Le gouvernement éthiopien a confirmé en mars 2026 son intention de construire trois nouveaux barrages hydroélectriques sur le Nil Bleu, malgré les tensions croissantes avec l’Égypte et le Soudan. Selon Courrier International, ces projets — Karadobi (1 600 MW), Mandaya (2 000 MW) et Beko Abo (2 100 MW) — s’inscrivent dans un plan visant à augmenter de 25 % la production électrique du pays d’ici 2030.
Ce qu'il faut retenir
- L’Éthiopie prévoit trois nouveaux barrages hydroélectriques sur le Nil Bleu, totalisant une capacité de 5 700 MW.
- Ces projets visent à atteindre l’objectif éthiopien de devenir la « banque d’énergie de l’Afrique » d’ici 2030.
- Le Grand barrage de la Renaissance (Gerd), déjà en service, retient 74 milliards de mètres cubes d’eau, réduisant le débit du Nil pour l’Égypte.
- Les négociations tripartites (Égypte, Soudan, Éthiopie) sur le partage des eaux sont au point mort depuis avril 2021.
- Le Caire qualifie ces projets de menace « existentielle » pour sa sécurité hydrique, évoquant des « moyens multiples » pour protéger ses intérêts.
Le projet éthiopien s’ajoute au Grand barrage de la Renaissance (Gerd), inauguré en 2025 et déjà critiqué par Le Caire pour son impact sur le débit du fleuve. « Pour l’Égypte, où 110 millions de personnes vivent sur une bande de terre quasi aride, le Nil est une question de survie », souligne Atalayar, citant le magazine géopolitique espagnol. 80 % de l’eau potable du pays provient en effet du fleuve, dont le débit a diminué en raison des aménagements éthiopiens.
Un différend historique ravivé par le barrage de la Renaissance
Le Gerd, construit par l’Éthiopie pour renforcer son indépendance énergétique, a été rempli en seulement trois ans, contre sept prévus dans l’accord trilatéral de 2015. Ce texte, signé par l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie, reconnaissait le droit d’Addis-Abeba à construire le barrage, mais exigeait un remplissage progressif pour limiter les conséquences en aval. « Le Caire avait demandé à ce que le processus s’étale sur sept ans, mais Abiy Ahmed a accéléré le calendrier », rappelle Mada Masr.
Depuis l’inauguration du Gerd, les tensions n’ont cessé de monter. En septembre 2025, l’Égypte avait déjà dénoncé une « violation grave du droit international ». En réponse, le Premier ministre éthiopien a prévenu que toute tentative de bloquer ses projets hydroélectriques se heurterait à une réponse militaire. « L’Éthiopie n’hésitera pas à user de la force », a-t-il affirmé, accusant l’Égypte de « tenter d’encercler le pays en utilisant la Somalie comme base opérationnelle ». Ces déclarations, rapportées par Atalayar, alimentent les craintes d’un conflit ouvert.
Le Soudan, acteur clé entre deux puissances rivales
Le Soudan joue un rôle central dans ce dossier, car il se situe à la confluence du Nil Bleu — issu du lac Tana en Éthiopie — et du Nil Blanc, alimenté par le lac Victoria. « Khartoum est un point de passage obligé pour les eaux du fleuve », explique Atalayar. Une position qui en fait un partenaire indispensable pour Le Caire, mais aussi une cible potentielle pour Addis-Abeba.
Le Soudan, qui dépend lui aussi du Nil pour son agriculture et son approvisionnement en eau, a tenté de jouer les médiateurs. Cependant, ses propres crises politiques et économiques limitent son influence. « Le pays est pris en étau entre deux voisins aux ambitions opposées », commente Al-Jazeera.
Les autres pays riverains face à une équation complexe
Le Nil traverse 11 pays africains, de la Tanzanie à l’Égypte. Si l’Éthiopie, le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda, le Soudan du Sud, le Soudan et l’Égypte en dépendent directement pour leur sécurité alimentaire et hydraulique, leurs intérêts divergent. « Pour l’Éthiopie, ces barrages sont une opportunité économique majeure », explique Al-Jazeera. « Pour l’Égypte, c’est une menace existentielle. »
L’Égypte, qui tire 80 % de son eau du Nil, n’a jamais caché sa volonté de défendre sa prédominance sur le fleuve. En 2026, Le Caire a réaffirmé disposer de « multiples moyens » pour protéger ses ressources, sans préciser leur nature. Ces déclarations, rapportées par The Reporter Ethiopia, laissent planer le spectre d’une « guerre du Nil », où le Soudan pourrait devenir un champ de bataille.
Quel que soit l’issue, ce conflit illustre les tensions croissantes en Afrique autour des ressources hydriques. Avec le changement climatique et la croissance démographique, les fleuves comme le Nil pourraient devenir des zones de conflit récurrentes. « L’enjeu dépasse désormais les frontières nationales : il s’agit de la stabilité d’une région entière », conclut Al-Jazeera.
L’Éthiopie cherche à développer sa production hydroélectrique pour soutenir sa croissance économique et son indépendance énergétique. Avec le Grand barrage de la Renaissance (Gerd) et les trois nouveaux projets (Karadobi, Mandaya, Beko Abo), le pays vise à augmenter sa capacité électrique de 25 % d’ici 2030 et à devenir la « banque d’énergie de l’Afrique ».