Une couche blanchâtre recouvrant les troncs d’arbres dans les jardins publics ou en centre-ville n’est pas une simple fantaisie esthétique. Selon Le Figaro, il s’agit bien souvent d’une protection solaire appliquée pour préserver la santé des arbres face aux vagues de chaleur répétées. Une solution adoptée depuis une dizaine d’années par plusieurs métropoles, dont celle du Grand Nancy, et qui gagne du terrain en France et en Europe.
Ce qu'il faut retenir
- Plusieurs villes françaises, comme Nancy, Strasbourg ou Mulhouse, appliquent une peinture blanche non toxique sur les troncs des arbres pour les protéger des coups de soleil et des chocs thermiques.
- Cette technique, utilisée depuis une dizaine d’années, cible particulièrement les jeunes arbres (érables, tilleuls, hêtres) et les arbres fruitiers, plus vulnérables que des espèces comme les chênes ou les platanes.
- L’application d’une seule couche suffit pour une protection durable, évitant ainsi l’utilisation de canisses en bambou, jugées moins pratiques et moins efficaces.
- En ville, les arbres sont davantage exposés en raison des surfaces vitrées et des bâtiments, qui amplifient la chaleur et la réverbération solaire.
- Sans cette protection, les arbres risquent des fissures de l’écorce, similaires aux brûlures cutanées chez l’humain, et un affaiblissement général pouvant mener à leur dépérissement.
Une méthode éprouvée depuis une décennie à Nancy
Dans la métropole du Grand Nancy, cette pratique est en place depuis près de dix ans. Elle vise à protéger les jeunes arbres des variations brutales de température, comme celles observées en février, où le soleil brille intensément malgré des températures négatives. « La différence de température est parfois si rapide que les cellules des végétaux n’ont pas le temps de se réchauffer. Elles finissent par éclater et mourir », explique Hélène Habachi, responsable du service vert et patrimoine arboré à la métropole. La peinture utilisée, non toxique pour l’arbre et l’environnement, agit comme une barrière contre les rayonnements solaires, réduisant ainsi les risques de brûlures de l’écorce.
Cette approche s’inspire d’un parallèle frappant entre la peau humaine et l’écorce des arbres. « Lorsqu’un arbre prend un ‘coup de soleil’, son écorce se fissure, là où notre peau pèle. Pour se réparer, il crée un bourrelet cicatriciel, là où notre peau forme une croûte », souligne Hélène Habachi. Pendant cette période de vulnérabilité, l’arbre est exposé à des infections ou à un affaiblissement prolongé, ce qui peut compromettre sa survie à long terme. Appliquer cette protection en amont devient donc essentiel, tout comme l’utilisation de crème solaire pour limiter les risques de cancers cutanés chez l’humain.
Les arbres en ville, des victimes collatérales des canicules
Les vagues de chaleur répétées ont des conséquences dramatiques sur la santé des arbres, qu’ils se trouvent en forêt ou en milieu urbain. En forêt, bien que les arbres bénéficient d’une certaine protection entre eux, la chaleur excessive les force à lutter pour maintenir une transpiration régulière, un mécanisme vital pour leur refroidissement. En ville, la situation est encore plus critique. Les arbres urbains sont plus exposés en raison des surfaces minérales et des bâtiments qui réfléchissent et amplifient la chaleur, et ils sont souvent isolés, contrairement à ceux des forêts. « Certaines espèces sont d’ailleurs plus fragiles que d’autres », précise Hélène Habachi. C’est pourquoi les jeunes érables, tilleuls, hêtres ou arbres fruitiers comme les poiriers et les pommiers sont prioritaires pour cette protection. À l’inverse, des espèces à l’écorce plus résistante, comme les chênes ou les platanes, n’ont pas besoin de ce traitement.
Cette vulnérabilité accrue en milieu urbain s’explique aussi par l’absence de microclimats protecteurs, contrairement aux forêts où la densité des arbres permet une régulation naturelle des températures. En ville, chaque arbre doit donc faire face seul aux assauts du soleil, d’autant plus que les surfaces imperméables (bitume, béton) réduisent l’évaporation et augmentent la chaleur ambiante.
Une alternative efficace aux canisses en bambou
Avant d’adopter cette peinture, la métropole de Nancy utilisait des canisses en bambou pour protéger les jeunes arbres. Cependant, cette solution présentait des limites. « Nous devions les retirer à mesure que l’arbre grossissait, ce qui pouvait endommager son écorce », explique Hélène Habachi. De plus, certaines protections étaient mal installées, laissant des zones exposées. La peinture, appliquée au pinceau, offre une solution plus durable : une seule application suffit pour plusieurs années. « C’est bien plus pratique et efficace », ajoute-t-elle. D’autres villes françaises, comme Strasbourg et Mulhouse, ont suivi cet exemple, reconnaissant l’efficacité de cette méthode face à l’évolution du climat.
Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de résilience urbaine face au changement climatique. Les arbres jouent un rôle clé dans la régulation thermique des villes, réduisant les îlots de chaleur et améliorant la qualité de l’air. Les préserver devient donc une priorité, surtout dans un contexte où les canicules deviennent plus fréquentes et plus intenses.
Une solution adaptée à certaines espèces seulement
Si cette peinture protectrice est une aubaine pour les espèces fragiles, elle n’est pas nécessaire pour toutes. Les arbres à écorce épaisse, comme les chênes ou les platanes, résistent naturellement mieux aux variations de température et aux expositions prolongées au soleil. Leur structure leur permet de mieux absorber les chocs thermiques sans subir de dommages irréversibles. En revanche, les jeunes arbres ou ceux aux écorces fines, comme les hêtres ou les érables, sont particulièrement vulnérables et bénéficient pleinement de cette protection.
Cette distinction est importante pour les gestionnaires d’espaces verts, qui doivent adapter leurs pratiques en fonction des espèces présentes. Une approche sur mesure permet d’optimiser les ressources et d’assurer la pérennité des arbres, tout en limitant les coûts de maintenance.
Cette méthode, bien que simple et peu coûteuse, pourrait devenir un standard dans la gestion des espaces verts urbains. Elle illustre une fois de plus comment l’innovation, même modeste, peut contribuer à adapter les villes aux défis climatiques.
Oui, selon les responsables du Grand Nancy, la peinture utilisée est non toxique pour les arbres et l’environnement. Elle est conçue pour résister aux intempéries tout en laissant respirer l’écorce.