« Maman voulait que je rende l’argent », raconte Paulette Sans-Refus, aujourd’hui centenaire, évoquant un épisode marquant de l’Occupation dans la Manche. Selon Ouest France, cette habitante de Carentan a gardé le souvenir précis d’un moment où, à seulement 13 ans, elle a berné un occupant allemand lors d’une partie de cartes. Un récit qui illustre, côté résistance civile, les stratégies mises en place par la population face à la présence militaire allemande entre 1940 et 1944.

Ce qu'il faut retenir

  • Paulette Sans-Refus, âgée de 13 ans en juin 1944, a remporté une partie de cartes contre un soldat allemand à Carentan, lui soutirant une somme d’argent.
  • Sa famille partageait alors son logement avec des soldats de la Wehrmacht pendant quatre ans, de 1940 à 1944.
  • Cet épisode s’inscrit dans le contexte de l’Occupation allemande en Normandie, marquée par des restrictions et une cohabitation forcée.
  • La libération de Carentan en juin 1944 a mis fin à cette période pour la famille Sans-Refus.

Une enfance sous le joug de l’Occupation

À Carentan, petite ville de la Manche située à quelques kilomètres des plages du Débarquement, la vie des Sans-Refus a basculé dès l’été 1940. Comme des milliers de familles françaises, ils ont dû composer avec la présence des troupes allemandes stationnées sur leur sol. Pendant quatre longues années, leur maison est devenue un lieu de cohabitation forcée avec des soldats de la Wehrmacht. « On n’avait pas le choix », confie Paulette Sans-Refus à Ouest France. Ces soldats, logés chez l’habitant, représentaient à la fois une menace et une source de tensions quotidiennes pour les civils.

Les conditions de vie étaient rudes. Les restrictions alimentaires, les couvre-feux et la peur des représailles en cas de résistance passive pesaient sur le moral des habitants. Pourtant, comme le souligne Paulette, « on s’adaptait ». Entre 1940 et 1944, chaque famille normande a développé des stratégies de survie, mêlant résistance discrète et adaptation aux contraintes imposées par l’occupant.

Le coup de maître de juin 1944

Si Paulette Sans-Refus ne se souvient plus avec exactitude des dates précises de juin 1944, elle garde en revanche un souvenir vif de l’épisode où, à 13 ans, elle a mis en déroute un soldat allemand lors d’une partie de cartes. L’histoire, transmise de génération en génération, est aujourd’hui un symbole de l’ingéniosité des civils face à l’oppresseur. Selon son récit, rapporté par Ouest France, sa mère l’aurait incitée à participer à ce jeu de hasard pour récupérer de l’argent du soldat, une somme que ce dernier, sûr de sa supériorité, aurait fini par perdre.

« Il ne se doutait de rien », explique-t-elle avec une pointe de malice. Ce détail, anodin en apparence, prend une dimension particulière dans le contexte de l’époque. À quelques jours de la Libération, alors que les Alliés progressent en Normandie, cet acte de résistance symbolique résume l’état d’esprit de ceux qui, malgré la peur, refusaient de se soumettre totalement. L’argent récupéré, bien que modeste, représentait une petite victoire morale dans un quotidien marqué par la privation et l’humiliation.

Carentan, ville stratégique de la Libération

Carentan, située à la croisée des routes menant vers Utah Beach et Omaha Beach, a joué un rôle clé lors du Débarquement allié le 6 juin 1944. La ville, libérée le 12 juin 1944 par les parachutistes américains de la 101e division aéroportée, a été le théâtre de violents combats. Pour les Sans-Refus, comme pour des milliers d’autres habitants, la fin de l’Occupation s’est accompagnée d’un soulagement immédiat. « Quand on a vu les Américains arriver, on a su que c’était fini », raconte Paulette Sans-Refus.

La libération de Carentan a marqué un tournant dans la région. En quelques semaines, les Allemands, qui occupaient la Manche depuis juin 1940, ont été repoussés vers l’est. Pour les civils, cette période a aussi été celle de la reconstruction, tant matérielle que morale. Les souvenirs de l’Occupation, comme celui de la partie de cartes gagnée, sont restés gravés dans les mémoires, mais aussi dans l’histoire locale.

Et maintenant ?

Soixante-douze ans après ces événements, les récits comme celui de Paulette Sans-Refus continuent de nourrir la mémoire collective de la Seconde Guerre mondiale en Normandie. Des associations locales et des musées, comme celui du Débarquement à Arromanches, perpétuent ces témoignages pour sensibiliser les nouvelles générations. Une commémoration des 80 ans du Débarquement, prévue en juin 2024, devrait mettre en avant ces histoires personnelles, souvent méconnues du grand public.

Pour Paulette Sans-Refus, aujourd’hui centenaire, ces souvenirs restent un héritage précieux. « On ne peut pas oublier », confie-t-elle. Son récit, comme ceux de nombreux autres Normands, rappelle que la résistance ne s’exprimait pas seulement par les armes, mais aussi par des actes du quotidien, parfois aussi simples qu’une partie de cartes.