Selon Le Monde, le politiste français Denis Charbit, professeur à l’Université ouverte d’Israël, a vivement critiqué dans une tribune au journal la loi adoptée le 30 mars 2026 instaurant la peine de mort pour les Palestiniens reconnus coupables d’actes terroristes ou d’attaques anti-israéliennes. Cette mesure, présentée comme une réponse à l’insécurité, marque selon lui un renoncement à des siècles d’éthique juridique, et s’inscrit dans une logique de vengeance plutôt que de justice. Charbit, spécialiste des questions politiques israéliennes, rappelle que cette loi s’appliquera rétroactivement, une disposition particulièrement controversée au regard des principes internationaux.
Ce qu'il faut retenir
- Une loi adoptée le 30 mars 2026 en Israël instaure la peine de mort pour les Palestiniens condamnés pour terrorisme ou attaques anti-israéliennes.
- Denis Charbit, politiste français enseignant en Israël, dénonce une « grave régression morale » et un abandon de principes éthiques millénaires.
- La loi est présentée par ses partisans comme une réponse à l’insécurité, mais Charbit y voit une logique de vengeance plutôt que de justice.
- Le texte prévoit une application rétroactive, ce qui suscite des critiques sur son caractère exceptionnel.
Une loi perçue comme une rupture avec l’éthique judiciaire
Dans sa tribune, Denis Charbit rappelle que la peine de mort avait été abolie en Israël en 1954 après une période d’application très limitée. Il souligne que cette nouvelle législation, portée par une partie de la majorité gouvernementale, s’appuie sur une rhétorique sécuritaire, mais qu’elle reflète avant tout « un instinct de vengeance » déguisé en justice. Pour le politiste, cette loi illustre un tournant inquiétant dans la culture politique israélienne, où la moralité collective semble céder face à une logique punitive.
Charbit insiste sur le fait que les députés à l’origine de ce texte prétendent agir au nom du peuple, mais qu’ils ne font en réalité qu’exploiter des peurs pour justifier une mesure qu’il juge disproportionnée et contraire aux droits fondamentaux. Il évoque ainsi une instrumentalisation politique de la souffrance des victimes, au détriment des principes de proportionnalité et d’humanité.
Un contexte politique et sécuritaire tendu
L’adoption de cette loi intervient dans un climat de tensions persistantes entre Israël et les Palestiniens, marqué par une recrudescence des attaques et des opérations militaires. Les partisans de la mesure, dont plusieurs figures de la droite et de l’extrême droite israéliennes, estiment qu’elle permettra de dissuader de futurs actes violents. Cependant, les détracteurs, dont des organisations de défense des droits de l’homme, rappellent que les études internationales montrent que la peine de mort n’a aucun effet dissuasif avéré.
Denis Charbit rappelle que cette loi s’inscrit dans une dynamique plus large de durcissement législatif en Israël, avec d’autres projets visant à restreindre les libertés civiles sous prétexte de sécurité. Il craint que cette tendance ne s’amplifie à l’approche des prochaines élections, où la question sécuritaire pourrait devenir un argument central pour certains partis.
Selon Denis Charbit, cette initiative pourrait aussi alimenter les divisions au sein de la société israélienne, entre ceux qui y voient une nécessité sécuritaire et ceux qui la perçoivent comme une trahison des valeurs démocratiques. La question reste donc ouverte : cette loi marquera-t-elle un tournant irréversible dans l’histoire judiciaire d’Israël, ou sera-t-elle rapidement contestée et amendée ?
Oui, selon les termes du texte adopté, la loi prévoit une application rétroactive. Cela signifie que des condamnations pour des faits antérieurs au 30 mars 2026 pourraient être réexaminées à la lumière de cette nouvelle législation.
