Chaque année, des millions de paires de pantoufles à usage unique, emballées dans du plastique non recyclable, transitent des usines d’Extrême-Orient vers les chambres d’hôtels du monde entier avant de finir dans les décharges. Selon une enquête du Sunday Times, publiée initialement le 11 mai 2026 et relayée par Courrier International le 24 juillet 2026, ces accessoires considérés comme un symbole de confort hôtelier contribuent en réalité à une pollution durable et massive.

Ce qu'il faut retenir

  • 5 800 hôtels dans le monde utilisent encore ces pantoufles jetables, malgré leur impact écologique désastreux.
  • Fabriquées principalement à Yangzhou, en Chine, leur production génère des déchets plastiques non biodégradables, avec une durée de décomposition estimée à 1 000 ans.
  • Aux États-Unis seulement, les hôtels haut de gamme jettent jusqu’à 126 millions de paires par an, selon les estimations de l’Université internationale des sciences appliquées d’Allemagne.
  • Le groupe Accor a réduit de 88 % son utilisation de ces pantoufles entre 2020 et 2025 en adoptant des alternatives durables.

Les pantoufles jetables, souvent offertes dans les établissements quatre ou cinq étoiles, sont généralement produites en éthylène-acétate de vinyle (EVA), un polymère qui, une fois dispersé dans l’environnement, se fragmente en micro et nanoplastiques. Ces particules, selon une étude de l’International Journal of Environmental Research and Public Health parue en 2022, peuvent être absorbées par les plantes et les espèces marines, posant un risque sanitaire à long terme.

Le Sunday Times rappelle que la semelle de ces chaussons met jusqu’à mille ans à se décomposer, et pourrait même « ne jamais vraiment disparaître », comme l’indique la marque Nike dans une étude sur ses propres produits. « Quelqu’un mangera peut-être encore un peu de vos pantoufles au XXXIe siècle », souligne le quotidien britannique, illustrant l’ampleur du problème.

Une production concentrée en Chine et une empreinte mondiale

La quasi-totalité de ces pantoufles provient d’un seul site industriel situé à Yangzhou, dans l’est de la Chine. Cette région est également le principal fournisseur de charlottes de douche et d’échantillons de produits de toilette pour les hôtels internationaux. Les deux types de pantoufles produites – les modèles basiques à 6 centimes d’euro et les versions plus élaborées à 35 centimes d’euro – sont conçues pour un usage unique et conditionnées dans des emballages plastiques non recyclables.

Pour donner l’ampleur de la consommation, le Sunday Times avance une estimation frappante : les 100 premiers hôtels de Londres jettent chaque année suffisamment de pantoufles pour couvrir la distance entre Hyde Park Corner et Francfort, soit environ 29,5 kilomètres si on les aligne bout à bout. Avec plus de 1 500 hôtels dans la seule capitale britannique, l’impact cumulé est colossal.

Des alternatives existent, mais la transition reste lente

Plusieurs groupes hôteliers ont pris conscience du problème et commencent à agir. C’est le cas d’Accor, qui rassemble 5 800 établissements sous des enseignes variées comme Ibis, Fairmont ou Raffles. En 2020, le groupe utilisait encore plus de 200 millions d’articles en plastique à usage unique par an, dont les fameuses pantoufles. Grâce à une politique de remplacement systématique, 88 % de ces hôtels ont adopté des matériaux durables d’ici 2025, selon les chiffres communiqués par le groupe.

D’autres enseignes, comme Marriott International ou Hilton, ont également lancé des initiatives similaires, bien que leurs résultats ne soient pas encore consolidés à l’échelle mondiale. Les solutions envisagées incluent l’utilisation de pantoufles en tissu lavable, de chaussons en fibres naturelles ou simplement la suppression totale de ces accessoires dans les chambres.

Que faire en tant que client pour limiter l’impact ?

Le Sunday Times suggère une approche pragmatique pour les voyageurs soucieux de l’environnement : refuser systématiquement ces pantoufles lors de la réservation ou à la réception. « Vous pouvez demander à l’hôtel de ne pas disposer de pantoufles jetables dans votre chambre, ou bien les placer vous-même dans le couloir », propose le quotidien, citant des exemples observés « de Delhi à Porto Rico ». L’idéal reste cependant d’apporter ses propres chaussons et de faire savoir aux hôteliers que cette pratique n’est plus acceptable.

Cette démarche individuelle, si elle se généralise, pourrait inciter les établissements à revoir leur politique d’équipement. Certains hôtels ont déjà intégré cette demande dans leurs chartes écoresponsables, mais la majorité continue de proposer ces pantoufles par habitude ou par manque d’alternatives abordables.

Et maintenant ?

La pression réglementaire et les attentes des consommateurs pourraient accélérer la disparition des pantoufles jetables d’ici 2030. En Europe, la directive sur les plastiques à usage unique, entrée en vigueur en 2021, pourrait être étendue à ces accessoires. Aux États-Unis, plusieurs États envisagent des lois similaires, tandis que des initiatives comme la certification « Green Key » ou EarthCheck poussent les hôtels à adopter des pratiques plus durables. Reste à voir si ces mesures suffiront à endiguer un phénomène dont l’empreinte dépasse largement les frontières des salles de bain hôtelières.

L’enjeu n’est pas seulement environnemental. Il touche aussi à l’image des établissements hôteliers, de plus en plus scrutés pour leur engagement en matière de développement durable. Les clients, notamment les jeunes générations, privilégient désormais les hébergements affichant une démarche écologique claire – un critère qui pourrait devenir déterminant dans le choix d’un séjour.

Pour l’heure, la pantoufle jetable reste un symbole d’un tourisme de masse peu soucieux de ses externalités. Mais comme le rappelle le Sunday Times, le XXIe siècle pourrait bien être celui où l’on découvrira les conséquences, à long terme, de ces petits accessoires du quotidien.

Oui. Plusieurs solutions sont déjà déployées ou testées, comme des pantoufles en tissu lavable, des chaussons en fibres naturelles (bambou, coton bio) ou même la suppression totale de ces accessoires au profit de tapis antidérapants fournis dans les chambres. Certains hôtels optent également pour des modèles en EVA recyclé, bien que leur impact reste inférieur aux versions jetables.

La directive européenne sur les plastiques à usage unique (2019/904), transposée en droit français en 2021, interdit la mise sur le marché de certains produits plastiques jetables, mais ne mentionne pas explicitement les pantoufles. Cependant, leur emballage plastique non recyclable pourrait tomber sous le coup de cette réglementation. Plusieurs pays européens, comme la France ou l’Allemagne, étudient des extensions de cette loi pour couvrir ces accessoires.