine, leur circulation dans d’autres régions du monde, comme l’Asie ou l’Amérique du Sud, en fait une menace à ne pas négliger. Les prochaines semaines seront déterminantes pour comprendre les mécanismes de cette contamination et éviter une répétition de ce drame.

Oui, mais les cas restent rares et généralement bénins. En France métropolitaine, on recense environ 200 cas par an, avec une mortalité inférieure à 0,5 %. Les régions boisées ou rurales sont les plus exposées, notamment lors d’activités en forêt ou de manipulation de bois.

Aucun vaccin n’est actuellement disponible en France ou dans la plupart des pays. La prévention repose sur des mesures d’hygiène, comme le port de gants et de masques lors de contacts avec des rongeurs ou leurs excréments, ainsi que la dératisation des lieux infestés.