Une pétition en ligne a déjà recueilli près de 59 000 signatures pour demander l’entrée de Samuel Paty au Panthéon. Le professeur d’histoire-géographie, assassiné le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves, reste une figure symbolique de la lutte contre l’obscurantisme. Pourtant, l’idée de son panthéonisation, soutenue par sa famille et une partie du monde politique, suscite un vif débat au sein du corps enseignant et parmi les responsables éducatifs. Selon Franceinfo – Faits divers, cette proposition divise même les défenseurs de la mémoire de l’enseignant, certains y voyant une reconnaissance légitime, d’autres un paradoxe face aux conditions actuelles de l’Éducation nationale.
Ce qu’il faut retenir
- Une pétition en ligne a recueilli 59 000 signatures en faveur de l’entrée au Panthéon de Samuel Paty, enseignant assassiné en 2020 pour avoir montré des caricatures en classe.
- Un collectif de professeurs d’histoire-géographie s’oppose à cette idée, dénonçant une « héroïsation » de leur métier dans une tribune publiée dans Le Monde le 26 mai 2026.
- Joëlle Alazard, présidente de l’APHG, défend la panthéonisation, y voyant « une réponse » et un hommage à un enseignant qui n’a pas cédé face aux menaces.
- Une trentaine de députés LR et du centre ont déposé une proposition de résolution le 18 mai 2026 pour soutenir cette entrée au Panthéon.
- Le ministre de l’Éducation nationale, Edouard Geffray, se montre réservé sur cette idée, estimant que le Panthéon est plutôt destiné à ceux « qui ont marqué l’histoire par leur création ou leur engagement ».
- Emmanuel Macron n’a pas encore pris position sur la question, alors que la famille de Samuel Paty l’a appelé à se prononcer avant l’été.
Des enseignants réticents à une « sacralisation » du métier
Une tribune publiée le 26 mai 2026 dans Le Monde par un collectif de professeurs d’histoire-géographie exprime un « certain malaise » face à l’idée d’une panthéonisation de Samuel Paty. Les signataires y dénoncent une forme de « paradoxe » : comment honorer un enseignant dans un système éducatif qu’ils jugent de plus en plus maltraitant ? « Sous-entendre que l’on confère à cette mort quelque chose d’admirable, de l’ordre de la beauté du sacrifice et de sa sacralisation, pose question », écrivent-ils. Pour ces professeurs, le métier d’enseignant n’a « rien de magique » et s’exerce dans un cadre collectif, loin du mythe du « hussard » ou du « magicien ». « Nous ne sommes ni hussards ni hussardes, ni magiciennes ni magiciens », rappellent-ils, soulignant les difficultés croissantes du métier, notamment en termes de liberté pédagogique.
Ce débat intervient alors que la question de la reconnaissance des enseignants, souvent exposés à des violences ou à des pressions, est au cœur des préoccupations du secteur. « L’héroïsation de la profession par une institution qui la malmène de plus en plus » est perçue comme une contradiction difficile à assumer, autant dire que le corps enseignant est partagé entre le respect dû à Samuel Paty et la critique d’un hommage qui pourrait apparaître comme une manière de masquer les manquements de l’État envers ses propres agents.
