Le projet du futur aéroport de Mayotte, destiné à remplacer l’actuelle infrastructure de Dzaoudzi, a franchi une nouvelle étape administrative début avril 2026, mais continue de susciter des tensions entre les acteurs locaux. Selon BFM Business, le site de Bouyouni, retenu en décembre 2025 pour son éloignement des zones côtières et des milieux naturels sensibles, a été classé parmi les aéroports de catégorie A — les plus importants — par un décret publié au Journal officiel le 17 avril. Pourtant, ce chantier de 1,2 milliard d’euros, prévu pour une livraison en 2036, reste au cœur de vifs débats sur son impact environnemental et socio-économique.
Ce qu'il faut retenir
- Le nouvel aéroport de Mayotte sera construit à Bouyouni, dans le nord de Grande-Terre, avec une piste de 2 730 mètres et un budget de 1,2 milliard d’euros.
- Le projet empiétera sur 490 hectares, dont 369 hectares de zones agricoles, ce qui inquiète les agriculteurs locaux.
- L’actuel aéroport de Dzaoudzi, trop court pour les gros-porteurs, souffre également de risques sismiques et de submersions marines, selon la DGAC.
- La déclaration d’utilité publique est attendue avant la fin 2026, tandis que les travaux pourraient commencer en 2027.
- Certaines organisations écologistes soutiennent le projet, arguant d’un impact moindre que l’extension de Dzaoudzi.
Un choix motivé par les limites de l’aéroport actuel
L’idée d’un nouvel aéroport à Mayotte remonte à 2011, portée par les élus locaux qui réclamaient depuis des années une piste longue pour accueillir les avions de ligne sans escale technique. L’aéroport de Dzaoudzi, doté d’une piste de seulement 1 930 mètres, ne permet pas aux gros-porteurs de décoller à pleine charge, contraignant les compagnies à des escales prolongant les trajets de plusieurs heures. Pourtant, l’hypothèse d’une extension de Dzaoudi a été abandonnée en avril 2025, lorsque le président Emmanuel Macron a annoncé la construction d’un nouvel aéroport à Bouyouni, lors d’une visite officielle sur l’île.
Le choix de Bouyouni, justifié par les ministères des Transports et des Outre-mer, s’explique par des contraintes géologiques et urbaines insurmontables à Dzaoudzi. Enclavé entre des zones urbanisées et le lagon — un écosystème que Mayotte souhaite voir classé au patrimoine mondial de l’Unesco —, l’aéroport actuel ne peut être agrandi sans détruire des milieux naturels fragiles. Par ailleurs, l’activité sismique intense depuis l’émergence en 2018 d’un volcan sous-marin à 50 km de Petite-Terre — 400 micro-séismes par mois et un enfoncement du sol de 19 cm — rend toute extension périlleuse. Selon la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), une telle opération coûterait sept milliards d’euros et nécessiterait l’arrêt de toute desserte aérienne pendant 18 mois, avec des risques accrus de submersions marines d’ici 2035.
Des agriculteurs en première ligne contre le projet
Malgré le soutien de certaines associations écologistes, le projet cristallise les oppositions, notamment celle des agriculteurs. Anfane Saïd, porte-parole du groupement des agriculteurs bio de Mayotte, dénonce une « aberration » : « Le site de Bouyouni fait partie des zones les plus fertiles de l’île. Il va totalement à l’encontre de nos ambitions d’autonomie alimentaire », déclare-t-il. Le projet prévoit en effet l’artificialisation de 369 hectares de terres agricoles, un choix d’autant plus contesté que Mayotte souffre déjà de difficultés d’accès au foncier. « L’accès au foncier est déjà difficile, et maintenant le projet prévoit de s’étendre sur 300 hectares supplémentaires », s’indigne Anwar Soumaila Moevale, président des Jeunes agriculteurs de Mayotte et producteur d’ananas et de manioc.
Les craintes portent également sur les ressources en eau : trois nappes phréatiques, vitales pour un territoire en proie à une pénurie chronique, pourraient être menacées par le chantier. Côté économique, la crainte d’une délocalisation d’emplois à Petite-Terre — où l’aéroport actuel emploie une centaine de personnes — s’ajoute aux inquiétudes. « L’aéroport, c’est ce qui nous fait travailler le plus », résume Moussa Abdallah, représentant des taxis de l’île.
Un soutien inattendu des écologistes
Pourtant, le projet bénéficie du soutien de certaines organisations environnementales, pourtant vent debout contre d’autres grands chantiers portés par l’État à Mayotte. Michel Charpentier, président des Naturalistes de Mayotte, reconnaît que le nouvel aéroport « empiétera sur des espaces naturels », mais souligne que son impact serait « bien moindre » que celui d’une extension de Dzaoudzi. « Agrandir l’aéroport de Dzaoudzi supposait de bétonner le récif corallien sur trois kilomètres », explique-t-il, ajoutant que la solution de Bouyouni « protège mieux les milieux naturels sensibles du lagon et du littoral ».
Ce positionnement divise : si certains écologistes privilégient la préservation des écosystèmes à court terme, d’autres restent sceptiques sur la capacité des nouvelles infrastructures à limiter leur impact global. « On ne peut pas nier que le projet va transformer un territoire déjà fragilisé », tempère un membre d’une association locale sous couvert d’anonymat.
Un calendrier sous haute tension
Le gouvernement mise sur une maîtrise du foncier d’ici fin 2028, avec un démarrage des travaux prévu pour début 2027 et une inauguration en 2036. Le coût du projet, intégré à la loi de programmation pour la refondation de Mayotte promulguée en août 2025, représente 37 % des 3,2 milliards d’euros alloués à ce plan. Pourtant, les retards liés aux expropriations et aux conflits de propriété sont une constante à Mayotte. « Les complexités juridiques et foncières rallongent systématiquement les délais », rappelle un responsable territorial.
Pour les Mahorais, l’enjeu dépasse la simple question aéroportuaire : il s’agit de concilier développement économique, préservation de l’environnement et souveraineté alimentaire. Une équation d’autant plus complexe que l’île, touchée par le cyclone Chido en 2024, peine à atteindre son autosuffisance alimentaire — un objectif encore plus menacé par la perte de terres agricoles.
Ce projet soulève une question centrale : Mayotte parviendra-t-elle à concilier modernisation de ses infrastructures et préservation de ses ressources naturelles, dans un contexte où chaque décision pèse lourd sur son avenir ?
D’après BFM Business, l’extension de la piste de Dzaoudzi aurait nécessité de bétonner le récif corallien sur trois kilomètres, un milieu naturel déjà fragile et candidat au classement UNESCO. Par ailleurs, les contraintes géologiques — activité sismique intense depuis 2018 et enfoncement du sol de 19 cm — rendent une telle opération extrêmement risquée et coûteuse (sept milliards d’euros selon la DGAC).
Avant 2025, l’hypothèse d’un allongement de la piste de Dzaoudzi avait été privilégiée, mais abandonnée pour des raisons techniques et environnementales. Une autre piste envisagée était celle de Mtsamboro, mais le site de Bouyouni a été retenu pour son altitude et son éloignement des zones côtières, jugés plus sûrs face aux risques de submersions marines.