Nos proches influencent directement la composition de notre microbiote intestinal, selon une étude récente menée par des chercheurs de l’université d’East Anglia, en Angleterre, et rapportée par Franceinfo - Sciences. Une découverte qui éclaire, chez l’humain comme chez l’animal, les mécanismes de transmission des bactéries essentielles à notre santé.
Dans le corps humain, le nombre de bactéries est équivalent à celui de nos cellules. Ces micro-organismes forment le microbiote, un écosystème indispensable à notre organisme, notamment pour la digestion et le système immunitaire. Jusqu’à présent, on savait que les membres d’un même foyer partageaient des similitudes dans leur flore intestinale. Mais une étude publiée cette semaine apporte une preuve supplémentaire : c’est le contact social direct qui favorise l’échange de bactéries, bien plus que la simple cohabitation.
Ce qu'il faut retenir
- Le microbiote humain contient autant de bactéries que de cellules dans l’organisme, soit environ 30 000 milliards de micro-organismes.
- Les chercheurs de l’université d’East Anglia ont étudié des rousserolles des Seychelles pour analyser l’impact du contact social sur leur flore intestinale.
- Plus deux oiseaux passent de temps ensemble, plus leurs flores bactériennes se ressemblent, en particulier les bactéries anaérobies, essentielles à la digestion et à l’immunité.
- Chez l’humain, les échanges de bactéries se produisent aussi par des interactions rapprochées comme les câlins, les bisous ou le fait de partager un repas.
- Cette étude confirme que le microbiote se transmet principalement par le contact direct, et non par la simple cohabitation ou une alimentation commune.
Une étude menée sur des oiseaux des Seychelles
Pour mener leurs recherches, les scientifiques britanniques se sont intéressés aux rousserolles de l’île Cousin, aux Seychelles. Ce petit archipel de l’océan Indien abrite une espèce d’oiseaux de la taille d’un moineau, vivant en vase clos. Isolés géographiquement, ces oiseaux offrent un terrain d’étude idéal pour observer les interactions sociales sans interférence extérieure, explique l’équipe de recherche.
Les chercheurs ont d’abord identifié les rôles sociaux de chaque individu : couples reproducteurs, oiseaux solitaires, ou encore individus aidant à l’élevage des petits. Ils ont ensuite collecté les fientes de chaque oiseau pendant plusieurs années pour analyser leur flore bactérienne. Les résultats sont sans appel : plus deux oiseaux interagissent fréquemment, plus leurs microbiotes se ressemblent, en particulier pour les bactéries anaérobies, celles qui vivent sans oxygène dans le tube digestif et ne peuvent se transmettre que par un contact très proche.
Le contact social, clé de la transmission des bactéries
Les bactéries anaérobies jouent un rôle central dans la digestion, l’immunité et la santé globale. Or, elles ne peuvent survivre à l’air libre et ne se transmettent donc que par un contact direct. C’est cette observation qui a permis aux chercheurs de confirmer que le partage des microbes dépend avant tout des interactions sociales, et non simplement du partage d’un même environnement ou d’une alimentation commune.
« Se faire des câlins, s’embrasser, préparer un repas ensemble ou même faire la vaisselle à deux suffit à faire converger nos microbiotes », explique l’un des auteurs de l’étude, cité par Franceinfo - Sciences. Chez l’humain comme chez l’animal, ces échanges microbiens pourraient ainsi renforcer la digestion et les défenses immunitaires des individus en contact régulier.
Une confirmation des mécanismes connus chez l’humain
Bien que l’étude ait été menée sur des oiseaux, ses conclusions rejoignent des observations déjà établies chez l’humain. Il est admis depuis plusieurs années que les membres d’une même famille ou d’un même couple partagent des similitudes dans leur flore intestinale. Cependant, cette étude apporte une nuance importante : c’est l’interaction sociale qui prime, et non la simple cohabitation.
Par exemple, deux colocataires partageant le même logement mais n’interagissant pas régulièrement auront moins de chances d’échanger des bactéries qu’un couple passant du temps ensemble au quotidien. Cette découverte pourrait ouvrir de nouvelles pistes pour comprendre comment se construisent nos défenses immunitaires dès l’enfance, notamment via les interactions avec les parents ou les proches.
Pour les auteurs de l’étude, ces résultats soulignent aussi l’importance de préserver les interactions sociales dans un monde où le travail à distance et les écrans prennent une place croissante. « Même si l’étude a été menée sur des oiseaux, les mécanismes biologiques sous-jacents restent valables pour l’humain. Le contact humain reste un pilier de notre santé », rappelle un chercheur.
Les interactions sociales régulières, comme partager des repas, cuisiner ensemble ou se faire des câlins, favorisent l’échange de bactéries bénéfiques. Éviter l’isolement et maintenir des contacts physiques ou verbaux fréquents est donc un moyen naturel de renforcer son microbiote.