En Belgique, premier exportateur mondial de frites surgelées, les producteurs de pommes de terre tirent la sonnette d’alarme : la sécheresse et les épisodes météorologiques extrêmes de cette année compromettent la taille et la qualité des tubercules, mettant en péril la production des fameuses frites belges. Selon nos confrères d’Euronews FR, qui ont enquêté sur place fin août, les récoltes 2026 pourraient s’avérer insuffisantes pour répondre aux contrats signés par les agriculteurs, avec des répercussions potentielles sur les prix et la disponibilité des produits à l’export comme sur le marché local.

Ce qu'il faut retenir

  • Une récolte anormalement faible : les pommes de terre récoltées dans l’est de la Belgique mesurent à peine la taille d’une balle de ping-pong, contre une taille normale quatre fois supérieure.
  • Des aléas climatiques en cascade : des pluies diluviennes au printemps ont fragilisé les sols, suivies d’un été exceptionnellement chaud et sec, empêchant les tubercules de se développer correctement.
  • La Belgique, leader mondial : le pays transforme plus de six millions de tonnes de pommes de terre par an, dont 90 % sont exportées vers plus de 120 marchés.
  • Des contrats à honorer : les producteurs, comme la famille Comijn qui cultive 500 hectares, doivent livrer des volumes prédéfinis et comptent sur les stocks de 2025 pour combler une partie des manques.
  • Un risque de hausse des prix : l’association des frituristes belges craint une raréfaction de l’offre et une augmentation des coûts pour les consommateurs.

Une saison catastrophique pour les tubercules belges

Dans les champs autour d’Amay, près de Liège, l’agriculteur Mathieu Comijn arrache des pommes de terre Bintje d’un sol craquelé par la sécheresse. « Vous voyez que le sol est extrêmement sec », explique-t-il, « normalement, elles devraient être au moins quatre fois plus grosses. Pour l’instant, on ne peut pas faire de frites avec ces pommes de terre. » Selon nos confrères d’Euronews FR, les pommes de terre, à peine grosses comme des balles de ping-pong, sont bien loin des calibres habituels nécessaires à la transformation industrielle.

Les conditions météo extrêmes de cette année ont joué un rôle clé dans ce désastre agricole. Après des orages violents à la fin du printemps, qui ont lessivé les sols et emporté une partie des jeunes plants, un été caniculaire et sec a achevé de stopper la croissance des tubercules. « Les saisons sont de plus en plus chaotiques, et il devient difficile de trouver la pomme de terre idéale pour les frites », confie Pascal Willaert, propriétaire du célèbre kiosque à frites Maison Antoine, à Bruxelles. Selon lui, les tubercules allongés et fermes sont indispensables pour obtenir des frites croustillantes, un critère désormais difficile à remplir cette année.

L’industrie belge des frites surgelées sous pression

Avec une production annuelle de plus de six millions de tonnes de pommes de terre transformées, la Belgique occupe une place centrale sur le marché mondial des frites surgelées. Environ 90 % de cette production est exportée vers plus de 120 pays, faisant du pays le premier exportateur mondial. Pourtant, la sécheresse et les aléas climatiques pourraient bien ébranler cette position dominante. Les producteurs belges, liés par des contrats fermes avec les industriels, se retrouvent dans une situation délicate : comment honorer leurs engagements alors que les récoltes sont insuffisantes ?

Pour faire face à cette pénurie, la famille Comijn, qui gère 500 hectares de cultures, a décidé de puiser dans ses stocks de la récolte exceptionnelle de 2025. Une solution temporaire, mais qui ne suffira pas à combler l’ensemble des besoins. L’association nationale belge des frituristes, qui représente quelque 4 500 établissements, a déjà prévenu : la raréfaction de l’offre de pommes de terre pourrait entraîner une hausse des prix pour les consommateurs, aussi bien en Belgique qu’à l’étranger.

Un symbole des défis climatiques pour l’agroalimentaire européen

Cette crise des pommes de terre belges n’est pas un cas isolé. Selon nos confrères d’Euronews FR, elle s’inscrit dans un contexte plus large de perturbations météorologiques qui frappent l’Europe cette année. En France, les producteurs de pommes de terre redoutent une chute de la récolte, tandis qu’au Royaume-Uni et en Espagne, les olives et d’autres cultures subissent des aléas similaires. En Allemagne, la menace vient cette fois d’un agent pathogène, le stolbur, qui ravage les champs.

Ces exemples illustrent l’ampleur des défis auxquels l’agroalimentaire européen doit faire face. Les producteurs belges, habitués à une régularité dans leurs récoltes, doivent désormais composer avec des saisons imprévisibles. « On ne peut plus compter sur les schémas habituels », souligne Mathieu Comijn. « Il faut s’adapter, mais l’adaptation prend du temps et coûte cher. » Autant dire que la filière des frites belges, déjà sous tension, pourrait être contrainte de revoir ses méthodes de production ou de diversifier ses sources d’approvisionnement pour préserver sa compétitivité.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes pourraient être explorées dans les mois à venir pour atténuer l’impact de cette pénurie. Les transformateurs belges pourraient négocier des ajustements de contrats avec leurs fournisseurs, tandis que les producteurs pourraient investir dans des systèmes d’irrigation plus performants pour limiter les effets des sécheresses futures. Par ailleurs, la filière pourrait accélérer ses recherches sur des variétés de pommes de terre plus résistantes aux aléas climatiques. Reste à voir si ces mesures suffiront à préserver la position de leader de la Belgique sur le marché des frites surgelées.

Dans l’immédiat, les consommateurs belges et européens pourraient constater une hausse des prix des frites, aussi bien en restauration qu’au rayon surgelés des supermarchés. Une réalité qui rappelle, une fois encore, la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement face aux caprices du climat. La crise des frites belges n’est donc pas qu’une affaire de taille de pommes de terre : elle interroge la capacité des industries agroalimentaires à s’adapter à un environnement en pleine mutation.

La sécheresse et les orages violents survenus cette année ont empêché les pommes de terre de se développer normalement. Les sols desséchés et les températures élevées ont stoppé leur croissance, laissant les tubercules bien plus petits que la taille habituelle nécessaire pour la transformation en frites.