Une étude internationale publiée en avril 2026 dans la revue Science révèle l’existence d’un conflit prolongé entre groupes de chimpanzés au sein du parc national de Kibale, en Ouganda. Surnommé le « conflit de Ngogo », ce phénomène, qualifié de « guerre civile » par les chercheurs, a fait l’objet d’un suivi scientifique ininterrompu pendant trois décennies. Les travaux, coordonnés par une équipe pluridisciplinaire, apportent un éclairage inédit sur les dynamiques de violence au sein des communautés de grands singes, comme le rapporte RFI.

Ce qu'il faut retenir

  • Un conflit de trente ans documenté entre groupes de chimpanzés dans le parc national de Kibale, en Ouganda, appelé « conflit de Ngogo ».
  • Une étude publiée en avril 2026 dans la revue Science, basée sur trois décennies d’observation.
  • Les chercheurs parlent de « guerre civile » pour décrire l’intensité des affrontements entre les deux factions.
  • L’anthropologue John Mitani a participé à l’étude et commente ces résultats.
  • Ce phénomène offre un parallèle inattendu avec les dynamiques de violence humaine.

Un conflit documenté sur le long terme

Le parc national de Kibale, situé en Ouganda, abrite l’un des écosystèmes les plus riches d’Afrique en matière de biodiversité. Depuis le début des années 1990, une équipe internationale de chercheurs y observe les comportements des chimpanzés, notamment au sein d’une zone spécifique : Ngogo. C’est là que se déroule depuis des décennies un conflit d’une intensité rare, marqué par des affrontements violents entre deux groupes rivaux. Selon les auteurs de l’étude, ces combats, bien que moins médiatisés que les conflits humains, présentent des similitudes troublantes avec des guerres civiles, notamment en termes de stratégie et de durée.

Les données recueillies sur trois décennies révèlent une escalade progressive de la violence, avec des pics d’affrontements meurtriers. Les chercheurs ont pu reconstituer l’évolution des relations entre les deux groupes, passant d’une coexistence pacifique à une hostilité permanente. Cette transition, analysée dans Science, soulève des questions sur les mécanismes qui sous-tendent l’émergence de conflits prolongés chez les grands singes.

Une « guerre civile » aux caractéristiques singulières

Les auteurs de l’étude emploient le terme de « guerre civile » pour qualifier le conflit de Ngogo, en raison de sa durée et de son intensité. Contrairement aux affrontements ponctuels observés chez d’autres primates, celui-ci se caractérise par une planification tactique des attaques, des embuscades et une volonté affichée d’éliminer l’ennemi. Les chimpanzés impliqués dans ce conflit montrent des comportements organisés, avec des rôles attribués au sein des groupes et une coordination des actions offensives.

John Mitani, anthropologue et co-auteur de l’étude, précise que ces observations « remettent en cause l’idée selon laquelle la violence intergroupes chez les chimpanzés serait spontanée ou opportuniste ». Il ajoute : « Ce que nous voyons à Ngogo ressemble étrangement à ce que l’on observe dans les guerres humaines, où les conflits s’enracinent dans le temps et deviennent une composante structurelle des relations sociales. »

Des parallèles inattendus avec les conflits humains

L’analyse des données a permis aux chercheurs d’identifier plusieurs points communs entre le conflit de Ngogo et les guerres civiles humaines. Par exemple, les deux factions semblent s’être divisées à la suite d’une scission initiale, avant d’entrer dans une logique d’affrontement permanent. Les stratégies employées, comme l’utilisation de terrain favorables pour tendre des pièges ou le ciblage des individus isolés, rappellent celles utilisées dans les conflits armés.

Ces similitudes offrent aux scientifiques une opportunité unique d’étudier les racines évolutives de la violence collective. Comme le souligne l’étude, comprendre comment ces dynamiques émergent chez les chimpanzés pourrait éclairer certains aspects des conflits humains, notamment la manière dont des groupes initialement voisins en viennent à s’entredéchirer. Une piste de recherche qui suscite l’intérêt de nombreux chercheurs en anthropologie et en éthologie.

Et maintenant ?

Les auteurs de l’étude appellent à poursuivre les observations pour déterminer si ce conflit pourrait s’étendre à d’autres zones du parc ou, au contraire, s’essouffler avec le temps. Une question centrale reste en suspens : ces dynamiques violentes sont-elles spécifiques à Ngogo, ou pourraient-elles se reproduire ailleurs ? Les prochaines étapes incluent l’analyse génétique des groupes impliqués et le suivi des naissances au sein de chaque faction, afin d’évaluer l’impact démographique de ces années de conflit. Une publication complémentaire est attendue d’ici la fin de l’année 2026.

Enfin, cette découverte rappelle l’importance de protéger les écosystèmes comme celui de Kibale, où des comportements aussi complexes que ceux des chimpanzés peuvent être étudiés dans leur milieu naturel. Une fenêtre ouverte sur l’évolution des sociétés animales et leurs interactions, sans laquelle notre compréhension de la violence collective resterait incomplète.

Le terme de « guerre civile » est utilisé en raison de la durée du conflit (plus de trente ans), de son intensité et de la planification tactique des affrontements. Les chercheurs soulignent des similitudes avec les guerres humaines, comme la division initiale des groupes, la coordination des attaques et la volonté d’éliminer l’ennemi.