Le groupe pharmaceutique danois Novo Nordisk a saisi un tribunal américain pour tenter d’obtenir une injonction immédiate contre son concurrent Eli Lilly, accusé de pratiques publicitaires trompeuses pour ses médicaments contre l’obésité et le diabète. Selon BFM Business, Novo Nordisk reproche à Eli Lilly de diffuser des campagnes promotionnelles s’appuyant sur des « études obsolètes », donnant ainsi une image faussée de l’efficacité supérieure de ses propres traitements.
Ce qu'il faut retenir
- Novo Nordisk a demandé à un tribunal américain d’interdire immédiatement les publicités pour le Zepbound et le Mounjaro d’Eli Lilly, jugées trompeuses.
- Le groupe danois accuse Eli Lilly d’enfreindre la loi Lanham, qui régit la concurrence déloyale aux États-Unis, en comparant des doses non équivalentes de ses médicaments à ceux de Novo Nordisk.
- Eli Lilly a rejeté ces accusations et affirme qu’elle se défendra « vigoureusement » devant les tribunaux, sans avoir répondu à une demande de commentaire en dehors des heures de bureau.
- Novo Nordisk dénonce une stratégie de communication visant à minimiser l’efficacité de ses traitements les plus récents, comme le Wegovy et l’Ozempic, en omettant de mentionner leurs versions à plus forte dose.
Une bataille juridique pour redéfinir l’image des traitements anti-obésité
Dans un communiqué publié vendredi, Novo Nordisk a détaillé les griefs qu’elle adresse à son concurrent américain. L’entreprise danoise reproche à Eli Lilly d’avoir mené une campagne nationale mettant en avant des comparaisons entre les doses maximales autorisées de son Zepbound et de son Mounjaro avec des doses plus faibles des médicaments Wegovy et Ozempic, deux produits phares de son portefeuille. Selon Novo Nordisk, cette approche donne l’impression erronée que ses traitements sont moins performants, alors que des versions plus récentes, à dosage élevé, permettraient une perte de poids plus significative.
Pour Novo Nordisk, cette stratégie commerciale relève de la concurrence déloyale. L’entreprise s’appuie sur la loi Lanham, un texte américain qui sanctionne les pratiques publicitaires trompeuses ou mensongères. En demandant une injonction préliminaire, le géant pharmaceutique danois cherche à faire cesser immédiatement ces publicités, qu’il juge susceptibles d’induire en erreur les professionnels de santé et les patients.
Eli Lilly rejette les accusations et promet une défense solide
De son côté, Eli Lilly a réagi avec fermeté aux accusations de son concurrent. Dans une réponse transmise à la presse, le groupe américain a nié toute faute et indiqué qu’il maintiendrait ses campagnes publicitaires en l’état. « Nous nous défendrons vigoureusement contre ces allégations », a-t-il affirmé, sans préciser les arguments juridiques qu’il entend mobiliser. Interrogé en dehors des heures de bureau habituelles, le laboratoire n’a pas donné suite à une demande de commentaire supplémentaire.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de concurrence acharnée entre les deux groupes sur le marché des médicaments contre l’obésité et le diabète, deux segments en pleine expansion. Aux États-Unis, où la demande pour ces traitements a explosé ces dernières années, les laboratoires se livrent une bataille sans merci pour capter l’attention des prescripteurs et des patients. Les médicaments comme le Zepbound et le Mounjaro, approuvés par la FDA en 2023 et 2022 respectivement, sont devenus des acteurs majeurs de ce marché, pesant plusieurs milliards de dollars.
Les analystes divisent sur l’opportunité de cette stratégie
Si Novo Nordisk mise sur une victoire judiciaire pour freiner son concurrent, certains observateurs du secteur doutent de l’efficacité à long terme de cette approche. Selon Evan Seigerman, analyste chez BMO, cette action en justice pourrait avant tout servir à modifier la perception publique de l’efficacité relative des médicaments des deux groupes. « Ce litige est autant une bataille juridique qu’une manœuvre marketing », a-t-il expliqué à BFM Business.
Un avis partagé par Sven Borho, associé gérant chez Orbimed et gestionnaire du fonds Worldwide Healthcare Trust — un actionnaire d’Eli Lilly qui détenait jusqu’en mai une position à court terme sur Novo Nordisk. Ce dernier estime que le groupe danois ferait mieux de se concentrer sur le développement de ses produits. « Aller devant les tribunaux ne les aidera pas dans leur bataille marketing », a-t-il commenté, soulignant que l’innovation reste le meilleur levier pour dominer un marché aussi concurrentiel.
Un enjeu économique et sanitaire majeur
Le marché des médicaments contre l’obésité et le diabète représente un enjeu économique colossal. Aux États-Unis, où l’obésité touche près de 42 % de la population adulte, selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), la demande pour ces traitements ne cesse de croître. Les ventes combinées du Wegovy, de l’Ozempic, du Zepbound et du Mounjaro pourraient atteindre plus de 50 milliards de dollars d’ici 2030, selon certaines estimations du secteur.
Dans ce contexte, toute décision de justice pourrait avoir des répercussions bien au-delà des deux laboratoires impliqués. Une victoire de Novo Nordisk pourrait contraindre Eli Lilly à revoir ses campagnes publicitaires, voire à adapter ses stratégies de communication. À l’inverse, un rejet de sa demande par le tribunal affaiblirait sa position dans un marché où chaque détail compte pour convaincre patients et prescripteurs.
Cette affaire illustre la rudesse de la concurrence dans le secteur pharmaceutique, où les enjeux financiers et sanitaires se mêlent à des stratégies juridiques agressives. Reste à voir si la justice américaine donnera raison à Novo Nordisk ou si Eli Lilly parviendra à maintenir son avantage marketing.
Novo Nordisk reproche à Eli Lilly d’utiliser des études obsolètes dans ses campagnes publicitaires pour comparer les doses maximales de ses médicaments (Zepbound et Mounjaro) à des doses plus faibles des traitements de Novo Nordisk (Wegovy et Ozempic). Selon le groupe danois, cette méthode donne une fausse impression de supériorité à ses concurrents et enfreint la loi Lanham, qui sanctionne les pratiques publicitaires trompeuses aux États-Unis.
Les médicaments au cœur de ce litige sont le Zepbound et le Mounjaro d’Eli Lilly, deux traitements contre l’obésité et le diabète, ainsi que le Wegovy et l’Ozempic de Novo Nordisk. Ces quatre produits sont parmi les plus prescrits dans leur catégorie aux États-Unis.