Les relations entre le Nigeria et l’Afrique du Sud, deux géants économiques africains et moteurs de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), se sont fortement dégradées ces dernières semaines. Selon France 24, Abuja a accusé Pretoria de pratiques xénophobes et de mauvais traitements envers ses ressortissants présents sur le territoire sud-africain. Ces accusations surviennent après le rapatriement forcé de plusieurs centaines de Nigérians, dont les témoignages recueillis à Lagos et Enugu révèlent des conditions de retour difficiles.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Nigeria accuse l’Afrique du Sud de xénophobie et de mauvais traitements envers ses ressortissants, selon France 24.
  • Plusieurs centaines de Nigérians ont été rapatriés de force, avec des témoignages recueillis dans les villes de Lagos et Enugu.
  • Les deux pays sont des acteurs majeurs de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Des accusations graves entre deux puissances africaines

Le Nigeria, première économie africaine en termes de PIB, et l’Afrique du Sud, souvent considérée comme la locomotive industrielle du continent, entretiennent depuis des décennies des relations diplomatiques et économiques étroites. Pourtant, ces dernières semaines, les tensions ont atteint un niveau inédit. D’après France 24, le gouvernement nigérian a officiellement dénoncé des « pratiques xénophobes systématiques » de la part des autorités sud-africaines. Ces accusations portent notamment sur le traitement réservé aux ressortissants nigérians résidant en Afrique du Sud, certains étant accusés de violations des règles migratoires.

Le ministre nigérian des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a déclaré que son pays « ne tolérera pas » de telles pratiques, ajoutant que Pretoria avait « bafoué les droits fondamentaux » de ses citoyens. Côté sud-africain, aucune réaction officielle n’a encore été publiée, mais des sources diplomatiques ont indiqué à France 24 que Pretoria « étudiait les allégations » avant de se prononcer.

Des témoignages accablants de rapatriés

Les récits des Nigérians rapatriés, recueillis par les correspondants de France 24 à Lagos et Enugu, dressent un tableau inquiétant. Plusieurs dizaines de personnes ont témoigné avoir subi des arrestations arbitraires, des détentions dans des conditions précaires, voire des violences physiques avant leur expulsion. Un rapatrié originaire d’Enugu, qui a requis l’anonymat, a expliqué avoir été « détenu pendant trois jours sans nourriture ni eau » avant d’être placé dans un avion vers le Nigeria.

Un autre témoignage, recueilli à Lagos, évoque le cas d’une famille de cinq personnes, dont trois enfants, expulsée sans préavis. « On nous a donné 24 heures pour quitter notre logement, sans explication », a raconté cette personne. Ces récits s’ajoutent à une série d’incidents similaires rapportés ces derniers mois, alimentant une défiance croissante entre les deux pays.

Un contexte économique et géopolitique tendu

Cette crise intervient dans un contexte déjà marqué par des frictions commerciales et diplomatiques. L’Afrique du Sud, où les tensions xénophobes contre les migrants africains ont régulièrement éclaté ces dernières années, est sous surveillance accrue. En 2019, des émeutes xénophobes avaient déjà provoqué le rapatriement de milliers de ressortissants étrangers, dont des Nigérians. Depuis, les autorités sud-africaines affirment avoir renforcé les contrôles pour éviter de nouveaux débordements.

Côté nigérian, l’économie, malgré sa croissance, reste dépendante des échanges avec l’Afrique du Sud, notamment dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures. Le Nigeria, qui abrite le siège de la ZLECAf, pourrait aussi voir sa crédibilité entamée si les tensions persistent. « Ces accusations pourraient nuire à la coopération régionale, alors que les deux pays sont censés incarner le leadership africain », souligne un analyste politique basé à Abuja.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront décisives pour savoir si ces tensions s’apaiseront ou si elles déboucheront sur des mesures plus radicales. Un sommet bilatéral entre les deux pays est évoqué, mais aucune date n’a encore été fixée. Pour l’instant, Pretoria n’a pas réagi officiellement, mais des sources diplomatiques sud-africaines ont indiqué à France 24 que « des consultations étaient en cours pour clarifier la situation ». De son côté, Abuja a convoqué l’ambassadeur sud-africain pour protester officiellement. Reste à voir si cette crise sera résolue par la diplomatie ou si elle s’envenimera davantage.

Cette dégradation des relations intervient à un moment où le continent africain cherche à renforcer son intégration économique. Une rupture durable entre les deux premières économies africaines pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà de leurs frontières, notamment sur la mise en œuvre de la ZLECAf, dont les objectifs de libre circulation des biens et des personnes restent fragiles.

Le Nigeria est la première économie africaine en termes de PIB, avec une population de plus de 200 millions d’habitants et des ressources pétrolières majeures. L’Afrique du Sud, quant à elle, est la deuxième économie du continent, avec une industrie diversifiée et une bourse parmi les plus développées d’Afrique. Les deux pays jouent un rôle central dans la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), un projet visant à créer un marché unique de 1,3 milliard de consommateurs.