Dans un immeuble de briques rouges de trois étages, niché derrière une artère commerçante du borough londonien de Barnet, un groupe de 26 femmes partage bien plus qu’un toit. Depuis dix ans, elles ont choisi de vieillir ensemble, loin des maisons de retraite traditionnelles, au sein de New Ground, la première résidence autogérée et participative réservée aux femmes de plus de 55 ans. Vingt-et-une des résidentes initiales y vivent encore aujourd’hui, selon nos confrères de Courrier International.
Ce qu'il faut retenir
- New Ground est la première résidence autogérée et participative dédiée aux femmes seniors à Londres, ouverte en 2016.
- Vingt-et-une des 26 résidentes initiales y vivent toujours, âgées de 65 à 96 ans.
- Le projet repose sur l’entraide et la gestion collective, sans personnel soignant dédié.
- L’immeuble a été construit sur le site d’un ancien couvent, dans le nord du centre de Londres.
- Les résidentes viennent de milieux très différents mais partagent une conviction commune : vieillir seule n’est pas une fatalité.
Sur un balcon ombragé par une glycine, un petit groupe d’amies discute avec animation. Les éclats de rire résonnent dans le jardin partagé où Hedi Argent, 96 ans, la doyenne du groupe, pose pour le photographe. « Tu as oublié de couper l’étiquette », lui lance sa voisine, Angela Ratcliffe, 92 ans. Une autre résidente s’empresse de rectifier ce détail vestimentaire, tandis que les rires fusent : « C’est de quel créateur ? Tu l’as payé combien ? » Autant dire que l’ambiance est à la fois chaleureuse et décontractée.
New Ground n’est pas une résidence comme les autres. Pas de personnel soignant attitré, pas de cadre médicalisé. « Nous prenons soin les unes des autres, mais nous ne sommes pas des soignantes », résume l’une des résidentes. L’immeuble, construit sur l’emplacement d’un ancien couvent, a ouvert ses portes en 2016. À l’époque, les 26 femmes, âgées de 55 à 95 ans, avaient une idée claire en tête : vieillir en communauté, sans renoncer à leur indépendance.
Une utopie concrète née de la nécessité
L’idée de New Ground est née d’un constat partagé par ses fondatrices : vieillir seule, dans une société où l’isolement des seniors est un problème croissant, n’est pas une fatalité. « Nous étions toutes convaincues qu’il existait une autre voie », explique l’une d’elles. Le projet a rapidement trouvé un écho auprès de femmes issues de milieux divers – cadres, enseignantes, artistes – toutes déterminées à écrire une nouvelle page de leur vie en collectivité.
L’immeuble, un bâtiment de trois étages aux briques rouges, a été conçu pour favoriser les échanges. Les espaces communs – salon, cuisine, jardin partagé – sont aménagés pour encourager la convivialité. Les chambres individuelles, quant à elles, permettent à chacune de préserver son intimité. Le modèle repose sur la gestion participative : les résidentes prennent les décisions ensemble, de l’entretien des lieux aux activités organisées.
Parmi les 26 pionnières, seules cinq ont quitté New Ground depuis son ouverture. Certaines ont déménagé pour se rapprocher de leur famille, d’autres pour des raisons de santé. Mais la grande majorité est restée, attachée à ce mode de vie qui allie solidarité et autonomie. « Ici, on ne se sent pas seules. On a toujours quelqu’un pour nous donner un coup de main, pour discuter, pour partager un repas », confie une résidente.
Un modèle qui interroge la société britannique
New Ground est souvent citée comme un exemple innovant de « coliving » pour seniors, un concept encore marginal mais qui gagne en visibilité au Royaume-Uni. Contrairement aux résidences médicalisées, ces structures misent sur l’autogestion et la vie communautaire. À l’heure où le vieillissement de la population britannique pose des défis majeurs en matière de logement et de santé, des initiatives comme New Ground pourraient inspirer d’autres projets.
Le Royaume-Uni compte aujourd’hui plus de 12 millions de personnes âgées de 65 ans et plus, un chiffre qui devrait atteindre 17 millions d’ici 2040, selon les projections de l’Office for National Statistics. Face à ce vieillissement démographique, les solutions traditionnelles – maisons de retraite, Ehpad – montrent leurs limites, tant sur le plan financier qu’humain. « Les résidences autogérées offrent une alternative crédible, à condition d’avoir les moyens de se les offrir », souligne un expert en gérontologie.
Le coût d’une chambre à New Ground n’est pas précisé dans les informations disponibles, mais il est généralement bien inférieur à celui d’une place en maison de retraite classique. « L’entraide permet de réduire les dépenses, mais il faut aussi compter sur des ressources financières personnelles », précise une résidente. Le modèle reste donc accessible à une frange privilégiée de la population senior.
Un succès qui inspire, mais reste marginal
Depuis son ouverture, New Ground a attiré l’attention des médias britanniques et internationaux. Le projet a été salué pour son approche pionnière, mais il reste unique en son genre. D’autres résidences autogérées pour seniors existent au Royaume-Uni, mais aucune ne cible exclusivement les femmes, ni ne repose sur un tel niveau d’autonomie.
Aux États-Unis, le concept de « co-housing » pour seniors se développe plus rapidement. Des projets similaires, comme le Oregon’s Peter Block Cohousing Community ou le Missouri’s Del Webb’s Sun City, montrent que la formule séduit. Cependant, ces initiatives sont souvent portées par des promoteurs privés, là où New Ground est entièrement gérée par ses habitantes.
« Notre modèle prouve qu’une autre façon de vieillir est possible, à condition d’y mettre les moyens », affirme une résidente. Pour autant, l’expérience reste difficile à reproduire à grande échelle. Elle nécessite un engagement fort de la part des résidentes, ainsi qu’un soutien financier initial pour l’achat ou la rénovation du bâtiment.
New Ground incarne une réponse concrète à un enjeu sociétal majeur : comment vieillir dignement, sans renoncer à sa liberté ? Pour ses habitantes, la réponse est claire. « Ici, on ne subit pas le vieillissement. On le vit ensemble », conclut l’une d’elles. Un modèle qui, à défaut d’être généralisable, offre une lueur d’espoir pour celles et ceux qui refusent de voir la solitude comme une fatalité.
Les candidates doivent être des femmes de plus de 55 ans, prêtes à s’engager dans la vie communautaire et à participer activement à la gestion de la résidence. Le processus de sélection est décrit comme rigoureux, afin de garantir l’adéquation entre les valeurs du projet et les aspirations des nouvelles arrivantes.
Le montant exact n’est pas précisé dans les informations disponibles. Cependant, selon nos confrères de Courrier International, il reste bien inférieur à celui d’une place en maison de retraite classique, grâce notamment à l’entraide entre résidentes. Les candidates doivent néanmoins disposer de ressources personnelles suffisantes pour couvrir les frais de logement et de fonctionnement.