Alors que l’Europe accélère sa transition énergétique, le nucléaire reste un sujet de débats intenses entre États membres. Selon BFM Business, les perceptions divergent fortement d’un pays à l’autre, entre ceux qui misent sur cette énergie pour réduire leur dépendance aux combustibles fossiles et ceux qui privilégient les énergies renouvelables. Une question qui cristallise les enjeux de souveraineté, de sécurité énergétique et d’impact environnemental.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Allemagne a définitivement tourné la page du nucléaire après la fermeture de ses dernières centrales en avril 2023, confirmant son orientation vers les renouvelables et le gaz.
  • La France, avec 56 réacteurs en fonctionnement, continue de défendre le nucléaire comme pilier de son mix énergétique, malgré les débats sur la prolongation des centrales existantes.
  • Des pays comme la Pologne ou la Suède envisagent de relancer ou développer leur parc nucléaire pour sécuriser leur approvisionnement.
  • La Commission européenne a intégré le nucléaire dans sa taxonomie verte en juillet 2022, reconnaissant son rôle dans la lutte contre le changement climatique.

Une Europe divisée sur le nucléaire

Les positions des Vingt-Sept reflètent des réalités économiques et géopolitiques distinctes. D’après BFM Business, les pays du Nord, comme l’Allemagne, ont choisi une sortie progressive du nucléaire au profit des éoliennes et du solaire. À l’inverse, la France mise sur l’atome pour garantir son indépendance énergétique, avec plus de 70 % de son électricité produite par le nucléaire en 2025. Cette divergence s’explique aussi par des sensibilités différentes face aux risques, comme l’a rappelé un rapport de l’AIEA en 2024 sur la sûreté des réacteurs.

D’autres États, comme la Belgique, ont prolongé l’exploitation de leurs centrales malgré des oppositions locales, illustrant la complexité des choix politiques. « Le nucléaire divise, mais il reste un levier stratégique pour certains », a souligné un expert interrogé par BFM Business. Les tensions autour de cette énergie reflètent aussi les désaccords sur la transition écologique, entre urgence climatique et acceptabilité sociale.

La France et l’atome : un modèle sous pression

Avec le plus grand parc nucléaire au monde en nombre de réacteurs, la France défend une approche pragmatique. Comme le rapporte BFM Business, EDF a lancé en 2025 un plan de maintenance ambitieux pour prolonger la durée de vie de ses centrales au-delà de 50 ans, tout en développant de nouveaux réacteurs de type EPR. Cependant, ce choix suscite des critiques, notamment sur les coûts et les risques de prolifération. « Nous devons concilier sécurité énergétique et transition bas-carbone », a indiqué un porte-parole du gouvernement français.

Le débat porte aussi sur la place du nucléaire dans la taxonomie européenne. Si la Commission a classé l’atome comme énergie « durable » en 2022, plusieurs États membres, dont l’Autriche, contestent cette décision devant la Cour de justice de l’UE. Une décision attendue d’ici fin 2026 pourrait rebattre les cartes.

L’Europe de l’Est et le retour en grâce du nucléaire

Face à la crise énergétique de 2022 et aux tensions géopolitiques avec la Russie, plusieurs pays d’Europe centrale misent à nouveau sur le nucléaire. Selon BFM Business, la Pologne a signé en 2023 un accord avec les États-Unis pour construire six réacteurs, tandis que la Suède a relancé en 2025 la construction de nouvelles centrales après plus de trente ans d’arrêt. Ces projets s’inscrivent dans une logique de diversification des approvisionnements, notamment pour réduire la dépendance au gaz russe.

La Hongrie, avec son réacteur de Paks en cours d’extension, illustre cette tendance. « Le nucléaire est une question de survie énergétique pour nous », a déclaré le Premier ministre hongrois Viktor Orbán en 2024. Ces initiatives s’accompagnent de financements européens, malgré les réticences de certains pays sur l’alignement avec les objectifs climatiques.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient être décisifs pour l’avenir du nucléaire en Europe. La décision de la Cour de justice de l’UE sur la taxonomie verte, attendue d’ici fin 2026, pourrait contraindre la Commission à revoir sa position. Par ailleurs, les États membres devront trancher sur le financement des nouveaux projets, alors que le budget européen pour la transition énergétique reste un sujet de tensions. Enfin, l’évolution des prix de l’électricité et la pression des opinions publiques pourraient influencer les choix nationaux.

Une chose est sûre : le nucléaire restera au cœur des débats européens, entre souveraineté énergétique, enjeux climatiques et acceptabilité sociale. Les prochaines échéances politiques, comme les élections européennes de 2029, pourraient rebattre les cartes.

Les oppositions au nucléaire en Europe s’expliquent principalement par des raisons historiques, comme l’accident de Tchernobyl en 1986 ou Fukushima en 2011, qui ont marqué les populations. Les craintes portent aussi sur la gestion des déchets radioactifs et les risques d’accidents, ainsi que sur les coûts élevés des projets. Enfin, certains pays privilégient les énergies renouvelables, jugées plus adaptées à leur contexte géographique et politique.