Le vaste désert du Kyzylkoum, au nord-ouest de l’Ouzbékistan, et les semi-déserts qui bordent Termez offrent une image contrastée du pays. Entre étendues arides et zones rendues fertiles par l’irrigation, ces paysages ont façonné les civilisations, les traditions et les implantations humaines depuis des millénaires. Selon Euronews FR, ces environnements hostiles abritent pourtant des cités antiques, des monuments zoroastriens et des villages nés autour de puits, témoignages d’une adaptation remarquable des populations à leur milieu.

Ce qu'il faut retenir

  • Le désert du Kyzylkoum, au nord-ouest de l’Ouzbékistan, et les semi-déserts autour de Termez couvrent une grande partie du pays, influençant les modes de vie depuis l’Antiquité.
  • Le site archéologique d’Akchakhan Kala, dans le Karakalpakstan, révèle une cité urbaine vieille de plus de 2 000 ans, avec des remparts et un palais-temple ornés de peintures murales datant du IIe et Ier siècle av. J.-C.
  • La Tour du Silence (Chilpyk Dakhma), datée du IIIe siècle av. J.-C., illustre les pratiques funéraires zoroastriennes, bien que son usage exact reste partiellement mystérieux pour les archéologues.
  • La steppe de Mirzachul, autrefois surnommée « steppe affamée », a été transformée en une région agricole majeure grâce à des projets d’irrigation menés au XXe siècle.
  • Le Kattakum, semi-désert au sud de la région de Surkhandarya, abrite une végétation préservée et des activités touristiques en plein essor, comme des balades à dos de chameau ou des circuits équestres.

Des cités antiques nées dans le sable

Cachée sous les étendues désertiques du Karakalpakstan, la cité d’Akchakhan Kala témoigne d’un passé urbain aussi ancien que méconnu. Anciennement intégrée au royaume du Khorezm, cette ville fortifiée s’étend sur 56 hectares et a fait l’objet de fouilles internationales depuis les années 1990. Selon Serik Baybosinov, responsable du département du patrimoine culturel du Karakalpakstan, les recherches ont permis de reconstituer l’organisation de la cité, avec une place centrale, un palais et des bâtiments cérémoniels.

Les découvertes les plus remarquables incluent un complexe palais-temple contenant des peintures murales rares, datées des IIe et Ier siècles av. J.-C. « Le temple a révélé une collection extraordinaire de peintures murales », explique Vadim Yagodin, chercheur à l’Institut des sciences humaines du Karakalpakstan. « Au vu de son organisation, nous pensons qu’il servait très probablement de centre cérémoniel majeur à cette époque. » Bien qu’Antérieure à l’apogée de la route de la soie médiévale, Akchakhan Kala démontre que la vie urbaine organisée s’est développée dans ces déserts bien avant l’essor des échanges commerciaux transcontinentaux.

Chilpyk Dakhma : l’énigme de la Tour du Silence

À quelques dizaines de kilomètres d’Akchakhan Kala, la Tour du Silence (Chilpyk Dakhma) se dresse comme un monument solitaire au-dessus du désert. Daté provisoirement du IIIe siècle av. J.-C., ce site zoroastrien était utilisé pour des rites funéraires où les défunts étaient exposés à l’air libre avant que leurs os ne soient placés dans des ossuaires. Pourtant, malgré des décennies de fouilles, une question majeure reste sans réponse : où ces ossuaires étaient-ils finalement transportés ?

« Nous avons ici cet immense monument associé à un important culte religieux, et pourtant il n’y a aucune trace d’habitat autour. Pourquoi ? Cette question reste sans réponse », confie Vadim Yagodin. Pour les archéologues, ces zones d’ombre contribuent à faire de Chilpyk Dakhma l’un des sites historiques les plus intrigants d’Asie centrale. L’absence de vestiges d’habitation à proximité du monument soulève des hypothèses sur des pratiques funéraires encore partiellement incomprises.

