La Commission électorale nationale du Nigeria (NEC) a refusé de reconnaître la nouvelle coalition de l’opposition, l’Alliance démocratique du Congrès (ADC), une décision contestée par ses dirigeants qui y voient une manoeuvre politique orchestrée par le pouvoir en place et le parti majoritaire au pouvoir, l’Alliance progressiste du Congrès (APC), dirigé par Bola Tinubu. Selon RFI, cette suspension intervient alors que les principaux figures de l’opposition nigériane, dont Atiku Abubakar, Peter Obi et Rabiu Kwankwaso, ont rejoint les rangs de l’ADC, présidée par l’ancien président du Sénat, David Mark.
Ce qu'il faut retenir
- La NEC a suspendu la direction de l’ADC et gelé ses activités en attendant une décision de justice.
- Atiku Abubakar, Peter Obi et Rabiu Kwankwaso figurent parmi les nouveaux dirigeants de l’ADC.
- Une faction rivale au sein du parti conteste la légitimité de ces nouvelles nominations, invoquant une violation de la Constitution.
- L’opposition accuse le pouvoir et l’APC d’avoir influencé cette décision de la Commission électorale.
Une coalition contestée avant même sa reconnaissance
La création de l’ADC avait été annoncée comme une union historique de l’opposition nigériane, réunissant des figures politiques marquantes sous la présidence de David Mark, ancien président du Sénat. Pourtant, cette dynamique a été immédiatement fragilisée par des dissensions internes. Selon RFI, une faction rivale au sein du parti a dénoncé les nominations récentes de nouveaux dirigeants, arguant que ces changements violaient les statuts du parti et la Constitution nigériane. Autant dire que l’unité affichée par l’ADC est déjà menacée par des querelles de légitimité.
Ces tensions internes surviennent dans un contexte politique déjà tendu, où l’APC, au pouvoir, est accusé par l’opposition de verrouiller les institutions pour conserver son avantage. Bola Tinubu, président nigérian et membre de l’APC, est particulièrement visé par les critiques de l’opposition, qui l’accuse de manipuler les organes électoraux pour marginaliser ses adversaires.
La NEC justifie sa décision par des irrégularités présumées
Face à ces divisions, la Commission électorale nationale (NEC) a choisi de suspendre la direction actuelle de l’ADC et d’ordonner le gel de ses activités. Comme le rapporte RFI, cette mesure vise à « préserver l’intégrité du processus électoral » en attendant qu’un tribunal tranche définitivement sur la légitimité des dirigeants de l’ADC. La NEC n’a pas précisé les irrégularités exactes relevées, mais elle s’appuie sur les contestations internes pour justifier sa décision.
Cette suspension intervient à quelques mois d’échéances électorales majeures au Nigeria, où les partis d’opposition espéraient capitaliser sur leur alliance pour peser face à l’APC. Pour l’opposition, cette décision de la NEC est avant tout politique et vise à affaiblir leur capacité à rivaliser avec le parti au pouvoir. « C’est une manoeuvre pour nous écarter du jeu politique », a dénoncé Atiku Abubakar, candidat à la présidentielle en 2023 et figure centrale de l’ADC.
Un climat politique déjà sous haute tension
Le Nigeria, première économie d’Afrique, traverse une période de fortes tensions politiques, aggravées par des défis économiques et sécuritaires persistants. L’alliance de l’opposition au sein de l’ADC était perçue comme une opportunité de redonner de l’espoir à une population en proie au chômage, à l’inflation et aux violences dans plusieurs régions du pays. Pourtant, les divisions internes de l’ADC risquent d’affaiblir cette dynamique.
Dans ce contexte, la décision de la NEC pourrait être perçue comme un nouveau coup porté à la crédibilité du système électoral nigérian. Depuis des années, l’opposition dénonce des biais en faveur du pouvoir en place, notamment dans la composition des commissions électorales et l’organisation des scrutins. Bola Tinubu, dont l’élection en 2023 avait été vivement contestée, incarne pour beaucoup ces dysfonctionnements institutionnels.
Cette crise illustre les défis persistants du Nigeria pour garantir un processus électoral équitable, alors que le pays s’apprête à affronter des échéances politiques majeures dans les mois à venir.
L’Alliance démocratique du Congrès (ADC) regroupe notamment le Parti démocratique populaire (PDP) — dont est issu Atiku Abubakar — le Parti travailliste (LP), dirigé par Peter Obi, ainsi que le Nouveau Parti populaire du Nigeria (NNPP), fondé par Rabiu Kwankwaso.
