Alors que le marché du travail chinois traverse une période de tensions persistantes, une offre d'emploi inhabituelle a capté l'attention de plus de 700 candidats pour seulement deux postes. Proposée par une exploitation agricole du nord du pays, cette annonce pour des bergers a suscité un vif intérêt sur les réseaux sociaux locaux, reflétant les difficultés rencontrées par une partie de la population active. Selon BFM Business, cette publication est devenue, en quelques heures, la plus consultée sur les plateformes numériques chinoises.

Ce qu'il faut retenir

  • Une offre pour deux postes de bergers a reçu plus de 700 candidatures, dont une majorité issue de grandes villes comme Shanghai ou Chongqing.
  • Les candidats incluent des ouvriers industriels, des diplômés universitaires et des employés épuisés par la culture du « 996 » (9h-21h, six jours par semaine).
  • Le salaire proposé s'élève à 8 000 yuans par mois (environ 1 265 euros), logement et nourriture inclus, soit bien au-dessus de la moyenne nationale en milieu urbain privé.
  • Les conditions de travail sont extrêmes : températures pouvant chuter en dessous de -30 °C en hiver et isolement prolongé, parfois une année entière sans contact humain.
  • Le propriétaire de l'exploitation, Zuo Xiaoyong, a finalement retenu quatre candidats — deux couples — tous originaires des années 1980 et ayant une expérience en ferme.

Un marché du travail chinois sous tension

La Chine fait face à un paradoxe économique : un taux de chômage officiel légèrement supérieur à 5 %, mais un sous-emploi croissant et des revenus en stagnation dans le secteur privé. Selon BFM Business, cette situation s'explique en partie par l'adoption accélérée de l'intelligence artificielle dans les usines, réduisant les besoins en main-d'œuvre manuelle. Par ailleurs, la guerre en Iran a entraîné une hausse des coûts pour les industries locales, fragilisant davantage le marché du travail.

Cette précarité touche particulièrement les jeunes diplômés. Shaun Rein, directeur général du China Market Research Group, souligne que les titulaires d'un master issus des meilleures universités voient souvent leurs revenus absorbés par des dépenses de base comme le loyer ou l'alimentation. « Leurs salaires ne couvrent plus les coûts de la vie urbaine », a-t-il indiqué à BFM Business. Une réalité qui pousse certains à envisager des reconversions radicales, comme le suggère l'exemple des bergers.

Des candidatures venues des quatre coins du pays

Parmi les 700 postulants, les profils sont variés. Des ouvriers comme James Guo, 21 ans, ont quitté leur emploi dans une usine de conteneurs maritimes. « Vous ne pouvez pas imaginer à quel point c'est éprouvant : plus de 13 heures par jour à serrer des vis jusqu'à ce que les mains gonflent et se couvrent d'ampoules, sans même avoir le temps d'aller aux toilettes », a-t-il témoigné. Pour lui, le poste de berger représente une échappatoire, malgré des conditions de travail tout aussi exigeantes.

D'autres candidats viennent de Shanghai ou de Chongqing, comme Wu, une employée de 28 ans dans le commerce électronique. « Je gagne 10 000 yuans (1 265 euros) par mois, mais je veux fuir la vie urbaine et ses conflits quotidiens », a-t-elle confié. Son salaire actuel ne lui permet pas de se projeter dans un avenir stable, et l'idée d'une vie isolée en pleine nature séduit de plus en plus de citadins en quête de tranquillité.

Des conditions de travail extrêmes, mais un salaire attractif

L'offre initiale émanait de Zuo Xiaoyong, propriétaire d'une exploitation dans le nord de la Chine. Il recherchait deux bergers — de préférence un couple — pour gérer un troupeau de 3 000 moutons sur un pâturage de 2 000 hectares. Les tâches incluent le pâturage en été et l'alimentation des animaux en hiver, lorsque les températures peuvent descendre sous -30 °C. « Le salaire est élevé, mais ce qui compte le plus, c'est de savoir si l'on peut tenir sur la durée et supporter l'hiver », a précisé Zuo Xiaoyong à BFM Business.

Il a finalement retenu quatre candidats, tous issus de milieux ruraux et ayant déjà travaillé dans des fermes. Zuo Xiaoyong insiste sur l'isolement extrême du poste : « Chez nous, il se peut que vous ne voyiez personne pendant une année entière. Je ne sais pas si quelqu'un peut supporter une telle solitude ». Son choix s'est donc porté sur des profils expérimentés, capables de s'adapter à un environnement particulièrement rude.

Un phénomène révélateur des mutations économiques et sociales

Cette affluence de candidatures pour un emploi aussi spécifique illustre un tournant dans les aspirations professionnelles chinoises. Entre la pression des horaires interminables en ville et la quête de sens, de nombreux travailleurs privilégient désormais la qualité de vie à la stabilité économique. « Ce n'est pas du tourisme », a rappelé Zuo Xiaoyong, soulignant que le poste exige une forte résilience physique et mentale.

Pourtant, le salaire proposé — 8 000 yuans par mois — reste attractif comparé à la moyenne nationale en milieu urbain privé, estimée à 6 000 yuans. Avec le logement et la nourriture fournis, l'offre se présente comme une alternative viable pour ceux qui souhaitent quitter les grandes villes. Un choix qui en dit long sur les frustrations accumulées face à un marché du travail de plus en plus compétitif et précaire.

Et maintenant ?

Cette affluence de candidatures pourrait inciter d'autres employeurs chinois à proposer des emplois en milieu rural, attirés par des salaires compétitifs et une main-d'œuvre en quête de changement. Les analystes s'attendent à une poursuite de cette tendance, surtout avec l'arrivée de 12,7 millions de nouveaux diplômés sur le marché du travail cet été, selon les prévisions du gouvernement chinois. Reste à voir si ces reconversions seront durables ou si les candidats reviendront vers les emplois urbains une fois l'engouement retombé.

Avec l'accélération de l'automatisation dans les usines et la hausse des coûts liés aux tensions géopolitiques, le marché du travail chinois devrait rester sous pression dans les mois à venir. Pour Zuo Xiaoyong, l'enjeu sera désormais de fidéliser les nouveaux bergers, un défi qui nécessitera bien plus qu'un salaire attractif.

Cette offre reflète la lassitude croissante des travailleurs chinois face aux conditions de travail urbaines, notamment la culture du « 996 » (9h-21h, six jours par semaine), ainsi que la précarité économique qui touche de nombreux secteurs, en particulier les jeunes diplômés et les ouvriers industriels.

Les postes proposés impliquent des conditions extrêmes : isolement prolongé, températures très basses en hiver, et travail physique intense. De plus, l'adaptation à un environnement rural peut être difficile pour des citadins habitués au confort et à la vie sociale urbaine.