De la steppe affamée aux greniers agricoles

À l’est du pays, la steppe de Mirzachul, dans la région de Jizzakh, illustre une autre forme d’adaptation humaine. Longtemps appelée « steppe affamée » en raison de son climat aride et de ses ressources en eau limitées, cette zone a été profondément transformée par les grands projets d’irrigation du XXe siècle. « Les gens disaient qu’un oiseau qui traversait ces terres s’y brûlait les ailes et que quiconque les parcourait s’y brûlait les pieds », raconte Bozorgul Xalikova, une résidente locale.

Avec l’extension de l’irrigation dans les années 1950 et 1960, l’agriculture a progressivement remplacé la steppe ouverte. Le village d’Oqtom, par exemple, s’est développé autour d’un unique puits servant autrefois de point de repos aux voyageurs traversant le désert. « Notre village a commencé avec une seule maison et un seul puits », explique Sherali Tillayev, président de l’assemblée des citoyens d’Oqtom. Aujourd’hui, cette région est devenue l’une des principales zones agricoles d’Ouzbékistan, démontrant comment l’accès à l’eau a redéfini les paysages et les modes de vie.

Le Kattakum, un semi-désert entre tradition et tourisme

Dans le sud de la région de Surkhandarya, le Kattakum offre une vision différente du désert. Bien que souvent qualifié de désert, les spécialistes préfèrent parler de semi-désert, grâce aux pluies saisonnières, aux nappes souterraines et à la proximité de l’Amou-Daria. « Il serait plus exact de parler ici de semi-désert plutôt que de véritable désert », souligne Shukhrat Ibragimov, du département régional du tourisme. « S’il n’y avait pas d’eau ici, en particulier l’Amou-Daria, la zone autour de Termiz ressemblerait probablement exactement à cela. »

Ce paysage abrite une végétation préservée, comme des arbrisseaux de saxaoul, des tulipes sauvages et des plantes printanières éphémères. Les mesures de protection mises en place ces dernières années ont permis de restaurer une flore autrefois surexploitée pour servir de combustible. En parallèle, le Kattakum attire désormais les visiteurs en quête d’expériences authentiques, avec des balades à dos de chameau, des circuits équestres ou des explorations des paysages méconnus de l’Ouzbékistan. Les vents saisonniers, appelés localement « vent afghan », transportent régulièrement du sable vers Termiz, faisant de cette végétation une barrière naturelle essentielle contre l’érosion.

Et maintenant ?

Les projets de valorisation des sites archéologiques, comme la transformation d’Akchakhan Kala en musée à ciel ouvert, devraient se poursuivre dans les années à venir. Les fouilles internationales, impliquant désormais des équipes chinoises aux côtés d’archéologues ouzbeks et australiens, pourraient révéler de nouvelles découvertes sur les réseaux urbains et les traditions religieuses de l’ancien Khorezm. Côté tourisme, l’Ouzbékistan mise sur le développement d’offres écoresponsables autour des semi-déserts, avec une attention particulière portée à la préservation des écosystèmes fragiles du Kattakum.

Si l’eau reste le facteur clé de l’histoire de ces régions, les défis climatiques actuels pourraient à terme influencer les politiques d’irrigation et les modes de gestion des ressources dans les zones arides. Reste à voir comment ces paysages, façonnés par des siècles d’adaptation, évolueront face aux changements globaux.

Malgré plus de trente ans de fouilles, les chercheurs n’ont jamais retrouvé la trace des ossuaires où étaient déposés les restes des défunts après les rites funéraires zoroastriens. L’absence d’habitat ou de traces de stockage à proximité du monument pose une énigme majeure. « Nous n’avons jamais découvert où ces ossuaires étaient finalement transportés », explique Vadim Yagodin, chercheur au Karakalpakstan. Cette question reste sans réponse, alimentant les hypothèses sur des pratiques encore partiellement inconnues.