Selon France 24, les eaux de l’océan Atlantique, au large des côtes d’Afrique de l’Ouest, abritent une ressource naturelle en voie de disparition : le poisson. Si la pêche illégale pratiquée par certaines flottes industrielles étrangères a longtemps été pointée du doigt, elle n’est plus le seul facteur expliquant le déclin accéléré de certaines espèces emblématiques, comme la sardinelle ronde.

D’après les analyses de l’océanologue Timothée Brochier, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), cette crise est le résultat d’un ensemble de pressions conjuguées. Entre le développement des usines de transformation de poisson en farine, l’intensification des captures, la demande mondiale croissante et le manque de coordination régionale, les écosystèmes marins de la sous-région subissent une pression sans précédent.

Ce qu'il faut retenir

  • Le déclin des stocks de poissons en Afrique de l’Ouest s’explique par un ensemble de facteurs, bien au-delà de la seule pêche illégale étrangère.
  • La sardinelle ronde, une espèce emblématique, est particulièrement menacée par cette surexploitation.
  • Les usines de production de farine de poisson transforment des volumes croissants de prises, réduisant encore davantage les stocks disponibles pour les populations locales.
  • La demande mondiale en produits de la mer, en hausse constante, aggrave la pression sur les ressources halieutiques de la région.
  • L’absence de coordination entre les États de la sous-région limite l’efficacité des mesures de protection des océans.
  • Le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie et la Guinée sont directement concernés par cette crise, qui touche toute l’Afrique de l’Ouest.

Un écosystème sous pression : entre surexploitation et transformation industrielle

Comme le précise Timothée Brochier, la situation en Afrique de l’Ouest reflète une dynamique globale, où les activités humaines transforment radicalement les équilibres marins. « La pêche industrielle, qu’elle soit légale ou non, a longtemps été considérée comme la principale menace pour les stocks de poissons », explique-t-il. Pourtant, la donne a changé. Aujourd’hui, les usines de production de farine de poisson jouent un rôle tout aussi dévastateur. Ces installations, souvent installées près des côtes, transforment des milliers de tonnes de poissons chaque année en aliments pour l’aquaculture ou l’élevage, réduisant encore davantage les ressources disponibles pour les pêcheurs locaux et les populations qui dépendent de ces espèces pour leur alimentation.

Le chercheur souligne également que l’intensification des captures, alimentée par une demande mondiale en constante augmentation, aggrave la pression sur les stocks. « Les chalutiers, qu’ils soient artisanaux ou industriels, prélèvent des quantités toujours plus importantes de poissons », indique-t-il. Résultat : certaines espèces, comme la sardinelle ronde, voient leurs populations s’effondrer en quelques années seulement.

Un manque criant de coordination régionale face à l’urgence

Autant dire que la crise des stocks de poissons en Afrique de l’Ouest n’est pas seulement environnementale. Elle est aussi économique et sociale. Les États de la sous-région, à savoir le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie et la Guinée, partagent une responsabilité commune dans la gestion de leurs ressources halieutiques. Pourtant, les mécanismes de coordination restent fragiles, voire inexistants dans certains cas.

« Sans une approche régionale concertée, les mesures nationales prises par un pays seront rapidement neutralisées par les activités des pays voisins », rappelle Brochier. Par exemple, la fixation de quotas de pêche dans un État peut être contournée si les pêcheurs se déplacent vers une zone moins régulée. De même, la lutte contre les usines de farine de poisson, souvent opaques et difficiles à contrôler, nécessite une coopération transfrontalière renforcée.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes pourraient permettre d’atténuer la crise, à commencer par le renforcement des réglementations nationales et régionales. Une meilleure surveillance des activités de pêche et des usines de transformation, ainsi qu’une harmonisation des politiques halieutiques entre les États, figurent parmi les solutions envisagées. Cependant, ces mesures prendront du temps à produire des effets concrets. En attendant, la pression sur les stocks de poissons continue de s’accentuer, mettant en péril à la fois les écosystèmes marins et les moyens de subsistance de millions de personnes.

Cette situation rappelle l’urgence d’agir, non seulement pour préserver la biodiversité marine, mais aussi pour garantir la sécurité alimentaire et économique de toute une région. Reste à savoir si les États concernés parviendront à surmonter leurs divergences et à mettre en place des solutions durables avant que certaines espèces ne disparaissent définitivement des eaux ouest-africaines.

Selon les experts, la sardinelle ronde est l’une des espèces les plus touchées, mais d’autres poissons comme le thiof (mérou géant) ou certaines espèces de thon subissent également une pression intense. Ces espèces sont essentielles pour les économies locales et l’alimentation des populations.