Une partie du monde politique et de la famille Paty soutiennent l’initiative
À l’inverse, Joëlle Alazard, présidente de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie (APHG), défend fermement l’idée d’une entrée au Panthéon de Samuel Paty. Dans une tribune publiée dans Le Monde, elle affirme que cette panthéonisation « ne serait pas une provocation ou une revanche, mais une réponse ». Interrogée sur France Inter fin mars 2026, elle a insisté sur le parcours de l’enseignant : « Il n’a pas renoncé. Malgré les menaces, malgré les pressions, il a continué à faire cours, à transmettre. »
Gaëlle Paty, sœur de Samuel Paty et membre du comité de soutien créé en janvier 2026, a expliqué à France Inter que cette demande vise à soutenir « tous ces enseignants sur le terrain, qui ont une mission fondamentale pour qu’on puisse faire nation ». La pétition lancée fin mars sur Change.org s’inscrit dans cette logique, rappelant que le Panthéon accueille déjà « ceux qui sont morts pour leurs idées et pour la République », comme le député Alphonse Baudin, le président Sadi Carnot ou les résistants Missak Manouchian et Marc Bloch. Parmi les signataires figurent trois anciens Premiers ministres : Bernard Cazeneuve, Manuel Valls et Édouard Philippe, ce dernier ayant déclaré le 24 mai 2026 sur France 5 qu’il était « tout à fait prêt à aider Gaëlle Paty dans ses démarches » et que « Samuel Paty doit pouvoir être au Panthéon ».
Les responsables politiques en première ligne du débat
La classe politique s’empare également du sujet. Une trentaine de députés, principalement issus des rangs de la droite et du centre, ont déposé le 18 mai 2026 une proposition de résolution « invitant le gouvernement à soutenir l’entrée au Panthéon de Samuel Paty ». Dès le lendemain de l’assassinat du professeur en 2020, des voix politiques avaient évoqué cette possibilité. Damien Abad, alors président des députés Les Républicains (LR), avait déclaré au Parisien : « Il faut poser un acte symbolique fort. Ce professeur n’est pas une simple victime du terrorisme, mais un martyr de la République. »
Côté gouvernement, la position est plus nuancée. Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, s’est dit « réservé à titre personnel » sur cette idée début avril 2026 lors d’une intervention sur RTL. « Le Panthéon est plutôt dédié à ceux qui, sciemment, par leur création, leur engagement, ont marqué l’histoire de la nation », a-t-il précisé. S’il reconnaît que Samuel Paty est « un très grand symbole pour nous tous », il rappelle que « malheureusement, ça s’est fait à son corps défendant ». Sa collègue Sabrina Roubache, secrétaire d’État chargée de l’Enseignement professionnel, a de son côté indiqué à l’Assemblée nationale que « l’admission au Panthéon doit être précédée d’une réflexion sérieuse », tout en assurant qu’elle serait « à vos côtés pour défendre ce projet auprès [du président de la République] ».
Pour l’instant, Emmanuel Macron n’a pas pris position publiquement. Cependant, Mickaëlle Paty, autre sœur de l’enseignant, a appelé le chef de l’État, le 14 mai 2026 sur RTL, à « se positionner sur le sujet avant cet été ». Une demande qui pourrait peser dans les mois à venir, alors que la France commémore régulièrement la mémoire de Samuel Paty, notamment chaque 16 octobre.
En attendant, le comité de soutien à la panthéonisation continue de recueillir des signatures et de mobiliser des soutiens, tandis que les opposants préparent leurs arguments pour défendre une vision alternative de la mémoire de Samuel Paty. Une chose est sûre : cette proposition, loin de faire consensus, reflète les divisions profondes qui traversent la société française sur la place à accorder à la laïcité, à la liberté d’expression et au rôle de l’école dans la transmission des valeurs républicaines.
Dans une tribune publiée dans Le Monde le 26 mai 2026, un collectif de professeurs d’histoire-géographie explique leur opposition par un « paradoxe » : ils jugent qu’honorer Samuel Paty au Panthéon reviendrait à « héroïser » leur métier, alors que le système éducatif est perçu comme de plus en plus maltraitant envers les enseignants. Pour eux, cette panthéonisation sous-entendrait une « sacralisation » du sacrifice, alors que le métier s’exerce avant tout de manière collective et dans des conditions difficiles.
En France, la décision d’attribuer une place au Panthéon relève exclusivement du président de la République, en tant que garant des valeurs nationales. C’est donc Emmanuel Macron qui, seul, pourrait valider ou non cette entrée, après consultation éventuelle de ses conseillers et des familles concernées.