Le géant des semi-conducteurs Nvidia a annoncé une série d’accords majeurs dans le domaine de l’intelligence artificielle, totalisant plus de 750 milliards de dollars, selon Cryptoast. Ces partenariats, dont certains dépassent les 500 milliards de dollars, soulèvent des interrogations sur leur durabilité et les risques de financement circulaire qui pourraient alimenter une bulle spéculative.
Ce qu'il faut retenir
- Nvidia a conclu des accords pour un montant cumulé de plus de 750 milliards de dollars dans l’IA.
- Le principal partenariat, estimé à 500 milliards de dollars, concerne SK Group pour la construction de 2 gigawatts de capacités de data centers en Corée du Sud.
- Un autre accord, encore plus vaste, impliquerait un financement de 250 milliards de dollars pour un projet de data center dans l’Ohio avec OpenAI, incluant jusqu’à 350 milliards de dollars d’achats de puces.
- Les marchés ont réagi dès l’annonce, avec une chute de 5 % de l’action Nvidia, entraînant le secteur des semi-conducteurs dans son sillage.
- Des experts comparent cette dynamique à celle de la bulle Internet des années 2000, évoquant des risques de financement circulaire et de surévaluation.
Des partenariats d’une ampleur inédite dans l’IA
Le fabricant de puces Nvidia (NVDA) a multiplié les annonces ces dernières semaines, avec des accords dépassant largement les montants habituellement observés dans le secteur. Le plus important d’entre eux, d’un montant de plus de 500 milliards de dollars, a été signé avec SK Group, maison mère de SK Hynix. L’objectif ? Développer 2 gigawatts de capacités de data centers en Corée du Sud, une infrastructure colossale destinée à répondre à la demande mondiale en calcul informatique pour l’IA.
Un second accord, encore plus ambitieux, est en négociation avec OpenAI. Selon plusieurs sources rapportées par Cryptoast, Nvidia s’engagerait à garantir jusqu’à 250 milliards de dollars de loyers pour un projet de data center dans l’Ohio, tout en finançant 350 milliards de dollars d’achats de puces par OpenAI. Autant dire que ces montants dépassent largement les investissements traditionnels du secteur.
Un financement circulaire qui interroge
Ces montages financiers, où Nvidia participe directement au financement de ses clients, suscitent des critiques. Plusieurs analystes y voient les signes d’une dynamique spéculative, voire d’un financement circulaire aux allures de château de cartes. En effet, Nvidia vend ses puces tout en contribuant à financer l’achat de celles-ci par ses clients. Les ventes sont ainsi comptabilisées immédiatement dans son chiffre d’affaires, alors qu’une partie des fonds utilisés pour les régler provient indirectement de Nvidia elle-même.
Cette pratique n’est pas isolée. Google a également pris en charge les loyers d’Anthropic sur cinq sites de data centers, pour un montant estimé à 35 milliards de dollars. SoftBank, de son côté, a investi près de 65 milliards de dollars dans OpenAI et souscrit un prêt-relais de 40 milliards de dollars pour finaliser l’opération. Autant de signes qui alimentent les craintes d’un emballement des financements dans l’écosystème IA.
Les marchés réagissent : l’action Nvidia chute de 5 %
Les investisseurs n’ont pas tardé à réagir. Dès l’annonce des accords, l’action Nvidia a perdu près de 5 %, clôturant à 196,51 dollars le lundi suivant la révélation. Le secteur des semi-conducteurs a suivi cette tendance baissière, reflétant une prise de conscience des risques associés à ces montages financiers. Les craintes se sont également répercutées sur les marchés obligataires : le coût de l’assurance contre un défaut de Nvidia, mesuré par les credit default swaps (CDS), a atteint un niveau record, signalant une perception accrue du risque de crédit pour le groupe.
Ces développements rappellent les mécanismes à l’œuvre lors de la bulle Internet des années 2000. Jim Cramer, animateur de l’émission Mad Money sur CNBC, a établi un parallèle explicite : « J’ai vécu 2000, je ne veux pas revivre la suite », a-t-il déclaré. Les équipementiers télécoms de l’époque finançaient leurs propres clients avant de subir une vague de défauts lorsque le marché s’est retourné. Une comparaison qui pèse sur les perspectives actuelles.
Jensen Huang rejette les accusations de financement circulaire
Face à ces critiques, Jensen Huang, le PDG de Nvidia, a défendu ces accords. Selon lui, ces financements ne représentent qu’une part marginale des capitaux levés par les entreprises concernées. Il a qualifié de « ridicule » l’idée de qualifier ces opérations de financement circulaire, rappelant que les investissements dans l’IA restent structurels et durables. « Ces partenariats sont le signe d’une confiance sans précédent dans la technologie que nous développons », a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse.
Cependant, des voix discordantes persistent. Michael Burry, célèbre pour avoir anticipé la crise des subprimes, a partagé sur X (ex-Twitter) un schéma ironique illustrant ce qu’il considère comme un cercle vicieux de financement entre les principaux acteurs de l’IA. Il évoque également l’existence de puces potentiellement logées hors bilan, avec un risque final qui pourrait être supporté par des épargnants américains via certains produits d’assurance.
Quels risques pour les investisseurs ?
Pour les investisseurs exposés aux valeurs technologiques américaines, notamment via des ETF Nasdaq ou des actions Nvidia, ces développements introduisent une nouvelle source de risque. La croissance du groupe dépend désormais non seulement de la demande pour ses puces, mais aussi de sa capacité à soutenir financièrement certains de ses principaux clients. Si les investissements dans l’IA venaient à ralentir, fabricants, clients et financeurs pourraient être touchés simultanément, créant un effet domino difficile à absorber.
L’écosystème crypto pourrait également être concerné. Un ralentissement des financements consacrés aux infrastructures d’IA centralisées pourrait favoriser l’intérêt pour des alternatives décentralisées, comme les réseaux de calcul GPU décentralisés ou les infrastructures tokenisées. Ces modèles, basés sur des financements différents de ceux des géants de la technologie, pourraient gagner en attractivité face à la concentration des risques observée chez Nvidia et ses partenaires.
Une chose est sûre : l’équilibre entre croissance et risque dans l’IA reste plus que jamais au cœur des débats. Les acteurs du secteur, comme les investisseurs, devront naviguer avec prudence dans un environnement où les montants en jeu atteignent des sommets inédits.
Un financement circulaire désigne une situation où un fournisseur, comme Nvidia, participe au financement de ses clients pour qu’ils achètent ses propres produits. Les ventes sont ainsi comptabilisées immédiatement, mais une partie des fonds provient indirectement du fournisseur lui-même, créant une boucle potentiellement fragile. Selon Cryptoast, plusieurs analystes craignent que cette pratique ne masque une surévaluation des actifs.
Les investisseurs ont réagi à la fois à l’ampleur inédite des montants engagés (750 milliards de dollars) et aux risques de financement circulaire qui rappellent les mécanismes ayant conduit à la bulle Internet. La chute de 5 % de l’action Nvidia et la hausse des credit default swaps (CDS) reflètent cette prise de conscience du risque accru.