Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, doit évoquer ce lundi 1er juin à Paris avec son homologue algérien, Saïd Sayoud, la situation du journaliste Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis juin 2025. Selon Le Figaro, cette rencontre s’inscrit dans un contexte de reprise progressive du dialogue bilatéral, après plusieurs mois de tensions diplomatiques entre les deux pays.
Ce qu'il faut retenir
- Laurent Nunez recevra à 15 heures son homologue algérien Saïd Sayoud place Beauvau pour aborder plusieurs sujets, dont la libération de Christophe Gleizes.
- Le journaliste français est incarcéré en Algérie depuis juin 2025 pour « apologie du terrorisme ».
- Les expulsions d’Algériens en situation irrégulière, suspendues depuis des mois, ont repris en mai avec l’obtention de 140 laissez-passer consulaires par Paris.
- Cette visite s’ajoute à une série de rencontres diplomatiques visant à restaurer la coopération franco-algérienne, notamment après la crise déclenchée en 2024 sur la question du Sahara occidental.
- Un dîner officiel clôturera la journée de travail entre les deux délégations.
Une rencontre diplomatique sous haute tension
La visite de Saïd Sayoud à Paris, prévue dès la mi-journée à l’aéroport Charles-de-Gaulle, intervient dans un climat où les relations entre la France et l’Algérie se sont progressivement apaisées après une année 2024 marquée par des frictions majeures. Selon Le Figaro, les discussions porteront officiellement sur la sécurité, la lutte contre la criminalité organisée, les questions migratoires et la sécurité civile. Pour autant, c’est le dossier de Christophe Gleizes qui focalise l’attention.
Intervenant sur France Inter ce matin, Laurent Nunez a confirmé que le cas du journaliste serait évoqué « évidemment » avec son homologue algérien. « Mais cela se fait dans la plus grande discrétion, dans l’intérêt du processus qui a été enclenché », a-t-il précisé. Depuis son arrivée au pouvoir en 2024, Abdelmadjid Tebboune a gracié plusieurs détenus franco-algériens, dont l’écrivain Boualem Sansal, libéré fin 2025 après un an de prison.
L’immigration au cœur des échanges
Autre sujet brûlant de la rencontre : la reprise des expulsions d’Algériens en situation irrégulière. Après des mois d’atermoiements, Paris a annoncé début mai la relance des reconduites vers l’Algérie, assortie de la promesse d’une accélération du processus. « Il s’agit maintenant d’augmenter le nombre de laisser-passer obtenus, les reconduites vers l’Algérie », a déclaré Laurent Nunez. « Les choses se sont réenclenchées, il faut maintenant monter en puissance. »
Pour donner un ordre de grandeur, Alger a déjà délivré quelque 140 laissez-passer consulaires, des documents indispensables pour organiser le retour des ressortissants algériens. Selon le ministre français, l’objectif est désormais de « multiplier les volumes » afin de concrétiser ces expulsions, dont la suspension avait alimenté les tensions entre les deux pays.
Un dialogue relancé après une année 2024 chaotique
La détente actuelle est le fruit d’une série de gestes diplomatiques réciproques. Après la crise ouverte à l’été 2024 — lorsque la France avait apporté son soutien à un plan d’autonomie pour le Sahara occidental sous souveraineté marocaine — Alger avait rappelé son ambassadeur en France. Les relations s’étaient ensuite tendues davantage avec l’arrestation, en novembre 2024, de Boualem Sansal, avant sa grâce un an plus tard par le président algérien.
La visite de Laurent Nunez à Alger en février 2026 avait marqué un tournant, suivie par celle du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, mi-mai pour tenter de « rétablir les relations judiciaires ». Cette séquence illustre la volonté affichée par Paris et Alger de tourner la page des désaccords publics. Emmanuel Macron a maintes fois réaffirmé son souhait d’une relation « efficace » et « respectueuse des intérêts nationaux » de chacun.
Un dîner pour clore une journée de travail intense
Après un entretien en tête-à-tête à 15 heures, les deux ministres et leurs délégations se retrouveront pour des réunions de travail. Ces échanges, qui s’achèveront par un dîner officiel, doivent permettre d’avancer sur plusieurs dossiers, dont celui de Christophe Gleizes. Selon Le Figaro, cette rencontre s’inscrit « dans la continuité » des déplacements réciproques, une méthode privilégiée pour consolider la confiance entre les deux capitales.
Reste à savoir si cette détente diplomatique se traduira par des avancées concrètes sur le plan judiciaire et migratoire. Pour l’heure, les observateurs soulignent que le processus reste fragile, tant les contentieux entre les deux pays — qu’ils soient historiques, politiques ou humains — sont profonds.
Pour l’instant, Laurent Nunez comme Saïd Sayoud se sont refusés à tout commentaire public détaillé, insistant sur la nécessité de préserver le caractère confidentiel des échanges. La discrétion semble, en effet, être la règle pour éviter de nouvelles tensions.
Cette rencontre intervient à un moment où la France cherche à rééquilibrer ses relations avec l’Afrique du Nord, après des années de relations parfois houleuses. L’Algérie, partenaire stratégique pour Paris, reste un acteur incontournable sur les questions migratoires, énergétiques et sécuritaires en Méditerranée.
Christophe Gleizes, journaliste français, est incarcéré en Algérie depuis juin 2025 sous l’inculpation d’« apologie du terrorisme ». Les autorités algériennes n’ont pas communiqué de détails supplémentaires sur les motifs précis de sa détention, mais cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions diplomatiques entre Paris et Alger.